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Par Sarah Younan
Publié le 07 janvier 2023 à 12h54
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Ménager la chèvre est le chou. Plus qu’une expression, c’est un mantra pour les radios associatives libres en Limousin, rassemblés sous l’acronyme du Gral. Entre les mastodontes du service public et les commerciales, il faut faire preuve d’endurance pour assurer sa place.
À leur tête depuis 23 ans, Denis Lespiaut a réussi le tour de force de mutualiser une quinzaine de services radiophoniques à travers tout le territoire du Limousin, réparties sur 25 fréquences. La maison mère, qui agit comme une agence de presse, a décidé d’emboîter le pas à une révolution qui se joue dans le monde radiophonique : la fin de la diffusion FM au profit du DAB+ (en français radio numérique terrestre).
Trois lettres qui promettent une meilleure qualité sonore, la fin des zones non couverte, l’augmentation de l’offre, et aussi quelques inconvénients. Denis Lespiaut détaille pour nous les enjeux autour de ce tournant et les conséquences pour les radios associatives.
C’est quoi le DAB+ ?
« Premièrement, et c’est non négligeable, pour une radio associative, le DAB+ coûte moins cher sur le long terme que la bande FM. On est à environ 400 euros par mois au lieu de 1000 euros. Mais le plus important, c'est la zone de couverture. Celle-ci est bien plus étendue qu’auparavant et permet une plus grande offre, contrairement au FM, qui n’est pas extensible. Le DAB+ quant à lui permet de regrouper plusieurs fréquences sur ce que l’on appelle une plaque. Le bouquet DAB+ se constitue de trois groupes : nationale, étendue et locale. Dans lesquels plusieurs stations émettent. Maintenant, les fréquences peuvent atteindre des territoires au-delà de nos zones de couvertures. En Indre, dans la Vienne ou en Charente par exemple. »
Qu’est-ce que ce système de diffusion change pour vous ?
« Il y a une certaine inadéquation du DAB+ avec les projets radios locaux. Celles, étendues ou en nationale, n’ont pas ce problème, mais nous, nous avons une ligne éditoriale centrée sur un territoire précis. Depuis quatre ans, on demande à l’Arcom la modification de la plaque de diffusion qui est relié à celle d’Aurillac. Mais vu de Paris, les populations de ces coins s’agrègent. Émergence illustre très bien cette problématique. Maintenant qu’elle émet jusqu’à Poitiers, il a fallu ouvrir une antenne qui parle de ce territoire. »
Pourquoi avoir opéré ce changement maintenant ?
« C’est une mesure de précaution. Il y avait une crainte que la FM disparaisse pour lisser les procédés à d’autres pays européens qui sont passés au DAB+. Il ne fallait pas tergiverser trop longtemps pour ne pas passer à côté de l’appel à candidature. Les radios s’inscrivent auprès de l’Arcom, anciennement CSA, pour prétendre à une place. Pour la FM c’est tous les cinq ans, mais pour le DAB+ c’est tous les 10 ans ! (Les bandes FM sont des ondes analogiques et le DAB+ des ondes numériques, NDLR). Et puis, ce système de diffusion nous permet d’atteindre de nouveaux auditeurs. Kaolin, l'une des plus anciennes radios du groupe, n’émettait pas à Limoges. C’était presque une anomalie, au vu de son nom, qu’elle ne soit pas diffusée dans la capitale de la porcelaine. On a fait d’une contrainte, une opportunité. La fin annoncée de la FM a déjà commencé ailleurs en Europe. La Norvège y a déjà renoncé et la Suisse prévoit sa suppression pour fin 2024. En France, la cohabitation entre FM et DAB+ risque de perdurer encore quelques années. »
Propos recueillis par Sarah Younan