Déclarations de Pedro Sanchez avant de recevoir le chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Friedrich Merz.

Guerre au Moyen Orient : l’Espagne fait-elle cavalier seul en Europe ?

12 min

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Les Enjeux internationaux

Par Guillaume Erner

Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, l’Espagne est le seul pays européen à les condamner comme contraires au droit international. Madrid refuse aussi l’usage de ses bases par les États-Unis malgré les pressions de Donald Trump, révélant les divisions européennes face au conflit.

Lundi 9 mars, Emmanuel Macron s'est rendu à Chypre, après que l’île a été touchée par un drone du Hezbollah, pour afficher la fermeté et l’engagement de la France et de l’Europe en matière de défense, et annoncer une future mission internationale d'escorte des navires dans le détroit d'Ormuz. Plusieurs pays avaient déjà annoncé le déploiement de frégates en Méditerranée… dont l’Espagne. Un pays qui, pourtant, fait figure d’exception diplomatique en Europe : c’est le seul gouvernement de l’Union européenne à avoir condamné les bombardements comme une violation du droit international et à refuser d’ouvrir ses bases aux États-Unis, bravant au passage les menaces de Donald Trump. Alors, l’Espagne peut-elle à la fois agir aux côtés de l’Europe et défendre une politique étrangère de défiance vis-à-vis de la guerre ? Et que reste-t-il, aujourd’hui, de l’unité européenne face au conflit au Proche-Orient ? Pour répondre à ces questions, Guillaume Erner s'entretient avec Arantxa González, ancienne ministre des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération de l'Espagne (2020–2021).

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Une opposition aux opérations offensives

Emmanuel Macron a annoncé lundi une mission d’escorte européenne dans le détroit d’Ormuz tandis que l’Espagne affiche une position prudente. Selon Arantxa González, "les Espagnols comprennent la différence entre une opération offensive" qu'ils refusent, tout en étant "attachés à l'Union européenne" et en sachant qu'"il faut se protéger".  Les missions défensives peuvent ainsi trouver un soutien parmi la population.

La réserve des Espagnols vis-à-vis des opérations offensives et de la guerre s’explique, selon l'ancienne ministre des Affaires étrangères, par le traumatisme de "la guerre en Irak, qui a laissé des traces fortes". À l’époque, une mobilisation très large avait traversé la société avec "droite, gauche, Église, syndicats, patronat" qui se sont "positionnés contre cette guerre". Aujourd'hui "il y a comme un écho de ce qui s'est passé à l'époque", explique-t-elle.

Une diplomatie guidée par le droit international

La position espagnole n’est pas isolée en Europe. Par exemple, "le président français dit aussi que la France ne participera pas au conflit en cours". Pour Arantxa González, "tous les leaders politiques en Europe regardent dans les rétroviseurs" pour savoir "où se positionnent leurs citoyens". Chaque gouvernement adapte donc sa posture à son opinion publique, qu’il s’agisse de la France, de l’Italie ou de la Pologne.

L’Espagne revendique également une ligne diplomatique fondée sur le droit international, ce qui explique notamment son soutien appuyé à la cause palestinienne. Selon l’ancienne ministre, il s’agit d’un rejet de l’injustice : "Ce que beaucoup d’Espagnols ont vu dans ce qui s’est passé à Gaza, c’était une injustice." Cette logique guide aussi la politique de défense du pays : soutenir le droit international tout en renforçant ses capacités militaires, avec une hausse importante des dépenses de défense pour mieux protéger l’Europe et ses citoyens.

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