R�publique des Philippines
Philippines

2. Donn�es historiques

 

1 Les premiers habitants

Les premiers humains sont arriv�s dans l'archipel des Philippines il y a fort longtemps. Une �quipe scientifique internationale et interdisciplinaire a d�couvert d'anciennes traces de peuplement des Philippines par des hominid�s, dans le site arch�ologique de Kalinga (�le de Lu�on) dat� de plus de 700 000 ans. Avant l�arriv�e des Europ�ens, plusieurs royaumes et sultanats ont exist� aux Philippines: le royaume bouddhiste de Butuan, les royaumes de Tondo et de Maysapan (Xe si�cle) ou les sultanats musulmans de Sulu, de Maynila, de Maguindanao et de Lanao. Ces royaumes ont atteint une organisation politique et sociale complexe; ils ont pratiqu� le commerce avec la Chine, l�Inde, le Japon, la Tha�lande, le Vietnam et Java. Cependant, aucun de ces royaume n�est arriv� � �tendre son influence sur l�ensemble de l�archipel actuel des Philippines. Par ailleurs, des populations dites "barangays" (ou petites localit�s) sont demeur�es ind�pendantes dans l�archipel, tout en s'�tant parfois alli�es avec un ou plusieurs des grands royaumes avoisinants. Juste avant l�arriv�e des Espagnols, la population de l�archipel �tait �valu�e entre un � deux millions d�habitants repartis sur plusieurs �les dont la plupart �taient recouvertes de for�ts denses.

Les historiens croient que les premiers Indon�siens sont venus aux Philippines par groupe il y a environ 5000 � 6000 ans et � nouveau vers 1500 ans avant notre �re. Les preuves linguistiques relient les langues parl�es, tel le tagalog, au bahasa indon�sien (ou indon�sien) comme ayant des racines communes, de sorte que la racine principale des langues philippines modernes est probablement venue avec ces immigrants (m�me si d'autres groupes d'individus sont venus aux Philippines beaucoup plus t�t). De plus, les Malais ont d�j� constitu� la plus grande partie de la population des Philippines.

Les recherches des linguistes et des anthropologues montrent que la racine commune de toutes les langues parl�es dans l�archipel est rattach�e � la grande famille austron�sienne. Cette famille de langues regroupe plus de 600 langues � partir de Madagascar sur les c�tes africaines � l�ouest jusqu�� l��le de P�ques pr�s des c�tes sud-am�ricaines vers l�est, ce qui comprend une grande partie des �les de l'oc�an Pacifique. Ainsi, la plupart de ces peuples sont des Austron�siens qui se sont fragment�s en de nombreuses nations insulaires au fil du temps.

Avant l'arriv�e des Espagnols aux Philippines, les habitants vivaient dans de petites villes appel�es barangay (prononcer [ba-rang-ga�]). Les habitants des Philippines n'�taient pas unis par un gouvernement commun, car ils �taient r�gis par de nombreux petits baranguays, chacun renfermant de nombreuses langues diff�rentes et de nombreux vari�t�s dialectales. Chaque barangay �tait gouvern� par un chef qui s'appelait �datu�, un titre qui d�signe les dirigeants de nombreux peuples autochtones de l'archipel des Philippines. Ce mode de vie par petites communaut�s a certainement eu un r�le � jouer dans la fragmentation des langues philippines. N�anmoins, de nombreux barangays se sont regroup�s afin d'assurer la s�curit� et la protection. Certains barangays �changeaient ouvertement avec d'autres baranguays ou pratiquaient le commerce ext�rieur avec le Japon, la Chine, Born�o, Sumatra, la Tha�lande, le Cambodge et d'autres �les de la r�gion. C'est ainsi que plusieurs langues Philippines furent fortement influenc�es par le chinois et probablement par d'autres langues auxquelles elles �taient �galement expos�es.

Ce n'est qu'au XIVe si�cle que l'islam fut apport� aux Philippines. Celui-ci s'est r�pandu dans tout le Mindanao et a �galement atteint Manille et Tondo avant que les Espagnols ne viennent aux Philippines et cessent de propager cette religion. La diffusion de l'islam aurait �galement apport� de nouveaux mots et concepts aux langues locales parl�es dan l'archipel. Les linguistes croient �galement que les influences sanskrites ont contribu� � cr�er de nouveaux mots pour ces langues.

De plus, il existait un syst�me d'�criture (un alphasyllabaire) d�riv� du vieux-javanais qui servait � transcrire le tagalog appel� le baybayin. Cette �criture aurait aussi �t� utilis�e pour noter l�ilocano, le bicol, le pangasinan et d'autres langues de l'archipel. On croit que le baybayin �tait utilis� au XIVe si�cle. Son usage n�avait pas encore disparu lors de la colonisation des Philippines par les Espagnols.


2 La p�riode espagnole (1565-1898)

C'est le navigateur portugais Ferdinand de Magellan (1480-1521) qui d�couvrit l'archipel des Philippines, alors qu'il �tait � la recherche d'une nouvelle route vers les Moluques et les Indes orientales. Apr�s quelques mois de navigation dans le Pacifique, Magellan atteignit l'�le de Samar en mars 1521; il s'�tablit dans l'�le de Cebu o� il convertit au catholicisme le chef local et plusieurs centaines d'indig�nes. Ainsi, c'est un Portugais (Magellan) qui a �d�couvert� les Philippines et en a pris possession pour le compte de l'Espagne.

Par la suite, de nouvelles exp�ditions furent envoy�es par l'Espagne vers les Philippines. Ruy L�pez de Villalobos, un explorateur espagnol, atteignit en 1542 la c�te orientale de Mindanao et nomma l'archipel du �Islas Filipinas� (ou ��les Philippines) en hommage au futur Philippe II d'Espagne. Puis les Espagnols en firent un important comptoir commercial, notamment entre Manille et Acapulco (Mexique).

En 1564, un autre explorateur, Miguel L�pez de Legazp�, avec � son bord plusieurs moines augustins du Mexique, d�barqua � Cebu, puis � Iloilo sur la c�te de l'�le de Panay. L'�le de Lu�on fut totalement occup�e en 1571, ann�e o� fut fond�e Manille. La conqu�te militaire allait imm�diatement �tre suivie d'une conqu�te �spirituelle�. Aux augustins se joignirent bient�t des franciscains, des j�suites et des dominicains dont la mission premi�re �tait d'imposer le catholicisme aux populations locales.

- Le contr�le de la colonie

L'Empire colonial espagnol tenta d'apporter une certaine unit� politique � cet archipel qui avait toujours �t� dirig� par plusieurs petits royaumes ind�pendants; l'Empire introduisit �galement des �l�ments de la civilisation occidentale, par exemple l'imprimerie et le calendrier romain. Les Philippines furent administr�es g�r�es comme un territoire de la Nouvelle-Espagne et administr�es entre 1565 et 1821 � partir de Mexico. Par la suite, les Philippines furent administr�es directement par Madrid entre 1821 et jusqu'� la fin de la guerre hispano-am�ricaine en 1898, avec une br�ve p�riode d�administration britannique entre 1762 et 1764. Ce fut le premier contact des Philippins avec la langue anglaise, mais ce fut un bref �pisode qui n�a eu aucune influence durable. Au cours du R�gime espagnol, plusieurs villes furent fond�es, des infrastructures furent construites, de nouvelles cultures et de nouveaux animaux d��levage furent introduits. Pour leur part, les missionnaires espagnols convertirent la majorit� de la population au christianisme et fond�rent des �coles, des universit�s et des h�pitaux dans les diverses �les de l�archipel.

Le territoire de la colonie des Philippines poss�dait le statut de �capitainerie g�n�ral� (en espagnol: Capitan�a General). Jusqu'en 1778, l�administration des provinces de l'archipel se faisait par des intendants (espagnol: Intendente) et l�administration locale se faisait par les corregidors, des fonctionnaires espagnols d�sign�s par le roi. Ils �taient chang�s tous les trois ans et devaient rendre compte de leur gestion au roi. Ainsi, les corregidors ne pouvaient d�velopper de r�els sentiments de loyaut� ou de fid�lit� envers les Philippins. La colonie des Philippines demeurait sous l�autorit� de la Cour supr�me de Madrid, mais un �Conseil des Indes� (Consejo de Indias) exer�ait le contr�le de l'administration, de la justice et �mettait des ordonnances, le tout se faisant en espagnol. Il existait �galement un syst�me pyramidal de la population en fonction de certains crit�res. On distinguait les gachupinos (Espagnols n�s en Espagne) qui avaient acc�s � tous les postes, puis les criollos (Espagnols n�s aux Indes) qui, bien que d�munis de pouvoirs, avaient acc�s � la richesse de l'�lite espagnole. Quant aux Philippins, ils �taient consid�r�s comme des �sujets de second rang� avec les metisos (M�tis) qui �taient priv�s de tout statut reconnu. Enfin, chaque village avait son pr�tre-cur� qui �tait les yeux et les oreilles de l'administration locale. Ce syst�me permettait aux Espagnols de conserver un contr�le sur la colonie, car il �tait n�cessaire que les �sujets philippins� soient loyaux envers l�Espagne. 

- La langue espagnole

L'espagnol, g�n�ralement appel� � l'�poque castillan, a servi officiellement comme langue du gouvernement pendant toute la p�riode coloniale espagnole. Les Espagnols croyaient que, pour conserver la puret� du christianisme, il �tait n�cessaire de passer par leur langue, le castillan. Ils �taient aussi convaincus qu�ils poss�daient une sup�riorit� en raison de l'utilisation de l'alphabet latin dans les �crits, car les langues autochtones philippines �taient en g�n�ral strictement orales. Comme les pr�tres, les moines et les membres de communaut�s religieuses instruisaient les Philippins dans leur langue maternelle et contr�laient leur �ducation, il s'ensuivait que seul l'espagnol restait possible pour l'�criture. Il existait bien de tr�s nombreuses langues dans l'archipel, mais aucune ne poss�dait une �criture propre. Les individus qui voulaient �crire devaient forc�ment passer par l'espagnol. L'apprentissage de l'�criture dans les �coles �tait r�serv�e � l��lite et aux enfants espagnols habitant les Philippines.

Malgr� la longue pr�sence espagnole dans l�archipel, la langue espagnole n'a jamais r�ussi � unifier linguistiquement la colonie des Philippines, et ce, malgr� les nombreuses tentatives d�hispaniser les populations autochtones. En fait, si aucune unit� politique n'a pu �merger, c'est en partie � cause de la forte diversit� ethnique et linguistique. Avec d�un c�t� l��clatement territorial des �lots et des vall�es, et de l�autre plus d'une centaine de langues parl�es dans l�archipel, sans compter les variantes les plus modestes, il faut comprendre les difficult�s d�unifier v�ritablement le pays. Les Espagnols se content�rent de restreindre l�hispanisation � l��lite philippine, laquelle pouvait ensuite g�rer l�administration locale.

Durant la colonisation espagnole, les pr�tres et les moines jouissaient d'un grand pouvoir en raison de leur fonction plac�e entre la couronne espagnole et le peuple philippin. Celui-ci d�pendait des pr�tres pour toute leur instruction religieuse et pour leur compr�hension des lois et des ordonnances �manant de l'Espagne. �videmment, le gouvernement espagnol avait besoin de ses pr�tres pour g�rer ses affaires aux Philippines, car les gens du peuple ne pouvaient pas parler l'espagnol; le seul moyen de communiquer avec eux �tait par le biais des pr�tres qui parlaient leur langue. De leur c�t�, le clerg� espagnol ne voulait pas que les Philippins apprennent l�espagnol parce qu�il se consid�rait comme une classe d��lite sup�rieure � l'ensemble de la population philippine. C'est pourquoi les membres du clerg� catholique paraissaient souvent lents et h�sitants, m�me devant les ordres du gouvernement espagnol � mettre en �uvre des programmes d'enseignement de l'espagnol dans les �coles philippines. 

Il fallut attendre 1863 pour qu'un arr�t� royal r�formant l'�ducation vit le jour aux Philippines. Le Real Decreto de 3 de junio de 1863 avait pour objectif d�offrir une instruction de base aux autochtones. Il fut r�dig� gr�ce � l�influence des illustrados, les Philippins instruits. Ce d�cret royal aurait d� avoir pour effet de procurer plus de loyaut� envers l�Espagne, mais beaucoup de Philippins demeuraient m�fiants � l'�gard de l'Espagne. Afin d'encourager l�apprentissage de l�espagnol, des incitatifs positifs furent mis en place, mais le projet �choua faute d'appui de la part des populations locales.

- Le r�le de Jos� Rizal

C'est surtout l�intol�rance religieuse et la duret� de l�administration espagnole qui provoqu�rent des conflits entre les Philippins et les colonisateurs. Cette situation trouble suscita un nationalisme exacerb� de la part des Philippins qui finirent par r�clamer l’ind�pendance. Ces conflits, � la fois politiques et religieux, laiss�rent une triste empreinte aux Philippines. C'est � cette �poque que se d�veloppa un mouvement de lib�ration dont la figure de proue fut l��crivain-po�te, mais aussi m�decin-chirurgien, linguiste et r�volutionnaire, Jos� Rizal.

