« Au Québec, mieux vaut être traité pour un cancer que chercher à soigner une angine », constate Marie-France (le prénom a été changé), cadre dans une banque montréalaise, confrontée aux deux expériences. « Nos hôpitaux regorgent des meilleurs spécialistes, notamment en oncologie, et après quelques séances de chimiothérapies, je me sais presque sortie d’affaires. En revanche, si j’attrape un petit virus à l’approche de l’hiver, j’aurai toutes les peines du monde à trouver un médecin qui me donnera les bons antibiotiques », soupire-t-elle.
Comme 830 000 Québécois, soit 10 % de la population totale, Marie-France est une patiente « orpheline » de médecin généraliste. Elle est inscrite sur une liste d’attente qui lui promet que, d’ici à trois, quatre ou cinq ans – le délai s’est encore allongé depuis la crise du Covid-19 –, elle peut espérer trouver sa place dans la patientèle d’un médecin de famille. En cas de petit pépin, elle sait pouvoir trouver de l’aide auprès de son pharmacien, apte à délivrer des ordonnances de premiers soins. Lorsque cela devient plus sérieux, elle doit chercher une consultation médicale dans une clinique dite « sans rendez-vous », parfois loin de chez elle. A moins qu’elle ne se résolve à payer quelques centaines de dollars par an un service lui offrant de faire cette même recherche à sa place, voire de trouver une place dans une structure privée.
Le système de santé canadien, qui inclut soins et services sociaux, fait pourtant figure d’exception, souvent cité en exemple, en Amérique du Nord. Système universel et gratuit, par le biais de la Régie de l’assurance-maladie, il offre également une assurance médicament à tous ceux qui sont dépourvus de mutuelle privée. La santé, de compétence provinciale avec cofinancement de l’échelon fédéral, est financée par l’impôt.
Médecins qui travaillent moins
« Nous avons beau être au sein des pays de l’OCDE parmi ceux qui investissent le plus dans le système de soins, nous restons parmi les plus mauvais élèves en termes d’accès aux soins, explique Denis Chênevert, directeur du pôle santé à HEC Montréal. Notre système a été construit pour n’offrir qu’une seule porte d’entrée au patient, le médecin de famille. » Or, aujourd’hui, la Fédération des médecins omnipraticiens estime qu’il manquerait plus de 1 000 médecins généralistes au Québec, pour 7 500 en activité.
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