Idées

La réforme de l'immigration - L'échec de Bush ou des États-Unis?

À 19 mois de la fin de son mandat, l'adoption de la réforme de l'immigration proposée par Bush aurait redoré le blason du président américain, qui souffre d'une impopularité flagrante tant auprès de l'opinion publique qu'auprès des républicains au Congrès. Plusieurs de ceux-ci, déjà engagés dans la campagne électorale, se dissocient d'un chef d'État considéré comme étant à la tête d'une administration aux échecs cuisants, tels Katrina ou l'Irak, pour ne nommer que ceux-ci. L'échec du projet de réforme devient donc révélateur des difficultés du président américain mais aussi de l'absence de consensus aux États-Unis.

Le projet de réforme de l'immigration du président Bush aurait eu pour effet de placer les immigrants habitant aux États-Unis sur la voie de la citoyenneté américaine. Contrairement aux administrations précédentes plutôt fermées au principe d'une réforme de cette ampleur, le président Bush s'est attardé — en vain — aux immigrants illégaux déjà présents en sol américain. La réforme que ce dernier proposait témoignait en effet de la volonté de régulariser plusieurs immigrants illégaux (12 millions en 2006, soit un travailleur sur vingt) et de faire avancer un enjeu aussi crucial pour la sécurité nationale des États-Unis.

Une réforme nécessaire?

Pour les immigrants illégaux en sol américain, la loi aurait créé un programme pour les travailleurs temporaires. Selon la réforme, pour être admissible à ce programme (et pour obtenir le nouveau visa temporaire Z-Visa), les immigrants illégaux devraient affirmer qu'ils sont entrés illégalement aux États-Unis, débourser une amende de 1000 $US et, surtout, autoriser la vérification de leur casier judiciaire. Après avoir obtenu le Z-Visa, les immigrants «reçus» accepteraient de quitter les États-Unis après un séjour de deux ans, avec possibilité de renouveler à deux reprises leur visa sous condition de quitter les États-Unis pour une période d'un an entre les deux séjours. Parallèlement, la réforme aurait permis d'améliorer la sécurité aux frontières et de mettre en oeuvre un programme d'identification des travailleurs.

Une dissension au-delà des partis

Après toutes les difficultés survenues au Sénat et à la Chambre des représentants (dont le refus de ramener la question de l'immigration à l'ordre du jour au Congrès), l'échec du président n'a rien d'étonnant. Avec leurs amendements, les démocrates et les républicains prévoyaient de modifier de façon importante la «réforme Bush». D'abord, chez les républicains, on souhaitait une loi plus sévère à l'endroit des immigrants illégaux, alors que les démocrates visaient surtout à faciliter l'accès au territoire américain pour les personnes ayant déjà des membres de leur famille en sol américain. Parallèlement, un amendement bipartisan (auquel le candidat à l'investiture démocrate Barack Obama s'était rallié) visait à modifier le nouveau programme d'emploi des immigrants.

Pour le président Bush, la réforme visait essentiellement à établir un nouveau système durable permettant aux immigrants instruits, formés et maîtrisant l'anglais de contribuer au leadership des États-Unis, confrontés à une concurrence économique mondiale de plus en plus forte. Or, pour plusieurs membres du Congrès, comme pour l'ancien président républicain de la Chambre des représentants Newt Gingrich, la réforme constituait véritablement «l'abandon de tout principe conservateur».

Étant trop clément à l'endroit d'immigrants ayant enfreint la loi, la réforme offrait une «amnistie» aux contrevenants et un accès privilégié au territoire américain qui ne représente en aucun cas une solution viable pour restreindre la vague d'immigrants illégaux et assurer la sécurité nationale. Pour les démocrates, l'enjeu allait au-delà de la sécurité nationale: le projet était qualifié d'injuste pour les familles immigrantes ayant déjà déposé une demande de visa ou de citoyenneté en règle.

Au-delà de la politique partisane et des dissensions au sein du Congrès, si le projet de réforme symbolise en effet un autre échec pour le président Bush, la déception semble palpable au sein de la communauté hispanique, qui aurait grandement bénéficié des avantages du Z-Visa. De plus en plus nombreuse aux États-Unis, cette communauté constitue un fragment important de l'électorat dont se préoccupent plusieurs congressistes républicains. Avec l'échec du projet de réforme, les républicains pourraient perdre nombre de votes hispaniques en guise de représailles.

Les candidats à la présidentielle prennent position

Alors que l'un des principaux candidats républicains, John McCain, s'est prononcé en faveur de la réforme sur l'immigration, le candidat Rudolf Giuliani (ancien maire de New York) a d'abord évité de se prononcer sur la question avant d'enfin y accorder son appui. Chez les démocrates, la candidate Hillary Clinton s'est montrée plutôt conservatrice en dénonçant l'immigration illégale aux États-Unis et en prônant un contrôle accru des entrées et sorties des immigrants. Avec cette position ferme, on peut penser qu'Hillary Clinton cherche à gagner l'appui de conservateurs modérés en vue de l'emporter aux primaires de 2008.

Malgré l'échec du projet de réforme, à l'aube de la campagne présidentielle, l'immigration pourrait bien demeurer au tableau des enjeux prioritaires. Avec les attentats survenus cette semaine en Grande-Bretagne, il n'en reste pas moins que le terrorisme demeure une question d'actualité aux États-Unis, comme en atteste la modification du niveau d'alerte par le département de la Sécurité intérieure. L'inaction du Congrès dans le dossier de l'immigration oblige certains États (comme l'Arizona) à légiférer faute de lois adéquates pour encadrer la réalité de l'immigration illégale aux États-Unis. On peut d'ores et déjà s'attendre à de vifs débats sur la question de l'immigration lors de la campagne électorale de 2008 eu égard à l'absence de consensus chez les décideurs comme au sein de l'opinion publique américaine.

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