Jos� Rizal, de son nom complet Jos� Protasio Rizal Mercado y Alonzo Realonda, est n� en 1861; il fit ses �tudes de m�decine � Manille. Il fr�quenta les meilleures universit�s europ�ennes (Madrid, Paris, Berlin). Lors de ses nombreux voyages en Espagne, en France, en Allemagne, en Angleterre et aux �tats-Unis, il acquit une formation de chirurgien ophtalmologiste, obtint des dipl�mes en philosophie et apprit plusieurs langues. Il fut l'un des linguistes les plus importants de son �poque et ma�trisa pas moins d'une vingtaine de langues, dont le tagalog, sa langue maternelle, puis le castillan, le fran�ais, l'italien, l'anglais, l'allemand, l'h�breu, l'arabe, le sanskrit, etc. En 1887, il publia un roman r�dig� en espagnol: Noli me tangere (en fran�ais: �Ne me touchez pas�).

Ce roman a jou� un r�le important dans la consolidation du nationalisme philippin en raison de ses id�es anticl�ricales et lib�rales, une sorte de combinaison d'id�es d'origine fran�aise et anglo-saxonne. En m�me temps, il suscita tellement la controverse qu'il fut interdit aux Philippines: les autorit�s ne pouvaient accepter cette image de corruption et d'abus de la part du gouvernement espagnol et du clerg� du pays. Devant la pression exerc�e par l'�glise catholique, le gouverneur d�t exiler Jos� Rizal dans l'�le de Mindanao au sud du pays, � Dapitan. Pendant ses ann�es d'exil, il fonda une �cole o� il enseigna les langues et les techniques agricoles modernes.

Rizal joua un r�le important dans la lutte pour l'�mancipation du peuple philippin pendant la colonisation espagnole, mais son combat prit fin abruptement lorsqu'il fut arr�t� � Barcelone, puis renvoy� � Manille o� il fut accus� de �crimes de r�bellion� lors d'un conseil de guerre tenu en octobre 1896, puis sommairement ex�cut� (fusill�). Il deviendra par la suite un encombrant martyr national, ce qui amplifia le mouvement d�ind�pendance, lequel prit forme avec une virulence accrue. Aujourd'hui, Rizal est consid�r� aux Philippines comme un h�ros national. Bien que la situation paraisse paradoxal, l'espagnol devint la �langue de la r�volution philippine�, alors que l'ensemble de la population ne le parlait pas, cette langue �tant, comme on le sait, r�serv�e � l'�lite instruite.

Malgr� une pr�sence de plus de 300 ans aux Philippines, l'espagnol n'est jamais devenu la langue principale du pays. Les raisons de cet ��chec� pour un colonisateur sont nombreuses. La premi�re vient sans doute du fait qu'il n'y eut jamais beaucoup de colons espagnols aux Philippines. Une autre raison vient de l'�loignement g�ographique de l'Espagne p�ninsulaire, ce qui explique que les Philippines n'ont jamais �t� au centre des int�r�ts espagnols. Ensuite, il y a toujours eu une p�nurie de professeurs espagnols qualifi�s, sans oublier que les missionnaires instruisait les Philippins dans leur propre langue et non en espagnol. Bref, l'exposition des autochtones � l'espagnol a toujours �t� minimale. Ce n'est qu'au XIXe si�cle qu'on s'est efforc� de rendre l�enseignement de l�espagnol obligatoire, mais les r�sultats furent d�cevants. Quoi qu'il en soit, la guerre hispano-am�ricaine allait mettre fin � toute autre tentative pour implanter durablement l'espagnol.

Il est quand m�me surprenant que, malgr� tous les obstacles, l�espagnol soit demeur� la langue du gouvernement, de l��ducation et du commerce pendant toute la p�riode coloniale espagnole, soit durant 300 ans. La langue espagnole a n�anmoins influenc� grandement la langue tagalog aux Philippines, ainsi que plusieurs des nombreuses autres langues austron�siennes parl�es dans l'archipel. La p�riode de la domination espagnole a apport� des centaines de mots emprunt�s � l'espagnol, que ce soit en tagalog ou en d'autres langues philippines. Beaucoup de ces mots comprennent l'adoption du syst�me de num�ration espagnol dans de nombreux contextes, en particulier en ce qui concerne l'argent, la vie quotidienne et l'adoption de termes religieux reli�s de pr�s ou de loin � l'espagnol. Les Espagnols ont aussi apport� l'alphabet latin aux Philippines. Le nombre de lettres de l'alphabet, appel� l'abecedario, qui fut utilis� dans les �les comptait 32 lettres.

3 L'annexion am�ricaine (1898-1946)

La guerre hispano-am�ricaine tire son origine de la lutte pour l�ind�pendance de Cuba, alors une colonie espagnole. � la suite de la la destruction du navire de guerre am�ricain le Maine, le pr�sident McKinley avait somm� l�Espagne d��vacuer Cuba. Devant le refus de l'Espagne, le Congr�s am�ricain accorda au pr�sident le pouvoir d'utiliser les forces terrestres et navales pour mener � bien la guerre contre l�Espagne. Le 1er mai 1898, les Am�ricains coul�rent la flotte espagnole des Philippines dans la rade de Manille. Selon les termes du trait� de paix de Paris du 10 d�cembre 1898, l�Espagne c�dait non seulement Cuba, mais Porto Rico, les Philippines et l��le de Guam; elle recevait une indemnit� de 20 millions de dollars pour la �vente� des Philippines qui devint aussit�t une colonie am�ricaine. 

- La premi�re r�publique philippine
 

La R�publique des Philippines (en espagnol : Rep�blica Filipina); en tagalog : Rep�blik� nang Filipinas), �galement connue sous le nom de �R�publique de Malolos� (Rep�blica de Malolos), constitue un bref r�gime politique (du 23 janvier 1899 au 23 mars 1901) qui fut anim� par les ind�pendantistes durant la guerre hispano-am�ricaine (devenue une guerre am�ricano-philippine). Le nom de Malolos d�signait alors la capitale de la Premi�re R�publique philippine dirig�e par le g�n�ral Emilio Aguinaldo; elle est li�e � de nombreux patriotes et h�ros de l'histoire du pays.

Au commencement de la guerre hispano-am�ricaine en 1898, Emilio Aguinaldo s'allia avec les militaires am�ricains; il leur livra 15 000 prisonniers espagnols. Il constata rapidement que les �tats-Unis voulaient remplacer la domination espagnole par leur propre domination. En r�action, il d�clara l'ind�pendance de l'archipel le 12 juin 1898. Il fut d�sign� comme pr�sident le 1er janvier 1899 et, un mois plus tard, il d�clara la guerre aux �tats-Unis. C'�tait une guerre in�vitable dans la mesure o� les Philippins refusaient un nouveau ma�tre �tranger pendant que les Am�ricains ne souhaitaient nullement renoncer � leur nouvelle colonie.

Le 22 janvier 1899, la Constitution de Mololos (r�dig� en espagnol) �tait promulgu�e par le Congr�s philippin. Il �tait d�clar� que le castillan �tait reconnu temporairement comme la langue des actes des autorit�s publiques et des tribunaux:
 

Constituci�n de Malolos (1899)

Art�culo 93.�

El empleo de las lenguas usadas en Filipinas es potestativo. No uede regularse sino por la ley y solamente para los actos de la autoridad p�blica y los asuntos judiciales. Para estos actos se usar� por ahora la lengua castellana.

Constitution Malolos (1899)

Article 93

L'emploi des langues parl�es aux Philippines est facultative. Il ne peut �tre r�glement� que par la loi et uniquement pour les actes des autorit�s publiques et dans les affaires judiciaires. Pour ces actes, la langue castillane sera utilis�e pour le moment.

Mais la Constitution de la Premi�re R�publique fut de courte dur�e. En avril 1899, les Am�ricains entr�rent dans la capitale Mololos d�j� enti�rement d�truite par les troupes du g�n�ral philippin, Antonio Luna, dans une strat�gie dite de la �terre br�l�e�. Emilio Aguinaldo s'enfuit � San Fernando (Pampanga), avant l'arriv�e des forces am�ricaines � Malolos. Le 23 mars 1901, le pr�sident Aguinaldo fut captur� par les forces am�ricaines dirig�es par le g�n�ral Douglas MacArthur; il dut promettre sa loyaut� aux �tats-Unis pour sauver sa vie. En fait, gr�ce � leur �quipement militaire sup�rieur et � l'apport massif de plus de 100 000 soldats, les �tats-Unis ne pouvaient que remporter facilement la victoire.

- L'occupation am�ricaine

Apr�s la guerre des Philippines, les Am�ricains nomm�rent un administrateur pour mettre en �uvre la loi martiale en la personne de Jos� Reyes Tiongson avec le titre de "presidente politico militar" (de 1901 � 1902). Plus d'un an apr�s la chute de Malolos en 1899, le si�ge du pouvoir national fut officiellement transf�r� � la ville de Manille, Malolos devenant la capitale de la province de Bulacan. L��ducation et la sant� publique furent identifi�es comme les deux domaines les plus importants dans lesquels les Philippins devaient tirer profit du protectorat am�ricain pour arriver vers la �modernit� et la �civilisation�. Pendant le r�gime militaire, un syst�me scolaire de type am�ricain fut introduit avec des soldats comme enseignants; les juridictions civiles et p�nales furent r�tablies, y compris une cour supr�me. Quant aux administrations locales, elles furent install�es dans les villes et les provinces avec des instructions en anglais. Au lieu de leur accorder l'ind�pendance, les Am�ricains, sous la pr�sidence de William McKinley (1897-1901), avaient pr�f�r� les annexer purement et simplement sous pr�texte de leur apporter les progr�s de la civilisation.

Agissant en bons colonisateurs, les Am�ricains ont vite fait d'oublier la culture et la volont� des populations locales qui r�clamaient leur ind�pendance. Les nouveaux ma�tres ont plut�t consolid� leur emprise et leur influence. En prenant �possession� des Philippines, les Am�ricains ont mis� sur la cr�ation d�un �tat apparemment d�mocratique mais tr�s �ouvert� � l'id�ologie am�ricaine, la structure politique philippine �tant calqu�e sur celle du Congr�s am�ricain. Seuls les membres des familles les plus riches furent promus � des postes administratifs afin de prot�ger les int�r�ts am�ricains dans l'archipel.

Les autorit�s coloniales am�ricaines en ont profit� pour �d�-hispaniser� des noms de lieux. Voici quelques changements parmi des centaines d'autres: Calle Real > Pilar Street, Calle Nueva > Mabini Street, Calle Alejandro VI > De los Santos Street, Calle Bustillos > J. Figueras Street, etc. Par la suite, on a impos� un grand nombre d'appellations du nom du g�n�ral MacArthur. 
 

Au cours de la seconde d�cennie de l�occupation am�ricaine des Philippines, l'administration dans l'archipel connut d�importants changements avec l'�lection de Woodrow Wilson (1913-1921), un pr�sident d�mocrate � la t�te des �tats-Unis. Contrairement aux r�publicains, les d�mocrates s�opposaient � toute entreprise coloniale et certains croyaient que le fait de gouverner un peuple sans son consentement �tait anti-am�ricain, alors que d'autres refusaient d�int�grer des �non-Blancs� au sein des �tats-Unis. Le gouverneur d�sign� par le pr�sident Wilson, Francis Burton Harrison (1873-1957), �tait un Philippin n� aux �tats-Unis, qui poss�dait bien l'anglais et le tagalog. Il exer�a ses fonctions de gouverneur g�n�ral des Philippines de 1913 � 1921; il pr�conisait un processus de philippinisation, c'est-�-dire le transfert de l'autorit� politique aux Philippins dans le gouvernement insulaire du territoire des �tats-Unis pour mieux pr�parer l'ind�pendance. Cette politique de philippinisation se voulait un moyen de prouver aux Philippins qu'ils pouvaient se gouverner eux-m�mes. Dot� d'une assembl�e l�gislative constitu�e d'une majorit� de d�put�s philippins, celle-ci put instaurer ses propres priorit�s l�gislatives tout en demeurant sous l'autorit� du gouverneur g�n�ral am�ricain.

�videmment, la philippinisation du gouvernement colonial fut �prement critiqu�e par un grand nombre d�Am�ricains � Manille, ainsi que par les r�publicains aux �tats-Unis, bien que le Congr�s am�ricain se soit r�serv�, par l'entremise du gouverneur g�n�ral, un droit de v�to sur les lois philippines.

Les critiques s�accentu�rent apr�s la Premi�re Guerre mondiale, alors que l��conomie tomba dans la r�cession et que la colonie devint le th��tre de plusieurs gr�ves de travailleurs. L'id�ologie pro-philippine du gouverneur Francis Burton Harrison contribua � faire de lui une figure fort populaire aux Philippines tout en �tant l'objet de s�v�res critiques de la part des Am�ricains conservateurs qui consid�raient sa gouvernance lib�rale comme n'�tant pas suffisamment li�e aux int�r�ts am�ricains. En 1921, Harrison quitta les Philippines pour aller vivre en �cosse au Royaume-Uni o� il v�cut jusqu'� ce qu'il soit rappel� aux Philippines en 1934 au cours d'une p�riode de transition entre �un territoire non incorpor� des �tats-Unis� et le �Commonwealth des Philippines�. La politique partisane fut l'une de ces institutions que les Am�ricains ont transmises aux Philippines; ils ont �galement introduit le concept de l'instruction universelle en envoyant des enseignants pour aider � cr�er des �coles o� les enfants philippins pouvaient recevoir une �ducation gratuite. Un grand groupe de ces enseignants a �t� appel� �thomasite�, du nom du bateau qu'ils ont appel� �Thomas�. �videmment, au cours de la p�riode am�ricaine, la langue anglaise a commenc� � �tre impos�e dans les �coles et est devenue la seule langue utilis�e par les enseignants.

