Batelier
Le batelier ou marinier est un professionnel dont le métier consiste à piloter un bateau fluvial, une péniche, un pousseur ou un convoi fluvial naviguant sur le réseau des voies navigables intérieures (lacs, canaux et rivières).
Le marinier vit généralement à bord, dans un espace restreint, l'essentiel du volume de ces bateaux étant dévolu au fret marchand.
Historique
[modifier | modifier le code]Cette profession est apparue avec la navigation sur les rivières[réf. nécessaire] ; elle a évolué avec l'apparition des canaux ; des familles entières se sont installées à bord du bateau[1].
Pendant plusieurs siècles, le nombre des membres de la corporation était important ; son rôle dans l'approvisionnement en marchandises et dans le transport des voyageurs était primordial. Le développement du chemin de fer puis de la route ont réduit le nombre de bateliers, vivant d'une manière assez marginale.

Au milieu du XIXe siècle, la nécessité de transporter des marchandises sur de longues distances, notamment pour les besoins de l'industrie, oblige les bateliers à « faire de grands voyages ». Ils doivent réduire les coûts pour rester concurrentiels avec le rail ; ils vont embarquer leur famille, elle va constituer une main d'œuvre. Les voyages lents, souvent longs, ont longtemps éloigné les enfants de l'éducation ; ou ils étaient placés dans des internats.
Les conditions de vie sont restées difficiles jusqu'au milieu du XXe siècle. Jusque là, l'électricité et l'eau courante n'existaient pas sur les péniches.
Vie de famille chez les bateliers
[modifier | modifier le code]L'équipage d'une péniche comprend souvent le batelier, son épouse (généralement batelière également), un enfant, et parfois, un matelot.
La vie de famille est marquée par le goût des voyages ; à chaque escale, les membres de la famille débarquent pour explorer les villes.
Les risques sont inhérents à la navigation fluviale : dans les ports, l'éperonnage, les noyades, comme celle d'Annie Maillet en 1950. Norbert Teite sauva la petite Annie d'une mort certaine[2]. Les bateliers sont des mécaniciens compétents[3]. Ils savent dépanner l'installation électrique ou la robinetterie.
Les horaires de travail sont amples ; l'entretien du bateau est régulièrement nécessaire. Les conditions météorologiques rendent parfois la vie difficile ; en hiver, le plat-bord verglacé est dangereux. Le débarquement est effectué à l'aide d'un gambrai, ou d'un mat de charge. Le tirage d'eau du canal à l'aide d'une tinette au bout d'une corde, le soulèvement des écoutilles en fer pesant environ soixante kilogrammes, le lancer des câbles pour amarrer le bateau sont des tâches quotidiennes.
L'entrée dans les écluses, avec les bajoyers ressemblant aux doigts d'une main dans un gant, demande de l'attention. Les remous générés par l'entrée du bateau dans l'écluse peuvent dévier la péniche. La vie de famille chez les bateliers est marquée par le bonheur et la liberté.

Dans les arts
[modifier | modifier le code]Le film de Jean Vigo, L'Atalante, et le feuilleton télévisé L'Homme du Picardie (1968), sont deux illustrations de cette profession.
Le film est daté, et n'a plus de rapports avec le métier actuel[4].
Dans la religion
[modifier | modifier le code]Le saint patron des mariniers et bateliers est, en France, saint Nicolas. Le culte de saint Roch, saint Aré (ou Arigle) existe dans le Nivernais, saint Clément en Basse Loire, saint Thibault en Berry, sainte Philomène un peu partout. (on en trouve des représentations en statue ou en vitrail à Roanne, Montauban ou Clamecy, entre autres), sainte Honorine, saint Budoc et la sainte Marie. En Espagne, c'est saint Elme.
Le pardon national de la batellerie s'y déroule chaque année depuis 1960. Avant 1960 le pardon de la batellerie célébrait l'arrivée des cendres de Saint Nicolas à Bari, en Italie[5]. L'autre pardon célébrait Sainte Honorine[6],[7].
La capitale
[modifier | modifier le code]La capitale française de la batellerie est Conflans-Sainte-Honorine.
Le Musée d'intérêt national de la batellerie y a été créé en 1965.
La profession aujourd'hui
[modifier | modifier le code]Après un long déclin, lié à la désaffection des pouvoirs publics pour le transport fluvial[réf. nécessaire], les enjeux écologiques ont relancé le transport par les voies navigables intérieures. La proximité avec la nature est inhérente à la vie des bateliers. Le bateau glisse sans effrayer personne. La courtoisie prévaut entre les bateaux qui se croisent : des bateaux chargés de marchandises pourraient sombrer si la vitesse pendant le croisement est trop élevée[8].
La profession voit coexister actuellement des mariniers-artisans, souvent propriétaires d'une péniche automoteur, et des salariés de compagnies de transport, affectés au pilotage de convois fluviaux poussés. Ces convois, qui peuvent atteindre 25 000 tonnes et 23 mètres de large sur certaines voies, poussés par des moteurs de 3 000 chevaux, vont vers une spécialisation et une professionnalisation accrue[9].
Sur ces grosses unités, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou aux États-Unis, les équipes de mariniers logent sur le bateau et il navigue en continu, aidé de radars la nuit et par temps de brouillard.
Les convois font également office d'entrepôt industriel provisoire, pratique répandue en Allemagne et aux Pays-Bas en cas du flux tendu.
