Platon et l’humanisme
Jean-François Mattéi
On convient généralement aujourd’hui que l’humanisme de la Renaissance, comme le soulignait Cassirer en 1927 dans Individu et Cosmos dans la philosophie de la Renaissancei s’est constitué historiquement à partir d’un retour à Platon par-delà la philosophie scolastique depuis Pétrarque et ses attaques contre la doctrine aristotélicienne. La pensée de Platon, revivifiée par Marsile Ficin et le platonisme de Florence, serait ainsi aux sources lointaines de l’humanisme moderne. Ce sera également, en un tout autre mode, l’interprétation de Heidegger qui, dès les conférences de 1930-1931 et 1933-1934 sur « La doctrine platonicienne de la vérité », étude reprise en 1940 et publiée deux ans plus tard, soutiendra que « le début de la métaphysique, qui s’observe dans la pensée de Platon, est en même temps le début de
l’humanisme »1. La Lettre sur l’humanisme , en 1946, reviendra sur la question et, après avoir admis que l’humanisme comporte « un stadium humanitatis qui renoue expressément avec l’Antiquité »2, identifiera « humanisme » et « métaphysique ». Les deux champs de pensée, en approchant l’homme à partir de son animalitass considèrent « l’essence de l’homme [...] trop pauvrement », et, s’il faut sans doute plaider contre l’humanisme, « c’est parce que l’humanisme ne situe pas assez haut Yhumanitas de l’homme »3. Comment s’est alors formé ce
1 M. Heidegger, «La doctrine de Platon sur la vérité » (1930-1934, puis 1940), Questions II, Paris, Gallimard, 1968, p. 160. C£ le cours De l’essence de la vérité (1931-1932), trad. A. Boutot, Paris, Gallimard, 2001.
2 M. Heidegger, «Lettre sur l’humanisme» (1946-1947), Questions III, Paris, Gallimard, 1966, p. 85.
3 M. Heidegger, «Lettre sur l’humanisme », op. cit., p. 90 et p. 100-101.



