Entre-temps, l'un des fondateurs de l'Akademya ng Wikang Pilipino (�Acad�mie de la langue pilipino�), Eusebio T. Daluz, avait publi� en 1915 un ouvrage linguistique important : Filipino-English Vocabulary with Practical Examples of Filipino English Grammers. L'objectif de cette acad�mie sur la langue �tait de proposer une langue philippine commune, d'o� l'importance de r�diger un dictionnaire et un r�sum� de grammaire.  Dans l'introduction de son dictionnaire, Daluz d�clarait:
 

The vocabulary] is a mixture of different Philippine dialects with the Tagalog as basis. Most of the words, of course, are Tagalog, but a large number are also taken from the Bisayan, Ilokano, Bikol, Pampangan and other native dialects, all of which are Tagalized. [Le vocabulaire] est un m�lange de diff�rents dialectes philippins avec le tagalog comme base. La plupart des mots, bien s�r, sont en tagalog, mais un grand nombre sont �galement tir�s des dialectes bisayan, ilokano, bicol, pampangan et autres, qui sont tous tagalis�s.

� cette �poque, si l'on faisait exception des grandes langues de l'Asie ou de l'Europe, la plupart des langues �taient qualifi�es de �dialectes�, mais ces propos de la part de Eusebio T. Daluz d�crivent assez bien ce que la langue officielle philippine, alors le tagalog, devait devenir. Il s'agissait d'un id�al � atteindre, c'est-�-dire celui de r�unir dans une seule langue commune les diff�rentes vari�t�s linguistiques de l'archipel. Bien s�r, la langue philippine (pilipino ou filipino) d�crite dans le dictionnaire de Daluz ne correspond pas � celle adopt�e par la suite comme langue nationale officielle. Cette version de ce qu'on appelait alors le pilipino �tait moins �m�lang�e� avec les autres langues qu'elle ne l'est aujourd'hui et la grammaire �tait presque exclusivement bas�e sur le tagalog. C'est peut-�tre la raison pour laquelle certains non-tagalophones ont r�sist� � l'implantation de cette langue officielle du pilipino et qu'ils ont accus� les membres de l'Acad�mie de la langue pilipino d'�tre des �puristes du tagalog�.

- Le Commonwealth des Philippines (1935-1946)

� partir de 1935, une plus grande autonomie fut accord�e � l'archipel qui devint le �Commonwealth des Philippines�, mais l'archipel demeurait toujours une colonie am�ricaine. Au cours de cette p�riode coloniale, l'anglais est devenu une langue officielle additionnelle aux Philippines, parall�lement � l'espagnol. La section 3 de l'article XIII de la Constitution de 1935 correspond � cette r�alit�:
 

ARTICLE XIII � DISPOSITIONS G�N�RALES (1935)

Section 3

1) L�Assembl�e nationale doit prendre des mesures pour d�velopper et adopter une langue nationale commune bas�e sur l'une des langues autochtones existantes.

2) Jusqu'� ce que la loi en dispose autrement, l'anglais et l'espagnol demeurent les langues officielles.

Comme il fallait s'y attendre, la Constitution de 1935 �tait une vision am�ricaine impos�e aux Philippines en tant que colonie. Il suffit de lire certaines dispositions contenues dans l'annexe appel�e "Ordinance appended to the Constitution" (�D�cret suppl�mentaire � la Constitution�). Non seulement, tous les citoyens philippins devaient pr�ter all�geance aux �tats-Unis, mais les fonctionnaires devaient aussi pr�ter et souscrire un serment d'office pour reconna�tre l'autorit� supr�me des �tats-Unis. Les Affaires �trang�res demeuraient sous le contr�le direct des �tats-Unis. Tous les actes adopt�s par l'Assembl�e nationale du Commonwealth des Philippines devaient �tre rapport�s au Congr�s des �tats-Unis, lequel, par l'entremise du gouverneur g�n�ral, avait ainsi un droit de v�to sur les lois adopt�es par les Philippines. Il en �tait ainsi pour les d�cisions des tribunaux philippins qui pouvaient faire l'objet d'un r�examen par la Cour supr�me des �tats-Unis. De plus, les �tats-Unis avaient le droit d'exproprier des biens � des fins publiques, afin de maintenir des garnisons militaires. Enfin, dans le domaine linguistique, le gouvernement du Commonwealth des Philippines devait �tablir et maintenir un syst�me ad�quat d��coles publiques dont la langue d'enseignement devait �tre principalement l'anglais. Le D�cret suppl�mentaire � la Constitution de 1935 est �loquent � ce sujet de la mainmise am�ricaine sur les Philippines: 

D�cret suppl�mentaire � la Constitution (1935)

Article 1er

Nonobstant les dispositions de la Constitution pr�c�dente, en attendant le retrait d�finitif et complet de la souverainet� des �tats-Unis sur les Philippines -

(1) Tous les citoyens des Philippines doivent pr�ter all�geance aux �tats-Unis.

(2) Tout fonctionnaire du gouvernement du Commonwealth des Philippines doit, auparavant:

s'engager dans l'accomplissement de ses obligations, pr�ter et souscrire un serment d'office, d�clarant, entre autres, qu'il reconna�t et accepte l'autorit� supr�me des �tats-Unis et y maintiendra une v�ritable foi et all�geance.

(8) Le gouvernement du Commonwealth des Philippines doit �tablir et maintenir un syst�me ad�quat d��coles publiques, principalement offert en anglais.

(10) Les Affaires �trang�res seront sous la surveillance et le contr�le directs des �tats-Unis.

(11) Tous les actes adopt�s par l'Assembl�e nationale du Commonwealth des Philippines doivent �tre rapport�s au Congr�s des �tats-Unis.

(12) Les Philippines reconnaissent aux �tats-Unis le droit d'exproprier des biens � des fins publiques, afin de maintenir des garnisons militaires et autres, ainsi que des forces arm�es aux Philippines et, sur ordre du pr�sident des �tats-Unis, pour appeler au service de ces forces arm�es toutes les forces militaires organis�es par le gouvernement du Commonwealth des Philippines.

(13) Les d�cisions des tribunaux des Philippines pourront faire l'objet d'un r�examen par la Cour supr�me des �tats-Unis, comme le pr�voit actuellement la loi, et cette r�vision s'�tendra �galement � toutes les affaires concernant la Constitution des Philippines.

Malgr� ces multiples contraintes, le Commonwealth des Philippines b�n�ficiait d'une Assembl�e l�gislative et d'un pr�sident �lu en 1935.
 

Le premier pr�sident de ce nouveau Commonwealth fut Manuel L. Quezon, qui exer�a ses fonctions de 1935 � 1944. Il fut �lu avec 68 % des voix, alors qu'il avait comme opposant Emilio Aguinaldo, l'ancien pr�sident de la Premi�re R�publique.

En 1936, le pr�sident Quezon cr�a l'Institut de la langue nationale (en anglais: Institute of National Language; en tagalog: Surian ng Wikang Pambansa) en faisant adopter la Commonwealth Act No. 184, c'est-�-dire la Loi cr�ant un institut de la langue nationale et d�finissant ses pouvoirs et ses obligations (1936). C'est � cette �poque que la langue devint une question d'identit� nationale, ce qui conduisit le pr�sident Quezon � s'adresser � l'Assembl�e nationale pour former un comit� (Institut de la langue nationale) qui devait �valuer les possibilit�s des diff�rentes langues des Philippines afin de formuler une recommandation finale sur une langue commune. Les obligations et les responsabilit�s de l'Institut portaient sur les langues principales parl�es par au moins un demi-million de locuteurs philippins; il devait faire une �tude comparative du vocabulaire des langues majeures, enqu�ter et d�terminer la phon�tique et l'orthographe du futur philippin afin que l'Institut puisse choisir la langue maternelle devant servir de base � l'adoption de la langue nationale philippine.


L'article 5 de la loi n� 184 de 1936 est important:
 

Article 5

L�Institut de la langue nationale doit �tudier les dialectes philippins en g�n�ral dans le but d��voluer et d�adopter une langue naturelle commune fond�e sur l�une des langues autochtones existantes. � cette fin, l'Institut de la langue nationale a les obligations particuli�res suivantes:

(1) Faire une �tude et observer chacune des langues principales des Philippines parl�es actuellement par au moins un demi-million de locuteurs.

(2) Choisir parmi les langues autochtones et organiser en groupes distincts:

(a) Les mots et expressions utilis�s en totalit� ou dans la majorit� des langues ayant des sons et des significations communes.
(b) Les mots utilis�s dans tous ou dans la majorit� des langues, ayant les m�mes sons, mais avec des significations diff�rentes.
(c) Les mots utilis�s en totalit� ou dans la majorit� des langues, ayant des sons similaires, mais avec des significations identiques ou diff�rentes.

(3) �tudier et �tablir la phon�tique et l'orthographe philippines.

(4) Faire une �tude critique comparative de tous les pr�fixes, infixes et suffixes philippins.

(5) Choisir la langue maternelle devant servir de base � l'�volution et � l'adoption de la langue nationale philippine. En proc�dant � ce choix, l�Institut doit privil�gier la langue la plus d�velopp�e en mati�re de structure, de m�canisme et de litt�rature, laquelle est accept�e et utilis�e � l�heure actuelle par le plus grand nombre de Philippins.

Malgr� le fait que l'Institut ne soit pas bien �quip� face � l'immense t�che � accomplir et qu'il n'aie pas � l'�poque avoir pris conscience de l�ampleur de ses obligations, il adopta, le 9 novembre 1937, une r�solution recommandant que le tagalog serve dor�navant de base � l'instauration d'une langue nationale commune aux Philippins. Le 30 d�cembre de la m�me ann�e, le pr�sident Quezon signa le d�cret pr�sidentiel n� 134 approuvant l'adoption du tagalog comme langue des Philippines et d�clarant la langue nationale bas�e sur la variante tagalog comme langue nationale des Philippines. Le d�cret indiquait que cette mesure prendrait effet deux ans apr�s sa promulgation.  

 

Le 30 d�cembre 1937, lors d�une radiocommunication au palais de Malaca�an, Manuel L. Quezon lut le d�cret pr�sidentiel n� 134 qui proclamait la langue nationale des Philippines sur la base du tagalog. C'�tait la premi�re fois qu'un pr�sident parlait en ondes en utilisant le pilipino (avant d'�tre appel� filipino) d�clar� langue nationale des Philippines en vertu du d�cret-loi n� 134. � cette occasion, Quezon d�clara ce qui suit en tagalog:

 

"Nagdudulot sa akin ng di matingkalang kasiyahan na maipahayag ko sa inyo na ngayong ika-41 anibersaryo ng pagmamartir ng nagtatag at pinakadakilang tagapamansag ng nasyonalismong Pilipino, ay naging karangalan kong ilagda, bilang pag-alinsunod sa utos ng Konstitusyon at ng umiiral na batas, ang isang Kautusang Tagapagpaganap na nagtatalaga sa isa sa mga katutubong wika na maging batayan ng wikang pambansa ng bayang Pilipino." [Je suis heureux de pouvoir vous dire que ce 41e anniversaire du martyre du fondateur et du plus grand partisan du nationalisme philippin, c'est un honneur pour moi de signer, conform�ment � la Constitution et aux lois existantes, un d�cret d�signant l'une des langues autochtones comme base de la langue nationale du peuple philippin.]

Cependant, le pr�sident Quezon, dont la langue maternelle �tait le tagalog, oubliait � ce moment-l� que la plupart des Philippins ne parlaient pas cette langue. La loi en question devait entrer en vigueur deux ans plus tard, soit le 30 d�cembre 1939. Un an apr�s son entr�e en vigueur, les �coles publiques devaient commencer � enseigner la langue nationale, sans que cela ne porte atteinte � l'enseignement de l'anglais. Tout en faisant �cho � la recommandation de l'Institut de la langue nationale d'adopter le tagalog comme base de la langue nationale du pays, le pr�sident Quezon ne pouvait supprimer les privil�ges de l'anglais comme langue d'enseignement, car le pays demeurait encore assujetti au pouvoir et au veto des �tats-Unis sur les Philippines. Voici un extrait du D�cret pr�sidentiel n� 134 proclamant la langue nationale des philippines sur la base de la langue tagalog (1937):

Maintenant, par cons�quent, moi, en tant que pr�sident des Philippines, Manuel L. Quezon, en vertu des pouvoirs qui me sont conf�r�s par la loi, en vertu des dispositions de l'article 7 de la loi du Commonwealth n� 184 et sur la recommandation du l'Institut de langue nationale, �nonc� dans la r�solution transcrite ci-dessus, approuve par la pr�sente l'adoption du tagalog comme base de la langue nationale des Philippines, d�clare et proclame par la pr�sente la langue nationale bas�e sur le dialecte tagalog comme la langue nationale des Philippines.

Les crit�res du pr�sident Quezon pour proclamer le tagalog comme base de la langue nationale � la "Wikang Pambans�" � �taient les suivants:

1. Le tagalog est largement parl� et la langue la plus comprise dans toutes les r�gions des Philippines;
2. Il n'est pas fragment� en �langues filles� plus petites, en dialectes, comme le visayan ou le bicol;
3. Sa tradition litt�raire est la plus riche de toutes les langues autochtones des Philippines, la plus d�velopp�e et la plus r�pandue;
4. Plus de livres sont �crits en tagalog que dans toute autre langue philippine, sauf en espagnol, mais cela est principalement d� � la loi et aux privil�ges de l'histoire;
5. Le tagalog a toujours �t� la langue de Manille, le centre politique et �conomique des Philippines aux �poques espagnole et am�ricaine.

