"Elle m'aime, elle m'aime donc" : Albert Camus et le silence de sa mère
Albert Camus s'est construit sans parents, ou presque. Orphelin de père, il se heurte dans sa jeunesse au mutisme d'une mère illettrée et renfermée sur elle-même. Mais, au fil de son œuvre, l'angoisse de l'enfant se mue en tendresse filiale.
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Catherine Camus devant une photo de son fils, en 1957. COLLECTION CATHERINE ET JEAN CAMUS/DROITS RÉSERVÉS
Camus n'a pas connu son père, mort en octobre 1914 des suites d'une blessure sur le front de la Marne alors que lui-même n'avait pas encore 1 an. Il grandit dans un appartement de Belcourt, le quartier pauvre d'Alger. Sa mère fait des ménages; son oncle travaille dans une tonnellerie; lui et son frère, de deux ans plus âgé, complètent la maisonnée, menée d'une main de fer par sa grand-mère. C'est la pauvreté. Pas la misère – Camus les distinguera soigneusement: la misère, c'est ce qu'il verra chez les paysans kabyles. La grand-mère est rude parce que la pauvreté fait la vie dure.
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"Tu es triste, Papa ? – Non, je suis seul" : Albert Camus raconté par sa fille
Sa mère parle peu, à la fois parce qu'elle entend mal et parce qu'elle a peu de mots à sa disposition. L'enfant grandit donc sans père, auprès de cette «mère étrange» («L'Envers et l'Endroit») qui a du mal à exprimer sa tendresse. Certes, les bonheurs sont là: la mer et le soleil à profusion; cet oncle fruste mais solidement ancré dans les plaisirs de la vie simple; et…
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