Formation
[modifier | modifier le code]En France, les études durent trois ans et sont sanctionnées par un DEP.
Les métiers accessibles sont commandant, premier capitaine, second capitaine, timonier, matelot-timonier, mécanicien, matelot-garde moteur, matelot-niveau 1-2. Des organismes spécifiques forment à ces métiers.
En Belgique, un certificat attribué par l'État est nécessaire : le certificat de conduite.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Le terme « batelier » est plutôt employé dans le sud de la France. Le nord et le centre emploient plutôt le terme de « marinier ».
- ↑ Raymonde Maillet Colette Piat, Le matelot du fleuve, Paris, FRANCE LOISIRS, , 351 p., p. 252,253
- ↑ Raymonde Mayet Colette Piat, Le matelot des fleuves, Paris, France Loisirs, , 347 p., p. 265
- ↑ « Fluvial : quelles formations pour quels métiers ? | Batorama », sur www.batorama.com (consulté le )
- ↑ Michel Caffier, La péniche Saint Nicolas, Paris, Presses de la Cité, , 520 p. (ISBN 2-7028-3515-5), p. 315
- ↑ Michel Caffetier, La péniche Saint Nicolas, Paris, Presses de la Cité, , 520 p. (ISBN 2-7028-3515-5), p. 315
- ↑ Anne Dagallier, « Honorine, une sainte attachée à l'histoire de Conflans », sur Diocèse de Versailles, (consulté le )
- ↑ Raymonde Maillet et Colette Piat, Le matelot des fleuves, Paris, France Loisirs, , 347 p., p. 272
- ↑ « choisis-ton-avenir.com/métiers/batelier » ["doc"] (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- La batellerie au Pays de Seyssel, Gap éd., Challes-les-Eaux, 2008, 67 p. (ISBN 978-2-7417-0370-9)
- Genevière Bedu, Les derniers mariniers de Loire à Gien et leur environnement au XIXe siècle, Gien, G. Bedu, 2003, 352 p.
- Jean Bourgeois (photogr.) et Hubert Pasquier (texte et dessins), Des hommes et des bateaux sur la Loire, Éditions Bourgeois-Pasquier, Savonnières, 2008, 142 p. (ISBN 978-2-9532473-0-5)
- Jean-Louis Dangauthier, À propos d'une culture identitaire... Les Bateliers, Observatoire des politiques culturelles, Grenoble, 1997, 99 p. (Mémoire de DESS)
- Philippe Delvit, Le temps des bateliers : gens et métiers de la rivière, Éditions Privat, Toulouse, 1999, 123 p. (ISBN 2-7089-5412-1)
- Bernard Le Sueur, Histoire et mémoire de la batellerie artisanale, Chasse-marée, Douarnenez, 2004, 233 p. (ISBN 2-914208-51-0)
- Espreux Régine, "Peau de bois, Peau d'acier", roman historique sur la batellerie du XXe s., Cheminements éd., Loire, 2006, 336 p.
- France Normand, Naviguer le Saint-Laurent à la fin du XIXe siècle : une étude de la batellerie du port de Québec, les Presses de l'Université Laval, Sainte-Foy (Québec), 1997, IX-283 p. (ISBN 2-7637-7518-7)
- Françoise de Person, Bateliers contrebandiers du sel : XVIIe – XVIIIe siècle, Éd. Ouest-France, Rennes, 1999, 270 p. (ISBN 2-7373-2463-7)
- La Saga des bateliers d'Offendorf, Commune d'Offendorf (Bas-Rhin), 2007, 237 p. (ISBN 978-2-9529867-0-0)
- Raoul Toscan, L'épopée des mariniers de la Loire, Éd. PyréMonde, Pau, 2006, 216 p. (ISBN 2-8461-8457-7)
- Poirier Jacques, Les Heures de gloire de la Marine de Loire Éd. Corsaire, Orléans, (ISBN 978-2910475109)
- Senotier Annick, Vent de galerne sur la Loire, Éd. Corsaire, Orléans, (ISBN 978-2-910475-42-0)
- Jouanneau Jacques Rougeux, Passeur de Loire, Éd. Corsaire, Orléans, (ISBN 2-910475-29-8)
- Angevin François Contes et récits des bords de Loire, Éd. Corsaire, Orléans, (ISBN 2-910475-28-X)
- Beaurieux Rémy Cailloute, Éd. Corsaire, Orléans, (ISBN 978-2-910475-33-8)
- Léon Lepetit-Blois, La batellerie d'autrefois, Saint-Josse sur mer, 1991, Imprimerie du moulin, 160 p.
- Christine Van Acker, Domiciliés à bord, Quorum, 1994
- Christine Van Acker, Bateau ciseaux, Esperluète, 2007
Les mariniers dans la littérature
[modifier | modifier le code]Plusieurs romans et nouvelles de Simenon se déroulent dans le milieu des mariniers;
- L'Écluse numéro 1
- La Péniche aux deux pendus
- L'Affaire du canal
- Le Baron de l'écluse
Filmographie
[modifier | modifier le code]- L'Atalante, film de fiction de Jean Vigo, 1934, 89 min
- L'Homme du Picardie, feuilleton télévisé de Jacques Ertaud, 1968
- Mariniers de Bourgogne, film documentaire d'Anne Pascal, CNRS Audiovisuel, Meudon, 1980, 52 min (VHS)
- D'une écluse à l'autre, film documentaire d'Anne Pascal, Université Paris X, Nanterre, 1986, 28 min (VHS)