Ainsi, le tagalog devenait la langue nationale des Philippines. Il fallait ensuite que le pr�sident donne des instructions au d�partement de l'Instruction publique pour enseigner la langue nationale dans toutes les �coles publiques et priv�es � la date pr�vue. Le tagalog fut int�gr� dans les programmes scolaires en 1940 pour y �tre enseign� au m�me titre que l'anglais. Cependant, l'adoption du tagalog en 1937 pour servir de base comme langue nationale ne s'est pas faite sans controverses. C'est pourquoi au lieu de promouvoir le tagalog, on a pr�f�r� parler plut�t de �langue nationale� ("Wikang Pambans�"). L'anglais �tait mieux accept� que le tagalog par les non-tagalophones!

De plus, les Philippines demeuraient toujours sous contr�le am�ricain. La Constitution qui avait �t� adopt�e au moment de la cr�ation du Commonwealth des Philippines en 1935 �tait impos�e par les Am�ricains et devait servir les int�r�ts am�ricains. 

En 1939, Lope K. Santos (1879-1963), un �crivain philippin de langue tagalog et ancien s�nateur des Philippines, publia une grammaire de la langue nationale : Ang Balarila ng Wikang Pambansa. En plus des r�gles de grammaire, l'ouvrage contenait l'alphabet de la langue nationale qu'on appellera l'abakada, nomm� ainsi d'apr�s ses trois premi�res lettres. Suivant les conseils d'anciens chercheurs, Santos n'a retenu qu'une seule lettre pour repr�senter un son significatif dans la langue tagalog. Le produit r�sultant de cette logique a r�duit l'abecedario espagnol de 32 lettres � 20 lettres. De plus, les lettres devaient �tre lues selon les sons abakada, par opposition � la prononciation anglaise ou espagnole des lettres. L'abakada resta l'alphabet de la langue nationale de 1940 jusqu'en 1976. Au cours de cette p�riode, des questions ont �t� soulev�es quant � la validit� du tagalog comme base de la langue nationale.

En somme, le gouvernement central philippin, sous l'influence des �tats-Unis, a choisi de privil�gier une certaine ethnie ainsi que l�h�ritage colonial am�ricain pour repr�senter la Nation, sans prendre en consid�ration les populations minoritaires autres que les Tagalogs.

4 L'invasion japonaise (1942-1945)
 

� l'aube de la Seconde Guerre mondiale, le pays devait aussi relever plusieurs d�fis : l'�conomie � r�nover, les relations diplomatiques tendues en Extr�me-Orient, la pr�paration d'une arm�e autonome, etc. L'invasion japonaise de 1942 for�a le gouvernement de Manuel L. Quezon � se r�fugier sur l'�le de Corregidor aux c�t�s du g�n�ral Douglas MacArthur. Il fut ensuite refouler vers l'Australie avant de se r�fugier aux �tats-Unis, son gouvernement en exil ayant ses bureaux � Washington.

L'Empire japonais voulut justifier son occupation militaire aux Philippines en favorisant la formation d'un gouvernement philippin collaborateur dirig� par Jos� P. Laurel (de son nom complet: Jos� Paciano Laurel y Garc�a). Celui-ci demeura pr�sident de la Seconde R�publique philippine durant la Seconde Guerre mondiale, de 1943 � 1945. Plus de 21 000 Japonais r�sidaient dans l'archipel au moment de l'occupation. Les Japonais instaur�rent un r�gime militaire avec un couvre-feu strict, introduisirent leur monnaie et modifi�rent l'administration territoriale.

 Les troupes japonaises multipli�rent les exactions � un point tel que plus de 100 000 civils trouv�rent la mort. La r�sistance des Philippins demeura omnipr�sente et d�termin�e. Il y eut n�anmoins de nombreux mariages mixtes, tandis que les enfants issus de ces unions parl�rent en g�n�ral le tagalog plut�t que le japonais. Apr�s une longue r�sistance philippine, des hommes politiques philippins finirent par accepter de collaborer avec les Japonais et ratifi�rent une nouvelle constitution en 1943. Au plan linguistique, les Japonais encourag�rent l'usage de la langue nationale plut�t que l'anglais dans les �coles:
 

Article IX (1943)

Dispositions g�n�rales

Section 2

Le gouvernement doit prendre des mesures pour d�velopper et diffuser le tagalog comme langue nationale.

En 1943, le pr�sident philippin, Jos� P. Laurel, promulgua le d�cret pr�sidentiel n� 10 portant r�forme de l�enseignement, notamment l�enseignement de la langue nationale dans toutes les �coles primaires publiques et priv�es, et la formation � grande �chelle des enseignants de la langue nationale. En voici un extrait portant sur l'enseignement de la langue nationale:

 

EXECUTIVE ORDER NO. 10, 1943

PRESCRIBING CERTAIN EDUCATIONAL REFORMS


By virtue of the powers vested in me by law and upon recommendation of the National Education Board created under Executive Order No. 5, dated October 23, 1943, I, JOSE P. LAUREL, President of the Republic of the Philippines, do hereby order that �

[...]

B. TEACHING OF THE NATIONAL LANGUAGE

5) Effective immediately the national language shall be taught in all public and private high schools, colleges, and universities.

6) Effective at the beginning of the school year 1944-1945, the national language shall be taught in all elementary schools, public and private, and the training of national language teachers on a large scale shall commence immediately.

7) All efforts shall be exerted to accelerate the diffusion the national language so that it may became the principal medium on instruction throughout the school and college courses as soon as practicable.

[...]

(SGD.) JOSE P. LAUREL
President of the Republic of the Philippines

D�CRET PR�SIDENTIEL N� 10, 1943

PR�SENTATION DE CERTAINES R�FORMES �DUCATIVES

En vertu des pouvoirs qui me sont conf�r�s par la loi et sur recommandation du Bureau national de l'�ducation cr�� en vertu du d�cret-loi n� 5 du 23 octobre 1943, moi, JOS� P. LAUREL, pr�sident de la r�publique des Philippines, ordonne par la pr�sente que:

[...]

B. ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE NATIONALE

5) Imm�diatement en vigueur, la langue nationale doit �tre enseign�e dans tous les lyc�es, coll�ges et universit�s, publics et priv�s.

6) � compter du d�but de l�ann�e scolaire 1944-1945, la langue nationale doit �tre enseign�e dans toutes les �coles primaires, publiques et priv�es, et la formation des enseignants dans la langue nationale doit commencer imm�diatement � grande �chelle.

7) Tous les efforts doivent �tre d�ploy�s pour acc�l�rer la diffusion de la langue nationale afin qu'elle devienne le principal moyen d'instruction tout au long des cours dans les �coles et les coll�ges.

[...]

(Sign�) JOS� P. LAUREL
Pr�sident de la r�publique des Philippines

Le nom de la �langue nationale� n'est pas identifi�, mais tous savaient alors qu'il s'agissait du tagalog. C'est donc sous le r�gime japonais que l'enseignement de cette langue nationale a �t� int�gr� plus officiellement au programme � tous les niveaux. Elle fut introduite comme discipline dans toutes les classes du primaire et du secondaire. En 1944, les enseignants des langues vernaculaires autres que le tagalog ont commenc� � apprendre la langue nationale dans un "institut de tagalog" pour leur permettre d�enseigner et d�utiliser la langue. On peut dire que les Japonais ont contribu� � implanter plus durablement le tagalog dans l'archipel de fa�on � concurrencer l'anglais, car ils percevaient l'anglais comme une langue �imp�rialiste�. 

La langue nationale, bas�e sur le tagalog, fut non seulement largement implant�e dans les �coles, mais aussi dans les m�dias et les communications officielles. Toutefois, le court laps de temps pendant lequel le Japon a occup� l'archipel ne fut pas suffisant pour que les Japonais �tablissent la base de leur culture et de leur langue chez les Philippins. Ceux-ci ont n�anmoins emprunt� une douzaine de mots au japonais: dorobo (< dorobo : �voleur�), jack-en-poy (< jankenpon: �jeu de pierre-papier-ciseaux�), kampay (< kanpai: �sant�!�), karaoke (< karaoke: �karaok�), tansan (< tansan : �eau gazeuse�), toto (< otōto: �fr�re cadet�). 

Au cours de la guerre du Pacifique, les victoires am�ricaines permirent la reconqu�te progressive des �les philippines. Consid�r�es comme des alli�s, les Philippins furent � nouveau sous contr�le am�ricain en 1945.

5 L'ind�pendance des Philippines et le filipino

Le 4 juillet 1946, le pr�sident am�ricain Harry S. Truman d�clara l'ind�pendance de la r�publique des Philippines. Mais le jeune �tat philippin dut accepter des concessions aux Am�ricains, notamment le maintien de bases militaires et le droit des citoyens am�ricains install�s aux Philippines d'exploiter les ressources naturelles du pays. Apr�s l�ind�pendance, le gouvernement philippin est toujours demeur� sous l�influence �conomique, linguistique et politique des �tats-Unis. Toutefois, avec leurs r�formes �conomiques et politiques, les Am�ricains se sont trouv�s � perp�tuer les in�galit�s sociales et �conomiques d�j� mises en place par la colonisation espagnole.

Ainsi, la d�colonisation a eu pour effet de renforcer un �tat catholique unifi� aux d�pens des r�gions du Sud de confession musulmane, ce qui allait accentuer leur isolement politique et �conomique. Situ�e au sud des Philippines, l��le de Mindanao se trouvait partag�e entre trois communaut�s: musulmane (les Moros), chr�tienne, et autochtone (les Lumads). Depuis quarante ans, une guerre allait opposer les ind�pendantistes musulmans et le gouvernement national � Manille.

- La proclamation du filipino comme l'une des langues officielles (1946)

N�anmoins, ayant retrouv� leur quasi-totale ind�pendance, les Philippins remirent en place la Constitution de 1935, ce qui signifiait que l'espagnol et l'anglais redevenaient les langues officielles du pays. Quoi qu'il en soit, pr�c�demment, soit le 7 juin 1940, l�Assembl�e nationale des Philippines avait adopt� la loi du Commonwealth n� 570 d�clarant que la langue filipino (et non pas pilipino) devait acqu�rir le statut de l'une des langues officielles � compter du 4 juillet 1946, ce qui allait co�ncider plus ou moins avec la date d�ind�pendance du pays. Voici la loi du 7 juin 1940 � ce sujet, intitul� Loi proclamant la langue nationale filipino comme langue officielle � partir du 4 juillet 1946 :
 

Loi proclamant la langue nationale filipino
comme langue officielle � partir du 4 juillet 1946

Loi du Commonwealth n� 570
Assembl�e nationale
Le 7 juin 1940

Il est d�cr�t� par l'Assembl�e nationale des Philippines:

Article 1
er

La langue nationale filipino est d�clar�e l'une des langues officielles des Philippines, � compter du quatri�me jour de juillet 1946.

Article 2

Aux fins de la pr�sente loi, tous les manuels destin�s aux �coles primaires r�dig�s dans la langue nationale ou n�cessaires � leur propagation par le biais des �coles publiques et priv�es ainsi que par d�autres organismes et m�thodes de vulgarisation, doivent �tre plac�s sous le contr�le de le Bureau de l'�ducation, sous r�serve de l'approbation de l'Institut de la langue nationale, dans la mesure o� sa forme linguistique est apparent�e.

Article 3

La pr�sente loi entre en vigueur au moment de son approbation.

En 1957, une nouvelle politique linguistique fut adopt�e dans les �coles philippines, et ce, apr�s une p�riode de recherches intensives et d�exp�rimentations sur la langue � utiliser comme moyen d�enseignement. Pour tenter de rendre le syst�me scolaire plus adapt� aux besoins de l��poque, le Bureau de l��ducation nationale ("Board of National Education"), l'organisme d�cisionnel en mati�re d��ducation, a d�cid� qu'il fallait enseigner dans les deux premi�res ann�es de l'�cole primaire la langue vernaculaire locale, puis en m�me temps la langue nationale (qui n'est pas nomm�e) et l'anglais:
 

Board of Education (1957)

The medium of instruction in the first two grades of the elementary school shall be the local vernacular; that at the same time the national language shall be taught informally beginning in Grade I and given emphasis as a subject in the higher grades; that English shall be taught as a subject in Grades I and II and used as medium of instruction beginning in Grade III.

Bureau de l'�ducation (1957)

La langue d'enseignement dans les deux premi�res ann�es de l'�cole primaire doit �tre la langue vernaculaire locale; qu'en m�me temps, la langue nationale doit �tre enseign�e de mani�re informelle en commen�ant en premi�re ann�e et en mettant l'accent en tant que mati�re dans les classes sup�rieures; que l'anglais soit enseign� comme mati�re en premi�re et deuxi�me ann�es et utilis� comme langue d'enseignement � partir de la troisi�me ann�e.

Ce programme de 1957 en �ducation fut vivement critiqu� en raison de la politique multilingue qu�il pr�conisait. En effet, il fallait enseigner pas moins de quatre langues: la langue vernaculaire locale, la langue nationale, l'espagnol et l'anglais (les deux langues officielles). Beaucoup de p�dagogues affirmaient que cette politique n'�tait pas tr�s efficace pour instruire les enfants philippins.

