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Aux origines du discours
francophone
Onésime Reclus et l'expansionnisme
colonial français
MYTHOLOGIES
Si l'histoire de la fondation de la Francophonie culturelle et politique apparaît relativement récente, puisqu'elle prend ses sources dans le processus de décolonisation de la fin des années 1950 et du début des années 1960, et si elle s'inscrit de la sorte dans la restructuration géopolitique du monde que provoque cette période, les termes de « francophone » et de « francophonie » sont, quant à eux, plus anciens : leurs premières occurrences remontent en effet à la fin du XIXe siècle. Ainsi, selon les principaux auteurs qui se sont penchés sur leurs origines - Xavier Deniau \ Claude Hagège2 ou encore Michel Têtu3 -, le premier auteur à les avoir employés semble être le géographe Onésime Reclus (1837-1916), frère méconnu d'Elisée Reclus, dans une œuvre largement consacrée à une réflexion sur le développement du second Empire colonial français et sur les moyens pour la France de retrouver une grandeur menacée après la défaite de Sedan et la perte de l'Alsace-Lorraine. Les termes en question se verront ensuite ignorés durant une longue période de près d'un demi-siècle, avant de se retrouver à nouveau employés, au lendemain de l'indépendance algérienne, et alors que la France s'interroge derechef sur sa place dans le monde, dans un numéro spécial de la revue Esprit, intitulé « Le français dans le monde » (novembre 1962), qui a fait date.
Le fait francophone, dans son discours originel, comme dans son histoire proprement dite, a donc partie liée, quoi
1. Xavier Deniau, La Francophonie, Paris, PUF, 1983, p. 9-11.
2. Claude Hagège, Le Français et les Siècles, Paris, Odile Jacob, 1987, p. 209-210.
3. Michel Têtu, La Francophonie, histoire, problématique, perspectives, Montréal, Guérin, 1987, p. 42-44.
LUC PINHAS
communication & langages - n° 140 - Juin 2004



















