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Les invasions. Occupation du sol et peuplement

[article]

Année 1945 8-2 pp. 13-28
Fait partie d’un numéro thématique : Hommages à Marc Bloch
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II. - MARC BLOCH : RELIQUIA

LES INVASIONS1

OCCUPATION DU SOL ET PEUPLEMENT

IV. — L'exploitation du sol

Les sociétés européennes du haut moyen âge étaient des collectivités à mailles très lâches. Beaucoup moins nombreux qu'aujourd'hui, les hommes vivaient répartis en groupes fort inégaux que séparaient de larges espaces \ides. Cette absence de densité humaine caractérise la période tout entière, elle rend compte d'un grand nombre de traits propres aux civilisations de ce temps, et notamment à leur vie économique. L'histoire de l'occupation du sol révèle cependant, à côté d'une constante faiblesse de peuplement, certaines oscillations, qu'il va falloir essayez de décrire, autant du moins que le permettent de trop rares documents.

L'agriculture, telle quelle était alors pratiquée dans toute l'Europe, était une grande dévoratrice de terres. Un double problème se posait à tout groupe d'exploitants : d'une part produire les végétaux nécessaires à l'homme, et, en tout premier lieu, les céréales, dont les espèces variaient selon les région mais qui — froment, seigle, millet, épeautre, orge, avoine même — formaient presque partout la base de l'alimentation humaine ; de l'autre assurer la subsistance du bétail, utile à tant de titres — comme bêtes de trait ou de selle, comme fournisseur de laitage, de cuir, de viande — et surtout indispensable à la production des plantes elles- mêmes, , puisque l'on ne connaissait guère d'autres engrais que le fumier. Des cultures de céréales, trop souvent répétées, eussent épuisé les champs. Quant à les faire alterner, sur les mêmes parcelles, avec des récoltes différentes, la technique du temps n'en offrait pas le moyen. Sans doute accordait-on sur les terroirs, une place, parfois assez large, à d'autres végétaux, mais ceux-ci — la plupart des légumes, le chanvre, le lin, la vigne — occupaient régulièrement des pièces à part, à l'ordinaire soigneusement enclo'ses et mieux fermées. Les fourrages artificiels, les plantes à tubercule, qu'on devait,, beaucoup plus tard, employer si heureusement à la relève des grains, étaient ou inconnus ou du moins cultivés, en petitem quantités, seulement dans les jardins. Pour permettre aux labours un nécessaire repos, point d'autres ressources que de les abandonner par moments et pendant des périodes plus ou mois longues, à la végétation spontanée de la friche, de la jachère morte. En l'absence de fourrages arti ficiels, le bétail, de son côté, exigeait d'amples pâquis. Les prairies, là même où la nature en favorisait le développement, s'avéraient presque toujours insuffisantes. Sans l'herbe des landes, des sous-bois, des friches — parmi lesquelles il faut ranger les champs en jachère, qui, pendant

i. Second article. Pour le premier, voir le numéro .précédent (Hommages à Marc Block, I).

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