Le 13 ao�t 1959, le d�partement de l'�ducation, dans un d�cret minist�riel (Department Order No. 7), ordonna � chaque Philippin d�observer chaque ann�e la Semaine nationale de la langue (du 13 au 19 ao�t). Le document, sign� par le secr�taire � l'�ducation, Jos� Romero, d�signait aussi que dor�navant la langue nationale serait appel�e pilipino pour faire comprendre avait ainsi une connotation plus nationale � les Philippins � plut�t que r�gionale ou ethnique (les Tagalogs). Ce changement de nom n'a pas convaincu tous les non-Tagalogs du bien-fond� de cette appellation, notamment chez les Cebuanos. Cela n'emp�chait pas le pilipino d'�tre linguistiquement reli� au tagalog, mais l'appellation �tait �largie � l'ensemble de la nation philippine. En fait, si le tagalog �tait au d�part la langue parl�e par l'ethnie tagalog, les partisans de l'appellation pilipino voulaient d�montrer que le pilipino (plus tard le filipino) provenait des nombreuses langues des Philippines, y compris l'espagnol et l'anglais, contrairement au tagalog qui serait issu de ses seuls locuteurs. Cette pr�tention n'est pas tout � fait vraie, puisque le tagalog puise aussi dans des sources malaises, espagnoles, tamoules, anglaises, etc. En 1961, le Bureau du secr�taire � l��ducation imposait de mani�re d�finitive le terme pilipino en r�f�rence � la langue nationale. Rappelons qu'en tagalog le son [f] n'existait pas, d'o� les mots Pilipinas (Philippines en fran�ais) et pilipino (la langue), mais il existait en anglais, ce qui explique que les appellations officielles avaient la lettre [f] en anglais, mais [p] en tagalog.

 
C'est sous la pr�sidence de Carlos Polecticos Garc�a (le 8ᵉ pr�sident des Philippines, de 1957 � 1961) que s'est d�velopp�e la "Filipino First Policy" (Pilipino Muna en tagalog), c'est-�-dire la �Premi�re politique philippine� qu'on devrait plut�t traduire par �Premi�re politique pro-philippine�. Celle-ci fait r�f�rence � une politique introduite et mise en �uvre pour la premi�re fois par l'administration d'un pr�sident philippin. Dans le cadre de cette politique, les entreprises appartenant � des Philippins on t �t� consid�r�es comme prioritaires par rapport aux entreprises �trang�res, notamment les chinoises et les am�ricaines. Cette politique du pr�sident Garc�a se voulait une r�ponse � l'impact du libre-�change et surtout � la domination �conomique am�ricaine aux Philippines apr�s la Seconde Guerre mondiale.
 
�videmment, la politique fut bien accueillie par les hommes d'affaires philippins; des appels ont �t� lanc�s pour �largir la port�e de cette politique afin d'inclure d'autres domaines de la soci�t�, par exemple en �ducation. Par contre, cette politique ne pouvait qu'�tre fort mal accueillie par les hommes d'affaires �trangers, en particulier les Am�ricains, les Chinois et leurs homologues sino-philippins. Pour le pr�sident Garc�a, il ne s'agissait pas de fermer la porte aux capitaux �trangers, ni de pratiquer une politique anti-�trang�re, mais de donner aux Philippins la priorit� en ce qui concerne le contr�le des industries du pays et leur d�veloppement.

En plus de ses programmes, l'administration du pr�sident Carlos P. Garc�a mit aussi l'accent sur la revitalisation de la culture philippine. C'est pourquoi le Prix culturel de la R�publique a �t� cr�� et d�cern� � des artistes, des scientifiques, des historiens et des �crivains philippins. Sur la question linguistique, Garcia pr�nait l'usage des langues r�gionales et de la langue nationale dans les �tablissements d'enseignement.
 
En m�me temps, la pr�sidence de Carlos P. Garc�a a favoris� au cours des ann�es 1960 la mont�e des mouvements puristes de la part des sp�cialistes de la langue, notamment ceux de l'Institut national de la langue (SWP: appel� plus tard Suri�n ng Wikang Pambans�). De nouveaux mots furent cr��s pour remplacer les mots emprunt�s aux langues �trang�res. Cette �re de �purisme� du SWP suscita de nombreuses critiques de la part des Philippins. Deux mouvements ont �merg� au cours de cette p�riode dite de purisme: l'un s'�leva contre le tagalog pour d�fendre les langues vernaculaires chez les non-Tagalogs, pendant que l'autre pr�nait plus d'int�gration de mots �trangers dans la langue nationale. En 1963, un membre du Congr�s du Negros Occidental, l'une des provinces centrales des Philippines, le d�put� Innocencio V. Ferrer (1914-1984), alla jusqu'� interpeller la Cour supr�me des Philippines afin de remettre en question la constitutionnalit� du choix du tagalog comme base de la langue nationale. Ce fut l'�poque o� les puristes cr��rent de nouveaux mots (par exemple salumpuwit pour d�signer une chaise) et des suffixes tels anak et apo pour les noms, au lieu de "Junior" et "III".
 
Finalement, d'autres d�put�s pr�f�r�rent encourager un mouvement de modernisation linguistique appel� MOLAM ("Modernizing the Language Approach Movement"). Ce mouvement fut dirig� par un autre membre du Congr�s, Geruncio Lacuesta, qui tenta de promouvoir une nouvelle langue v�hiculaire appel�e "Manila Lingua Franca" en int�grant des mots de diff�rentes langues philippines et internationales. Mais ce mouvement d�clina apr�s le d�c�s de Lacuesta.

6 Le r�gime autoritaire de Ferdinand Marcos (1965-1986) 

Ferdinand Marcos, alors chef du Parti nationaliste, fut �lu pr�sident des Philippines le 19 novembre 1965. Il mit en �uvre une r�forme agraire afin de moderniser le domaine agricole, mais il ne fit rien pour combattre les in�galit�s sociales et la pauvret� qui frappait les paysans. La Constitution de 1935 ne pr�voyant pas de troisi�me mandat pr�sidentiel, Marcos devait normalement quitter la sc�ne politique en 1973, parce qu'il arrivait � la fin de son second mandat. � la suite d'une tentative d'assassinat contre le secr�taire � la D�fense, Juan Ponce Enrile, � Manille, le pr�sident Marcos d�cr�ta la loi martiale le 23 septembre 1972. Dans un contexte de confusion g�n�ralis�e aux Philippines, la d�claration de la loi martiale fut en g�n�ral bien accept�e par la population. Marcos s'arrogea les pleins pouvoirs et fit arr�ter plus d'une centaine d'opposants politiques.

Le 23 septembre 1973, Marcos dissout l'Assembl�e nationale et annon�a l'�laboration d'une nouvelle constitution ainsi que le changement du r�gime politique. En juillet 1975, un pl�biscite reconnut la Constitution de 1973 et le prolongement de la loi martiale qui devait rester en vigueur jusqu'en janvier 1981, conf�rant ainsi tous les pouvoirs � Marcos.

 
6.1 La langue nationale
 
En r�alit�, le pr�sident avait form� en 1971 une convention constitutionnelle destin�e � remplacer la Constitution de 1935. L'une des questions litigieuses de la convention �tait la d�finition de la langue nationale. Les d�fenseurs du tagalog restaient fermes sur �une langue nationale bas�e sur le tagalog�, tandis qu'une grande majorit� des d�l�gu�s �taient en faveur de la suppression totale de la notion de �langue nationale�. Devant l'impasse, les d�l�gu�s d�cid�rent de conserver l'anglais comme compromis (pour les non-tagalophones) et le pilipino (pour les tagalophones) comme les deux langues officielles.
 
Finalement, le 29 novembre 1972, la Convention constitutionnelle approuva la nouvelle Constitution r�dig�e en anglais apr�s un vote de 165 voix favorables (principalement des non-tagalophones) contre 101 non favorables (principalement des tagalophones), et 49 absents et 1 abstentionniste. Le projet de Constitution fut soumis � un vote lors du pl�biscite constitutionnel de 1973. Le pr�sident Marcos allait continuer � gouverner en tant que dictateur jusqu�� son �viction par la r�volution du pouvoir populaire en 1986.
 
Sur la question linguistique, la Constitution de 1973 pr�voyait que le Batasang Pambansa (le Congr�s des Philippines comprenant le S�nat et la Chambre des repr�sentants) devait des mesures pour d�velopper et adopter officiellement une langue nationale commune appel�e filipino (avec [f]), et de conserver l'anglais et le pilipino (avec [p]) comme langues officielles jusqu'� ce que la loi en dispose autrement:  
 
ARTICLE XV (1973)

DISPOSITIONS G�N�RALES

Article 3

1) La pr�sente Constitution doit �tre officiellement promulgu�e en anglais et en pilipino, et traduite dans chaque dialecte parl� par plus de 50 000 locuteurs, ainsi qu'en espagnol et en arabe. En cas de conflit, le texte anglais pr�vaudra.

2) Le Batasang Pambansa doit prendre des mesures pour d�velopper et adopter officiellement
une langue nationale commune appel�e filipino.

3) Jusqu'� ce que la loi en dispose autrement, l'anglais et le pilipino sont les langues officielles.

La Constitution de 1973 d�clarait l'anglais et le pilipino comme les langues officielles, mais l'espagnol n'�tait pas formellement exclu. Bien que le texte de la Constitution soit traduit et officiellement promulgu�e en pilipino, la version anglaise devait pr�valoir sur la version pilipino. De plus, la Constitution introduisait un nouveau concept, � savoir qu'il existe deux langues, le pilipino, une langue officielle, et le filipino, une langue nationale officieuse, mais commune � d�velopper et � adopter dans l'avenir. Enfin, le texte faisait la distinction entre la notion de �dialecte� et celle de �langue�. Nous pouvons constater que les langues non nationales �taient appel�es �dialectes�, car le fait de les d�signer par le mot �langues� impliquerait la pluralit� des nations aux Philippines, alors que les Philippins �taient cens�s construire une seule nation avec une seule langue nationale, le filipino. Cette langue nationale commune dite �filipino� qui devait �tre d�velopp�e conform�ment � la Constitution de 1973 pourrait �tre une fusion des diff�rentes langues maternelles de l'archipel. Cette disposition, qui faisait l'objet d'une recommandation du Comit� sur la langue nationale, suscita � l'�poque beaucoup d'oppositions de la part de divers secteurs de la communaut� philippine.

6.2 Le nationalisme philippin

Avec le pr�sident Marcos, l'emploi du pilipino devint un marqueur du nationalisme philippin, sinon dans certains cas une expression des sentiments anti-am�ricains partag�s par une bonne partie de la population. Pour les locuteurs dont la langue maternelle n'�tait pas le tagalog ou le pilipino, la langue dite �nationale� n'�tait rien d�autre qu�une langue imp�rialiste qu�on aurait impos�e comme langue officielle dans le but d�institutionnaliser la domination de la capitale (où l�on parle le tagalog) sur le reste du territoire philippin. Bref, on le sait, la langue peut effectivement cr�er des tensions entre les diff�rentes communaut�s linguistiques du pays. Il valait mieux en rester au bilinguisme anglais-pilipino.

La Constitution de 1973 eut pour effet de donner une nouvelle d�finition de la langue nationale en la renommant filipino tout en d�clarant qu'il s'agissait d'une langue en voie de d�veloppement. Sur la base de cette d�finition, une r�vision de l'alphabet philippin parut n�cessaire, car l'abakada demeurait un alphabet tagalog. Ce changement de l'alphabet correspondait � la r�forme philippine de 1976 approuv�e par l'Institut de la langue nationale. En vertu du d�cret minist�riel n� 194 du d�partement de l��ducation, de la Culture et des Sports (DECS), onze lettres ont fait leur retour dans l�alphabet philippin r�vis�: c, ch, f, j, ll, �, q, rr, v, x et z. Ces lettres de l'alphabet refl�tent autant les autres langues philippines qui utilisaient encore ces lettres. Avec les onze lettres incluses, l'alphabet de 1976 est devenu semblable � l'ancien abecedario avec ses 31 lettres. L�actuel alphabet philippin de 28 lettres a �t� cr�� apr�s l'adoption de la Constitution de 1987. Cependant, l'alphabet philippin r�vis� a suscit� des critiques en raison de l'ajout de lettres plus inutiles.

6.3 La r�bellion des Moros musulmans

Le r�gime du pr�sident Marcos devait susciter un long conflit en 1968 avec les musulmans. de Mindanao. � cette �poque, des soldats musulmans des forces arm�es philippines refus�rent de combattre face � d'autres musulmans lors d'une attaque contre la Malaisie voisine. Marcos ordonna de les fusiller. De leur c�t�, les Am�ricains r�ussirent � arr�ter dans le sang la r�sistance des Moros, la minorit� musulmane de Mindanao, un �v�nement qui semble aujourd'hui avoir �t� ray� de la m�moire collective des Philippins.

Cet �v�nement aura pour effet de cr�er le Front moro de lib�ration nationale (FMLN). Les pourparlers entre le FMLN et les autorit�s philippines d�buteront presque dix ans plus tard, en 1976. C'est cette ann�e que les repr�sentants du FMLN rencontr�rent le pr�sident Marcos. Les accords qui y furent sign�s, appel�s Accords de Tripoli (1976), permirent d'amener la population � se prononcer sur la question de l'ind�pendance de la r�gion par voie r�f�rendaire. Lors du r�f�rendum de janvier 1977, les dissensions entre les diff�rentes parties en pr�sence ont fait �chouer le trait� qui n'a jamais �t� ratifi� par la nation enti�re avec le r�sultat que le trait� n'est pas entr� en vigueur et que la violence a repris sur Mindanao. La pauvret� massive et les injustices �conomiques qui sont omnipr�sentes sur Mindanao favoris�rent un mouvement r�volutionnaire arm� : la New People's Army. La r�gion de Mindanao obtiendra le statut de r�gion autonome en 1977, mais la r�bellion musulmane demeurera toujours tr�s vigoureuse jusqu'en 2018.

