Albert Camus, militant communiste. Alger, 1935-1937, de Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courdille, Gallimard, 394 p., 25 €.
Sur son engagement de jeunesse au sein du Parti communiste, Albert Camus (1913-1960) fut longtemps réticent à s’épancher. Au point de se fâcher avec son ami Jean Amrouche qui eut, en 1948, le malheur d’y faire allusion lors d’un dîner. Non que l’auteur de L’Etranger reniât cette expérience, mais celle-ci lui laissa une honte cuisante, comme le rappellent Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courdille, coauteurs d’Albert Camus, militant communiste. Alger 1935-1937.
Que s’était-il donc passé pour qu’il gardât au cœur une telle blessure, tout en restant fidèle à ses convictions, notamment ce « goût de la justice » qui motiva, dit-il, son adhésion, ainsi qu’« une exigence sociale née tout entière de l’épreuve première de la pauvreté », aucunement de la lecture de Marx ou d’Engels ? C’est ce que s’efforcent de se remémorer, en 1976, l’ancien dirigeant du Parti communiste algérien (PCA) Amar Ouzegane et l’ami Charles Poncet, qui fréquentait, à l’époque des faits, le jeune Camus. A cette fin, ils nouent une correspondance, demeurée jusqu’ici inédite. Elle est publiée au terme de cet essai qui la remet en perspective. Avec le recul, les deux hommes ne parviennent toujours pas à s’accorder sur les motifs de la rupture de Camus avec le PCA.
C’est par l’entremise de l’art que l’étudiant entend être utile
Les deux années où Camus fut encarté restent parmi les plus fécondes sur le plan créatif. Car c’est par l’entremise de l’art que l’étudiant, qui achève son mémoire d’études universitaires, entend être utile. Il donne des cours d’alphabétisation ; il préside aux destinées de la Maison de la culture d’Alger, qu’il a inaugurée par un discours-fleuve ; il fonde sa première compagnie, le Théâtre du travail, avec laquelle il signe six créations ; il publie L’Envers et l’endroit et envisage à grands traits son cycle de l’absurde. Au sein de sa cellule politique, il est aussi chargé de recruter des intellectuels « indigènes » pour promouvoir une convergence des luttes antifasciste et anti-impérialiste.
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