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« Eloge des bâtards » : une parabole d’Olivia Rosenthal

On s’attache très vite aux neuf éclopés de la vie du nouveau roman de l’auteure de « Puisque nous sommes vivants », qui s’y partagent la parole entre deux actions de résistance poétique.

Par  (Collaborateur du « Monde des livres »)

Publié le 24 octobre 2019 à 16h00, modifié le 24 octobre 2019 à 16h41

Temps de Lecture 2 min.

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« Eloge des bâtards », d’Olivia Rosenthal, Verticales, 336 p., 20 €.

« Si les écrivains étaient des saints, ils écriraient des para­boles. Comme ils ne sont que des hommes, ils écrivent des fictions », ­disait volontiers Frédéric Berthet (1954-2003), l’auteur regretté de Daimler s’en va (Gallimard, 1988). Ce mot « parabole », qui implique un sens caché sous le sens évident véhiculé par une histoire, vient du latin parabola, qui a également donné « parole ». Que toute parole véhicule du sens caché à l’insu ou non du ­locuteur, les enfants confrontés aux secrets de famille le savent déjà. La parole et les secrets de famille plus ou moins délétères, la difficulté de trouver sa place dans un univers où la surveillance généralisée et la marchandisation des êtres comme des choses se donnent la main pour ­attraper la vie au collet : ce sont ­précisément les ingrédients du bel Eloge des bâtards que signe Olivia ­Rosenthal.

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Le lecteur familier de son œuvre peut regretter de ne pas retrouver, à l’orée de ce roman, les longues phrases au lasso que l’auteure de Puisque nous sommes vivants (Verticales, 2000) sait si bien lancer au plus éloigné, pour en ramener une foule de digressions joyeusement vibrantes. C’est que la narratrice d’Eloge des bâtards, entrée en résistance à l’heure de la normalisation des rêves, orchestre les voix de camarades en mutinerie, rapportant leurs propos. On s’attache très vite à ces neuf éclopés de la vie qui s’y partagent la parole entre deux actions de résistance poétique, composant, de facto, une société ­secrète informelle qui hante la ville comme un spectre rebelle.

Activistes furtifs

Essayant de se prémunir d’un pouvoir télépathique qui l’envahit dès qu’elle quitte sa solitude, Lily avait, jusqu’alors, appris à se faire discrète. La timidité lui était un masque qu’elle peut enfin lever lorsqu’elle ­rejoint ce groupe d’activistes furtifs qu’elle a proposé d’appeler « les bâtards ». Entre deux réinstallations de bancs publics là où les promoteurs les avaient fait disparaître, ils dressent de longues listes : « On allait susurrer nos secrets les plus intimes à l’oreille de parfaits inconnus./ On ­allait subtiliser les modes d’emploi des appareils électroniques et leur subs­tituer du Kama Sutra. (…) On allait ­saturer la ville de signes invisibles. »

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