6.4 L'enseignement bilingue

Aux Philippines, l�enseignement bilingue est d�fini au plan pratique comme une r�partition distincte selon qu'on utilise le pilipino ou l'anglais comme langue d�enseignement dans les diff�rentes disciplines. Conform�ment au d�cret minist�riel n� 25 de 1974, le pilipino (chang� en filipino en 1987) doit �tre utilis� comme langue d�instruction dans les disciplines suivantes: les sciences sociales, la musique, les arts, l��ducation physique. Quant � l'anglais, il est consacr� aux mati�res scientifiques, aux math�matiques et aux technologiques.

Les objectifs de la politique d�enseignement bilingue sont les suivants:

1. un apprentissage am�lior� en deux langues pour parvenir � une instruction de qualit�;
2. la promotion du pilipino comme langue d'alphab�tisation;
3. le d�veloppement du pilipino en tant que symbole de l'unit� linguistique et de l'identit� nationale;
4. la culture et l��laboration du pilipino en tant que langue des textes savants;
5. le maintien de l'anglais en tant que langue internationale pour les Philippines et en tant que langue non exclusive de la science et de la technologie.

Pour ce qui est des langues r�gionales, elles devaient �tre utilis�es comme support d�instruction auxiliaire et comme langue initiale pour l�alphab�tisation.

Department Order No. 25, s. 1974

To develop a bilingual nation competent in the use of both English and Pilipino, Pilipino and English are to be used separately as media of instruction in definite areas, beginning in Grade I, with the vernacular in the locality as the auxiliary medium of instruction in Grades I and 11.

The division according to subject areas is:

Pilipino : Social Studies/Social Science, Work Education, Character Education, Health Education and Physical Education

English: Mathematics and Science, Music and Art.

This separation of subjects by medium of instruction follows a pattern which has parallels in the Republic of Singapore policy, although our media are two rather than four, as they are in Singapore (English, Mandarin, Malay, and Tamil).

D�cret  minist�riel n� 25 de 1974

Pour d�velopper une nation bilingue comp�tente dans l'usage de l�anglais et du pilipino, le pilipino et l�anglais doivent �tre utilis�s s�par�ment comme supports d�enseignement dans des zones d�termin�es, � partir de la premi�re ann�e, la langue vernaculaire �tant la langue auxiliaire de l�enseignement dans les ann�es I et 11.

La division selon les disciplines est la suivante:

Pilipino: �tudes sociales/ Sciences sociales, �ducation au travail, �ducation du caract�re, �ducation � la sant� et �ducation physique

Anglais: Math�matiques et sciences, musique et arts.

Cette s�paration des disciplines par milieu d'enseignement suit un mod�le parall�le � la politique de la r�publique de Singapour, bien que nos moyens de diffusion soient deux plut�t que quatre, comme � Singapour (anglais, mandarin, malais et tamoul).

En vertu du d�cret minist�riel n� 25, le r�gime d'enseignement bilingue allouait 80% des mati�res du programme d��tudes au filipino et les 20% restants � l�anglais. Les langues r�gionales devaient continuer � fonctionner comme des �langues auxiliaires�. Cette politique de bilinguisme, mise en �uvre par le d�cret n� 25 intitul� Implementing Guidelines for the Policy on Bilingual Education (�Mise en �uvre des directives pour la politique d��ducation bilingue�), fut d�finie sur le plan op�rationnel comme l�emploi s�par� de l�anglais et du pilipino en tant que langues d�enseignement dans certaines mati�res, de la premi�re � la quatri�me ann�e du secondaire. Certaines disciplines devaient �tre enseign�es en anglais (math�matiques, sciences, etc.), d'autres en pilipino.

Bref, ce programme d'enseignement bilingue (Bilingual Education Program : BEP) aux Philippines, o� l'anglais est la langue d'enseignement des sciences et des math�matiques a �t� institutionnalis� en 1974. Depuis lors, il constitue le cadre g�n�ral du syst�me d'�ducation du pays, comme en fait foi le D�cret minist�riel n� 52-1987 sur la politique d'enseignement bilingue (1987). Avant 1974, l'anglais �tait pratiquement la seule langue d'enseignement aux Philippines, c'est-�-dire depuis 1901, date � laquelle le syst�me d'�ducation public fut mis en place par les Am�ricains.

Au cours des ann�es de pouvoir du pr�sident Marcos, le r�gime sombra dans la corruption et le d�tournement de fonds. Sa pr�sidence devint de plus en plus controvers�e jusqu'� ce que l'assassinat en 1983 de l'un des chefs de l'opposition, Benigno Aquino, serve d'�l�ment d�clencheur dans la chute de Marcos. Celui-ci se pr�senta � l'�lection pr�sidentielle de f�vrier 1986, mais c'est sa rivale, la veuve d'Aquino, Cory Aquino, qui fut investie pr�sidente du pays. Marcos fut pouss� en catastrophe � l'exil � Hawa� o� il fut accus� de d�tournement de fonds par les �tats-Unis, puis l'ancien pr�sident d�c�da en septembre 1989 � Honolulu.

Encore aujourd'hui, la population des Philippines demeure divis�e sur la pr�sidence de Ferdinand Marcos. Certains le consid�rent comme un vrai h�ros philippin � cause de ses exploits durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de son ascension surprenante en politique et les lois qui sont encore en vigueur aujourd'hui. D'autres ne consid�rent dans ce personnage que le dictateur corrompu qui a vid� les coffres de l'�tat, sans oublier sa pi�tre performance dans l'effondrement de l'�conomie philippine au milieu des ann�es 1980.

7 La Constitution de 1987

Le 26 f�vrier 1986, Cory Aquino acc�da � la pr�sidence de la R�publique, mais elle dut affronter sept tentatives de coup d'�tat militaires, qui �chou�rent tous gr�ce � la vigilance du g�n�ral Ramos rest� fid�le au pouvoir. Cory Aquino allait demeurer pr�sidente des Philippines jusqu'au 30 juin 1992, date de l'�lection pr�sidentielle qui am�nera le g�n�ral Fid�le Ramos � sa succession.

En mati�re de langue, la pr�sidence de Mme Aquino fut quelque peu agit�e par l'adoption d'une nouvelle Constitution, la disparition de l'Institut de la langue nationale et la naissance de l'Institut des langues philippines (1987) et de la Commission sur la langue filipino (1991), la promulgation du D�cret pr�sidentiel n� 335 et en 1987 au moins deux d�crets du d�partement de l'�ducation, de la Culture et des Sports concernant l'alphabet et l'orthographe dans la langue filipino (n� 81), ainsi que la �Politique d'enseignement bilingue�.


7.1 La question minoritaire

� la suite de la promulgation de la Constitution de 1987, laquelle marquait la fin du r�gime autoritaire du pr�sident Marcos, de nouvelles mesures furent mises en place afin, entre autres, de mieux prot�ger les minorit�s linguistiques, ce qui est pr�vu dans les sections 7 et 9 de l'article 14:

Article 14

Section 7

1) Aux fins des communications et de l'enseignement, les langues officielles des Philippines sont le filipino et, jusqu'� ce qu'il en soit d�cid� autrement par une loi, l'anglais.

2) Les langues r�gionales sont les langues officielles auxiliaires des r�gions et doivent y servir de v�hicule auxiliaire de l'enseignement.

3) La promotion de l'espagnol et de l'arabe se fait sur une base volontaire et facultative.

Section 9

Le Congr�s doit mettre sur pied une Commission sur la langue nationale compos�e de repr�sentants de diff�rentes r�gions et de plusieurs disciplines, qui doit coordonner et encourager les recherches pour le d�veloppement, la diffusion et la pr�servation du filipino et d'autres langues.

Cependant, il a fallu plus de vingt ans avant que le d�partement de l'�ducation puisse mettre en pratique ces dispositions constitutionnelles concernant les langues r�gionales.

La section 9 pr�voit que le Congr�s doit mettre sur pied une Commission nationale de la langue ("National Language Commission") compos�e de repr�sentants de diff�rentes r�gions et de plusieurs disciplines, qui doit coordonner et encourager les recherches pour le d�veloppement, la diffusion et la pr�servation du filipino et d'autres langues. Cette commission est compos�e de onze membres, d'un pr�sident et d'un repr�sentant de chacune des 10 plus importantes communaut�s linguistiques : le tagalog, le cebuano, l�ilocano, l�hiligaynon et les langues importantes des communaut�s musulmanes de l'�le Mindanao. Mais c'est la section 6 du m�me article qui semble important:

Article 14

Section 6

La langue nationale des Philippines est le filipino. � mesure qu'elle �voluera, elle se d�veloppera davantage et s'enrichira � partir des langues existant aux Philippines et des autres langues.

Sous r�serve des dispositions de la loi et, si le Congr�s le juge appropri�, le gouvernement doit prendre des mesures pour promouvoir et maintenir l'usage du filipino comme v�hicule de communication officielle et comme langue d'enseignement dans le syst�me d'�ducation.

Bien que le gouvernement se soit donné comme mission de repr�senter plus fid�lement la diversit� linguistique du pays, le filipino demeure toujours la langue nationale et, par le fait m�me, la seule langue philippine qui doit �tre obligatoirement enseign�e partout sur le territoire, ce qui n'exclue pas d'autres langues, mais leur enseignement n'est pas obligatoire.

7.2 La politique d'enseignement bilingue de 1987

Le D�cret minist�riel n� 52-1987 sur la politique d'enseignement bilingue de 1987 reprend les grandes lignes du programme d'enseignement bilingue (Bilingual Education Program: BEP) aux Philippines �labor� en 1974 dans le D�cret minist�riel n� 25. Les objectifs de la politique d'enseignement bilingue sont pr�sent�s � l'article 2.2 du d�cret de 1987:
 

Article 2.1

La politique en mati�re d'enseignement bilingue vise � acqu�rir des comp�tences en filipino et en anglais au niveau national, gr�ce � l'enseignement des deux langues et � leur emploi comme support de l'instruction � tous les niveaux. Les langues r�gionales doivent �tre utilis�es comme langues auxiliaires en premi�re et deuxi�me ann�es. L'aspiration des Philippins � leur permettre d'exercer leurs fonctions et leurs obligations de citoyens en filipino et en anglais est de r�pondre aux besoins du pays dans la communaut� des nations.

Article 2.2

Les objectifs de la politique d'enseignement bilingue sont les suivants:

1. un apprentissage am�lior� au moyen de deux langues pour parvenir � une �ducation de qualit�, conform�ment � la Constitution de 1987;
2. la
propagation du filipino comme langue d'alphab�tisation;
3. le d�veloppement du filipino comme symbole linguistique de l'unit� et de l'identit� nationales;
4. la culture et l��laboration du filipino en tant que langue du discours scientifique, c�est-�-dire de son intellectualisation continue; et
5. le
maintien de l'anglais en tant que langue internationale pour les Philippines
et en tant que langue scientifique et technologique non exclusive.

Quant au filipino et � l'anglais, ils doivent �tre consid�r�s comme un support dans l�enseignement :
 

Article 2.3

Le filipino et l�anglais doivent �tre utilis�s comme support d�enseignement, son emploi �tant attribu�e � des mati�res sp�cifiques du programme, tel qu'il est prescrit dans le d�cret minist�riel n� 25 de 1974.

Article 2.4

Les langues r�gionales doivent �tre utilis�es comme support d�enseignement auxiliaire et comme langue initiale pour l�alphab�tisation, le cas �ch�ant.

Article 2.5

L'anglais et le filipino doivent �tre enseign�s comme des disciplines linguistiques � tous les niveaux pour atteindre les objectifs d'une comp�tence bilingue.

Dans ce syst�me d'enseignement bilingue, 19 langues ont �t� d�sign�es comme langues possibles pour l'enseignement dans les �coles. Il s'agit de huit �langues principales� et/ou �majeures� d�finies par le nombre relativement �lev� de leurs locuteurs (plus d'un million). Ce sont les suivantes: le bikol, l'ilokano, le hiligaynon, le pampanggo, le pangasinan, le sebwano, le tagalog et le waray. Trois autres langues parl�es par les Philippins musulmans sont �galement incluses comme langues �majeures�: le maranaw, le tausug et le magindanaw. De plus, huit autres langues sont �galement reconnues pour le programme bas� sur la langue maternelle: l'ibanag, l'ivatan, le zambal, le chabacano, l'akeanon, le yakan, le kiniray-a et le surigaonon.

Ce nombre de 19 langues peut sembler �norme et d�routant, mais il ne faut pas oublier que plus de 170 langues sont parl�es aux Philippines. Notons aussi que ces 19 langues maternelles ne comprennent pas l'anglais, qui est en fait consid�r� comme une langue maternelle pour certains enfants philippins de la classe sup�rieure. Ainsi, dans plusieurs �coles priv�es, des �l�ves se sentaient plus � l'aise en anglais et finissaient par apprendre le filipino comme langue seconde ou, dans les zones non-tagalog, en tant que troisi�me langue.

