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MARC BLOCH : DIX ANS APRÈS
Le 16 juin 1944, il y a maintenant dix ans très exactement — une voiture s'arrêtait en pleine campagne, sur le chemin qui mène de Trévoux à Saint-Didier de Formans. — Juin : la prairie de Saône vivait sa grande splendeur de tous les étés. Les hautes graminées inclinaient leurs panaches sous la brise. De partout semblait sourdre la fécondité. Sur V ordre des Allemands, vingt-six patriotes français descendirent de la voiture. On les fit entrer, deux par deux, dans un pré enclos de haies. Quelques pas. Une' rafale. Le couple s'abîmait, face contre terre, m Aux deux suivants / »....
Parmi ces hommes, Marc Bloch. Il y a dix ans.
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On me dit parfois : « Que pensez-vous qu'il subsiste de son œuvre personnelle ? » Porte ouverte à des débats byzantins. Il reste le talent, ď abord, qui est la marque même de la personnalité. Il reste tant d'excitations à comprendre et à fairé.comprendre, tant d'interprétations ingénieuses et solides, tant de suggestions et d'hypothèses à confirmer ou à infirmer. Ceci été, la matière même de son histoire s'est fondue dans un trésor commun. Comme il arrive toujours. D'une œuvre de grand historien persistent des structures, des hypothèses de travail fécondes, des jalonnements de voies nouvelles. La lettre de ce qu'il a écrit? Il est rare qu'elle survive intacte pendant de longues années. Voyez Vœuvre de Pirenne. Elle vit dans la mesure même ой chacune de ses grandes vues de génie a provoqué les recherches d'une dizaine d'historiens qui la grignotent, la rectifient partiellement, Vépluchent et Véchenillent — et font ainsi qu'au- dessus d'eux elle vit toujours et s'impose. Quand le menu peuple
Annales (9e année, avril-juin 1954), ne 2. 10


