7.3 Le d�cret n� 335 de 1988

D�s 1988, la pr�sidente des Philippines, Cory Aquino, a promulgu� le D�cret pr�sidentiel n� 335. Cherchant � promouvoir l'usage du filipino dans les transactions et les communications officielles, la pr�sidente Aquino a ordonn� � tous les minist�res, les bureaux, les agences et les organismes gouvernementaux de prendre des mesures pour employer la langue filipino dans les transactions, les communications et la correspondance. Ce d�cret pr�sidentiel assignait �galement du personnel dans chaque bureau qui �tait responsable de toute communication et correspondance �crite en filipino. Il obligeait aussi les entit�s gouvernementales � traduire en filipino les noms des bureaux, des immeubles, des services publics et des enseignes de tous les services, les divisions ou les organismes et, s'il est souhaitable, inscrire ci-dessous en caract�res plus petits le texte anglais; il fallait �galement filipiniser le �serment professionnel� pour les fonctionnaires et le personnel du gouvernement.

On peut consulter le texte complet du D�cret pr�sidentiel n� 335, mais on peut aussi s'en tenir au texte reproduit ci-dessous:
 

� PR�SENT, PAR CONS�QUENT, MOI, CORAZON C. AQUINO, pr�sident des Philippines, j'ordonne � tous les d�partements, bureaux, offices, agences et instruments du gouvernement d'entreprendre ce qui suit:

1. Prendre des mesures pour am�liorer l'emploi du filipino dans toutes les communications officielles, les transactions et la correspondance dans leurs bureaux respectifs, qu'ils soient de juridiction nationale ou locale ;

2. Affecter un ou plusieurs membres du personnel, selon les besoins, � chaque bureau pour prendre en charge toutes les communications et correspondances �crites
en filipino;

3.
Traduire en filipino les noms des bureaux, des immeubles, des services publics et des enseignes de tous les services, les divisions ou les organismes et, s'il est souhaitable, inscrire ci-dessous en caract�res plus petits le texte anglais;

4.
Filipiniser le �serment professionnel� pour les fonctionnaires et le personnel du gouvernement;

5. S'assurer, dans le cadre des programmes de formation du personnel, le d�veloppement de chaque comp�tence dans
l�emploi du filipino dans les communications officielles et la correspondance.

Une �tude men�e en 1989 par l�Universit� Ateneo de Manille r�v�lait que 92% des Philippins comprenaient le �tagalog�, que 88% pouvaient le lire et 81% �crire dans cette langue.

- La R�gion autonome de Mindanao

En 1989, le Parlement de Manille adopta la Loi organique pour la R�gion autonome en Mindanao musulmane ("Organic Act of the Autonomous Region of Muslim Mindanao"), donnant ainsi naissance � la R�gion autonome en Mindanao musulmane (RAMM) en 1990. Sur les 13 provinces consult�es du Mindanao, quatre r�pondirent OUI au r�f�rendum et form�rent la r�gion : Lanao del Sur, Maguindanao, Sulu et Tawi-Tawi. Le nouveau gouvernement autonome se vit donner les pouvoirs complets au niveau de l��ducation, de l�agriculture, du tourisme, de l�industrie, etc. Cependant, l'autonomie accord�e n'a pas atteint les r�sultats souhait�s avec comme cons�quence qu'une longue guerre allait se poursuivre durant quatre d�cennies entre le gouvernement central et les rebelles s�cessionnistes. 

7.4 Les organismes linguistiques

Rappelons que, depuis 1937, il existait un organisme linguistique appel� Institut de la langue nationale ("Institute of National Language") cr�� par la loi du Commonwealth n� 184: Loi cr�ant un institut de la langue nationale et d�finissant ses pouvoirs et ses obligations (1936). En 1987, cet institut fut remplac� par l'Institut des langues philippines ("Institute of Philippine Languages") par le D�cret pr�sidentiel n� 117 (1987):

Article 3

D�claration de politique

En tant que politique fondamentale de l��tat, il est d�clar� que le syst�me d'�ducation doit apporter une contribution maximale � la r�alisation des objectifs nationaux de d�veloppement; que l'�tat favorise et maintienne l'�galit� d'acc�s � l'�ducation et le b�n�fice de ses avantages par tous les citoyens; et que l'�tat utilise l'�ducation comme instrument de d�veloppement des communaut�s culturelles de la nation et des communaut�s d�munies pour enrichir leur participation � la vie communautaire et nationale, et pour unifier tous les Philippins en une nation libre et juste.

Article 17

Agences rattach�es

Les organismes suivants sont rattach�s au Minist�re:

a) le Mus�e national;
b) la Biblioth�que nationale;
c) l'Institut historique national;
d) l'
Institut de langue nationale, renomm�e par la suite comme l'Institut des langues philippines.

Mais en 1991, la Loi sur la Commission sur la langue filipino, n� 7104 (1991) rempla�ait l�Institut des langues philippines (IPL) qui avait elle-m�me remplac� l�Institut de la langue nationale (1936). Conform�ment � la section 9 de l'article 14 de la Constitution, la Commission sur la langue filipino (Komisyon ng Wikang Filipino ou KWF) a �t� cr��e afin de mener, de coordonner et de promouvoir la recherche, le d�veloppement, la propagation et la pr�servation des langues philippines et des autres langues autochtones des Philippines. Nous pr�sentons ici des extraits de cet article 14:

Article 14

Pouvoirs, fonctions et obligations de la Commission

La Commission, conform�ment aux dispositions pertinentes de la Constitution, jouit des pouvoirs, fonctions et obligations suivants :

a) �laborer des politiques, plans et programmes pour assurer davantage de d�veloppement, d'enrichissement, de propagation et de pr�servation du filipino et des autres langues philippines;

b) �dicter des r�gles, r�glements et directives pour mettre en �uvre ses politiques, plans et programmes;

c) Entreprendre ou recevoir des recherches et autres �tudes pour promouvoir l'�volution, le d�veloppement, l'enrichissement et la normalisation �ventuelle du filipino et des autres langues philippines.

Ceci comprend la collecte des travaux pour une incorporation �ventuelle dans un dictionnaire multilingue de mots, expressions, idiomes, dictons, �nonciations et autres expressions incluant des mots et expressions des autres langues maintenant employ�es couramment ou incluses dans la langue v�hiculaire;

d) Proposer des lignes directrices, des normes linguistiques et des expressions dans toutes les communications officielles, publications, manuels et autres lectures et documents p�dagogiques;

e) Encourager et promouvoir, gr�ce � un syst�me de primes, des subventions et des bourses, l'�criture et la publication, en filipino et en d'autres langues philippines, d'�uvres originales, y compris des manuels et documents de r�f�rence dans diverses disciplines; [...]

La Commission sur la langue filipino compte cinq services administratifs appel�s en anglais �divisions�): 

1) La "Division linguistique": ses fonctions principales consistent � entreprendre des recherches continues sur la phonologie, la morphologie, la syntaxe et la s�mantique du filipino; il lui faut aussi r�diger une grammaire de r�f�rence officielle et une grammaire p�dagogique; et �tudier les applications possibles de la th�orie linguistique moderne et des �l�ments grammaticaux � l'analyse de la structure du filipino;

2) La "Division lexicographique": elle est charg�e d'entreprendre des �tudes sur les probl�mes de lexicographie aux Philippines et d��tudier les th�ories lexicographiques modernes applicables aux dictionnaires philippins; r�viser p�riodiquement les dictionnaires existants et en �laborer des nouveaux afin de r�pondre aux besoins de communication du gouvernement, des �coles et des autres secteurs de la soci�t�; et documenter les changements actuels dans la s�mantique et la prononciation;

3) La "Division de la traduction": elle est charg�e d��tudier en permanence les probl�mes th�oriques et pratiques de la traduction li�e au filipino et aux autres langues des Philippines; traduire en filipino (et dans d'autres langues philippines si n�cessaire) les documents, lois, proc�dures, manuels et autres documents connexes importants du gouvernement; et traduire en filipino des ouvrages majeurs en litt�rature et dans les diff�rents domaines de la connaissance;

4) La "Division de l�information et des publications": ses principales fonctions consistent � tenir des registres exacts de toutes les lois, d�crets, circulaires administratives et autres textes officiels sur la langue nationale; organiser des formations, des conf�rences, des s�minaires, des ateliers et des forums sur la langue nationale, et coordonner des activit�s de promotion avec des organismes linguistiques et des associations d'enseignants philippins; et pr�parer des informations et des associations d'enseignants philippins; et pr�parer des brochures d'information sur tous les aspects de la langue nationale; 

5) La "Division des autres langues et de la litt�rature": elle est charg�e de recueillir des informations bibliographiques sur les divers groupes ethnolinguistiques, en mettant l'accent sur la langue et la communication interethnique, la litt�rature orale et �crite, les arts populaires et la culture; la collecte, la r�alisation d'�tudes et la pr�servation des documents disponibles, des reliques et des artefacts de la culture locale.

Dans les faits, la commission semble avoir donn� peu de r�sultat en raison d'un manque de fonds et des all�gations de corruption. Bref, le filipino est toujours consid�r� comme une langue peu adapt�e au point de vue des lexiques techniques et scientifiques.

La Commission sur la langue filipino (ou KWF: Komisyon sa Wikang Filipino) a adopt� en 1992 une r�solution qui d�finissait la langue nationale, le filipino, comme la langue parl�e dans la r�gion m�tropolitaine de Manille et d'autres centres d'affaires du pays; elle est aussi employ�e comme langue de communication entre les groupes ethniques.

Resolusyon Blg. 92-1

NAGLALAHAD NG BATAYANG DESKRIPSYON NG FILIPINO


[...]

Ito ay ang katutubong wika, pasalita at pasulat, sa Metro Manila, ang Pambansang Punong Rehiyon, at sa iba pang sentrong urban sa arkipelago, na ginagamit bilang wika ng komunikasyon ng mga etnikong grupo. Katulad ng alinmang wikang buhay, ang Filipino ay dumaraan sa proseso ng paglinang sa pamamagitan ng mga panghihiram sa mga wika ng Pilipinas at mga di-katutubong wika at sa ebolusyon ng iba�t ibang baryedad ng wika para sa iba-ibang sitwasyong sosyal, sa mga nagsasalita nito na may iba�t ibang sanligang sosyal, at para sa mga paksa ng talakayan at matalisik na pagpapahayag.

Pinagtibay ngayon ika-13 araw ng Mayo, 1992.

R�solution n� 92-1

DESCRIPTION DE BASE DE DE LA LANGUE FILIPINO


[...]

C'est la langue maternelle, orale et �crite, dans la r�gion m�tropolitaine de Manille, la r�gion de la capitale nationale, et dans d'autres centres urbains de l'archipel, qui est utilis�e comme langue de communication entre les groupes ethniques. Comme avec n�importe quel langage de la vie, le filipino traverse le processus de d�veloppement au moyen des emprunts aux langues Philippines et aux langues autochtones et par l��volution des groupes linguistiques diff�rents pour diverses situations sociales, avec leurs locuteurs poss�dant des comp�tences sociales et pour des sujets de discussion et des expressions subtiles.

Adopt�e en ce jour du 13 mai 1992.

- Le premier dictionnaire monolingue en filipino

En 2001, le SWF (�Centre pour la langue filipino�; anglais: "Center for the Filipino Language") ou Sentro ng Wikang Filipino en filipino, a cr�� un dictionnaire filipino monolingue: le UP Diksiyonaryong Filipino. Ce dictionnaire constitue l''un des premiers ouvrages philippins du genre r�dig�s enti�rement en filipino, sans d�finitions en anglais ni r�f�rence � cette langue. Bien que le dictionnaire contienne de nombreux mots anglais et espagnols couramment utilis�s, il accueille aussi de nombreux mots du vieux tagalog et des milliers de mots provenant de toutes les langues des Philippines. Bref, il rassemble la richesse lexicale de tout le pays. La deuxi�me �dition de plus de 200 000 entr�es fut publi�e le 29 juillet 2010, ce qui co�ncidait avec le centenaire de l�Universit� des Philippines qui administre, rappelons-le, le Centre pour la langue filipino. Il est probable que les g�n�rations futures qui fr�quenteront le syst�me d'�ducation philippin d�couvriront ce tr�sor et l�utiliseront pour former une langue philippine v�ritablement nationale.

Aujourd'hui, c'est l'Universit� des Philippines qui joue le r�le le plus important pour la promotion du filipino dans le pays. Le gouvernement des Philippines n'est plus le v�ritable pouvoir concernant la promotion du filipino. Suivant le mod�le de l'Universit� d'Oxford (Royaume-Uni) en tant qu'autorit� pour l'anglais, l'Universit� des Philippines a maintenant assum� ce r�le pour le filipino. D'ailleurs, le Centre pour la langue filipino a men� de nombreux projets visant � d�velopper une langue nationale coh�rente et inclusive.

L'Universit� des Philippines Diliman est la plus grande universit� autonome des �tablissements universitaires des Philippines. L'universit� et son campus sont situ�s � Diliman, Quezon City. 

En 2013, la Commission sur la langue filipino (Komisyon sa Wikang Filipino) a publi� l'Orthographe nationale ("Ortograpiyang Pambansa"), un ensemble de lignes directrices qui apportaient une solution aux probl�mes de repr�sentation phon�mique soulev�s dans l'�criture de certaines langues des Philippines.

7.5 L'usage du philippin

En d�cembre 2007, la pr�sidente des Philippines Gloria Macapagal Arroyo (2001-2010), annon�a que l'espagnol deviendrait une mati�re obligatoire dans toutes les �coles publiques � partir de 2008. Par la suite, le sous-secr�taire du d�partement de l��ducation, Vilma L. Labrador, �mit une circulaire, le m�morandum n� 17-XII- 2007 sur la �restauration de la langue espagnole dans l'�ducation philippine�. Mais cette directive ne s'est jamais concr�tis�e. Rappelons que la Constitution exige que �la promotion de l'espagnol et de l'arabe se fait sur une base volontaire et facultative�. Suite � tout cela, quelques �coles priv�es, principalement destin�es � l'�lite, ont inclus l'espagnol dans leur programme. Quant � l''arabe, il est enseign� dans les �coles islamiques.

En 2010, Gloria Macapagal Arroyo devint membre de l'Acad�mie philippine de langue espagnole (esp.: Academia Filipina de la Lengua Espa�ola; filipino: Akademyang Pilipino ng Wikang Kastila). Cette acad�mie est reconnue comme pouvant jouer � nouveau un r�le-cl� dans la revitalisation de la langue espagnole et la promotion de la culture espagnole aux Philippines. Polyglotte, Gloria Macapagal Arroyo pouvait s'exprimer couramment non seulement en anglais, en filipino et en espagnol, mais aussi en fran�ais et en plusieurs langues philippines (kapampangan, ilokano, hiligaynon, pangasinense, bikol et cebuano. Elle fut emprisonn�e de 2011 � 2016 pour s��tre appropri�e des fonds publics destin�s � des programmes caritatifs lorsqu'elle �tait pr�sidente.
 

Le 30 juin 2010, Benigno Aquino III, dit Noynoy, fils de l'ex-pr�sidente Corazon Aquino (1933-2009) et de l'ancien s�nateur Benigno Aquino (1932-1983), devenait le 15e pr�sident des Philippines (mandat de 2010 � 2016). Le principal accomplissement d'Aquino III fut la conclusion d'un accord de paix avec le Front moro islamique de lib�ration, (FMIL) en octobre 2012. L'accord pr�voyait une nouvelle r�gion autonome sur les bases de la pr�c�dente, le Bangsamoro, qui devait conclure quatre d�cennies de conflit meurtrier. Cependant, le FMIL avait accept� de rendre ses armes, mais le FMLN (le Front moro de lib�ration nationale) promettait de continuer � lutter pour l�ind�pendance si le gouvernement ne reniait pas le nouvel accord avec le FMIL. M�me si la reprise des combats ne paraissait pas imminente, le v�u renouvel� d�ind�pendance de la part du FMLN rendait toute paix incertaine.

Tout au cours de son mandat, le pr�sident Aquino III fut pr�occup� par le sort de la langue filipino, sa langue maternelle. Le 26 juillet 2010 marqua une premi�re dans l'histoire des Philippines du fait qu'un pr�sident utilisait la langue filipino dans son Discours sur l'�tat de la nation (en anglais: State of the Nation Address souvent  abr�g� en SONA; en filipino: Talumpat� sa Kalagayan ng Bans�).

Dans son premier Discours sur l'�tat de la nation, le pr�sident exhorta les citoyens de son pays � �tre fier d'utiliser la langue filipino comme patrimoine historique et comme moyen d'unit� de la nation. Voici un court passage d'une allocution du 19 ao�t 2013 devant le Commission sur la langue filipino (KWF) lors de l�ouverture du premier Congr�s national sur la langue:
 

Ang isang bagay na dapat ay nagbubuklod sa atin, nagiging mitsa pa ng di-pagkakasunduan. Ang wikang dapat ay bumubuo at tumatahi sa libu-libo nating mga kapuluan, ay siya pang pumupunit sa mga prinsipyong naghuhulma sa ating kasaysayan.

Trabaho kong iulat sa kanila kung ano ang totoo, sa paraang simple at pinakanauunawaan ng madla.Higit sa lahat, Filipino ang gamit ko sa tuwing kaharap ang aking mga Boss, dahil alam kong ito ang wikang pinakamalapit sa kanilang puso.

[La chose qui devrait nous unir r�veille nos d�saccords. La langue qui devrait parachever et r�unir nos milliers d'�les est la m�me langue qui d�truit les principes fa�onnant notre histoire.

Il est de mon devoir de rapporter la v�rit� de la mani�re la plus simple et la plus compr�hensible pour le public. Plus important encore, j'utilise le filipino chaque fois que je me pr�sente devant mes patrons, car je sais que c'est la langue la plus proche de leur c�ur]

Ses �patrons�, ce sont les citoyens philippins. Depuis 1935, tous les pr�sidents des Philippines avaient utilis� l'anglais pour s'adresser aux citoyens en public. Le premier pr�sident philippin, Emilio Aguinaldo (1897-1901), avait, lui, employ� surtout l�espagnol dans ses d�clarations officielles. Le pr�sident Joseph Estrada (1998-2001) a �galement utilis� de fa�on occasionnelle le filipino dans ses discours, mais c'est Aquino III qui fut le plus coh�rent, car il ne s'est jamais d�tourn� de cette r�gle de recourir au filipino tout au long de son mandat. Certains observateurs ont salu� la d�cision d�Aquino d�utiliser le filipino, ce qui l�aurait apparemment rapproch� de la population. Cependant, les non-Tagalogs lui ont reproch� de recourir � une langue qui n'est pas parl�e par tous. Paradoxalement, personne ne reprochait aux autres pr�sidents d'utiliser l'anglais, alors ce n'�tait la langue maternelle que d'une infime minorit� de Philippins. Dans les faits, le filipino est la langue maternelle ou la premi�re langue (L1) pour environ 30% de la population du pays, mais c'est la langue seconde (L2) pour plus de 80 % de la population, contre seulement 40% pour l'anglais (L2).

7.6 Le changement de nom du pays

En 1978, un membre du Congr�s avait d�pos� un projet de loi (n� 195) destin� � changer le nom de Pilipinas (Philippines en fran�ais et en anglais) en Maharlika, ce qui signifie �noblesse royale�. Le pr�sident de l'�poque, Ferdinand Marcos, aurait accept� ce nouveau nom, mais il n'y aurait jamais donn� suite.  

En 2013, alors qu'un d�bat avait lieu � la suite d'une r�solution de la Commission sur la langue filipino (KWF) visant � remplacer le nom de "Pilipinas" (provenant de l'espagnol) par "Philippines" (nom officiel en anglais), le pr�sident Benigno Aquino III d�plorait que la politique linguistique de son pays en vienne � susciter la discorde plut�t que l'unit�. 

En juin 2017, un d�put� de la Chambre des repr�sentants, Gary Alejano, a pr�sent� un projet de loi (House Bill 5867) appel� Act Constituting a Geographic Renaming Commission to Rename our Country dans le but de changer le nom des Philippines afin de supprimer tout lien avec le colonialisme espagnol et de devenir �v�ritablement ind�pendant�, pr�s de cinq si�cles apr�s que les colonisateurs espagnols aient nomm� le pays en l'honneur du roi Philippe II, une simple traduction du nom espagnol original "Felipe" en "Filipinas".

Pour ce faire, le d�put� a propos� la cr�ation d'une "Geographic Renaming Commission" (un �commission de changement de nom de lieu�) dans le but d'�tudier la possibilit� de changer le nom des Philippines. Le d�put� Alejano a d�clar�: �Si nous voulons �tre vraiment ind�pendants, nous devons �carter les liens du colonialisme en �tablissant notre propre identit� nationale. Pour que notre pays progresse, nous devons avoir un nom qui refl�te v�ritablement nos aspirations nationales, nos valeurs et notre autod�termination.� Alejano a d�plor� que les Philippines aient choisi de conserver une appellation impos�e par les colonisateurs espagnols. Finalement, le projet de loi n� 5867 de 2017 a �t� rejet� par la majorit� parlementaire acquise au pr�sident Rodrigo Duterte. Les d�put�s ont consid�r� que le pays devrait r�gler des probl�mes plus urgents. Rappelons que le d�put� Gary Alejano faisait partie de l'opposition dont les membres �taient minoritaires � l'Assembl�e.

Celui qui a succ�d� � Benigno Aquino III � la pr�sidence ces Philippines, Rodrigo Ducerte, a le cebuano comme langue maternelle, et non pas le filipino. Outre le cebuano, il parle l'anglais et le filipino. Pour lui, la question linguistique n'est pas v�ritablement importante; il n'est pas pr�t � se battre pour la promotion du filipino. Ducerte est tr�s populaire aupr�s des Philippins, car son populisme pla�t aux gens qui peuvent s'identifier � lui. Son expression pr�f�r�e semble �tre �fils de pute� (en anglais: "son of a whore"), un qualificatif qui est d�cern� � beaucoup de monde, y compris le pape de l'�glise catholique. En filipino, le qualificatif se dit ainsi: "anak ng isang kalapating mababa ang lipad". Le pr�sident philippin dit qu'il est plus urgent de s'attaquer aux probl�mes de main-d'�uvre, notamment les bas salaires, le ch�mage et la r�pression syndicale, sans oublier la drogue.  

7.7 La R�gion autonome de Bangsamoro (2018)

En 2012, un accord de paix pr�liminaire a �t� sign� dans le palais de Malaca�an entre le Front de lib�ration islamique Moro et le gouvernement des Philippines. Il s�agit de l�Accord-cadre sur le Bangsamoro, qui pr�voyait la cr�ation d�une entit� politique autonome appel�e �Bangsamoro� et devant remplacer la R�gion autonome en Mindanao musulmane (ARMM). Or, de nombreux groupes autochtones de la r�gion de Bangsamoro n'adh�rent ni au catholicisme ni � l�islam, ce qui les rend vuln�rables � l�exploitation d�un projet de gouvernement r�gional contr�l� par les musulmans. En 2015, divers groupes de populations autochtones ont rejet� la formation du Bangsamoro en raison du manque de consultation de toutes les parties prenantes, en particulier des populations autochtones non musulmanes qui constituent une �norme minorit� dans la r�gion propos�e.

Finalement, en juillet 2018, la loi instituant une r�gion autonome pour les communaut�s musulmanes du sud des Philippines a �t� sign�e le 26 juillet par le pr�sident Rodrigo Duterte. Il s'agit de la Loi organique de Bangsamoro (loi de la R�publique n� 11054), �galement connue sous le nom de Loi fondamentale de Bangsamoro (Bangsamoro Basic Law). Elle cr�e ainsi une nouvelle r�gion autonome sur les bases de la pr�c�dente. Cette nouvelle entit� sera connue sous le nom de R�gion autonome de Bangsamoro, qui comprend six provinces: Basilan, Lanao del Sur, Maguindanao, Sulu et Tawi-Tawi. L'autonomie accord�e doit �tre progressive jusqu�en 2022 et vise � mettre fin � plus de quatre d�cennies de conflit arm� et meurtrier � Mindanao entre forces gouvernementales et groupes rebelles musulmans s�cessionnistes. Un futur r�f�rendum est pr�vu pour ratifier la loi et cr�er effectivement la R�gion autonome de Bangsamoro.

En ce qui concerne les langues, le gouvernement philippin d�ploie aujourd'hui tr�s peu d'efforts pour promouvoir la langue nationale, le filipino. Au contraire, il insiste pour faire la place � plus d�enseignement de l�anglais dans les �coles sous pr�texte que c'est n�cessaire pour satisfaire les demandes des entreprises �trang�res op�rant aux Philippines. Dans le m�me temps, l'organisme de r�glementation officiel de la langue nationale, la Commission sur la langue filipino, est g�n�ralement consid�r� comme inefficace. Bref, le gouvernement des Philippines est vou� � la promotion de l'anglais comme si c'�tait un pays anglophone. Apr�s les �tats-Unis et le Royaume-Uni, les Philippines seraient devenus le pays le plus anglophone et le plus anglophile de la plan�te. Cela signifie que ce pays ne s'est jamais affranchi du colonialisme et qu'il est demeur� assujetti � la fois de la religion des Espagnols (le catholicisme) et de la langue des Am�ricains (l'anglais).

Cette situation peut s'expliquer par la mainmise am�ricaine en �ducation et par l'appui de l��lite philippine � constituer une m�moire collective favorable � l'omnipr�sence am�ricaine. D�s l'ind�pendance des Philippines, l�enseignement de l�histoire a toujours id�alis� l'aide des �tats-Unis dans la guerre contre les Espagnols en omettant toute confrontation avec les Am�ricains, alors que cette conqu�te ne s'est pourtant pas r�alis�e sans violence et sans pertes humaines. Toute la culture collective des Philippins les a amen�s � croire que le �petit fr�re philippin� ne serait rien sans l'aide du �grand fr�re am�ricain�. Or, peu de Philippins sont conscients que leur pays pratique une v�ritable politique de suj�tion.

Une telle politique s'apparente au n�ocolonialisme dans la mesure o� un pays industrialis� et puissant rend un autre pays assujetti et d�pendant du capital �tranger. Cela peut �tre consid�r� comme une nouvelle forme d�exploitation des peuples, laquelle ne repose plus directement sur le contr�le politique, mais sur des m�canismes �conomiques plus insidieux exerc�s par des firmes multinationales, essentiellement am�ricaines. Pour les divers mouvements nationalistes philippins, cette relation n�ocoloniale demeure une subordination �conomique et culturelle aux int�r�ts d'une grande puissance. Le r�le de la langue anglaise aux Philippines refl�te bien cette situation aux d�pens de la langue nationale. Le fait que les Philippins semblent lentement d�laisser le filipino pour parler le taglish, un m�lange d�anglais et de tagalog, accentue ce ph�nom�ne de d�pendance.

Derni�re r�vision: 30 d�c. 2023
 

Philippines
 

(1) Situation g�n�rale (2) Donn�es historiques
(3) La politique
linguistique
 

 
(4) Bibliographie  
 


 

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