Jeane Saliceti
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 77 ans) Tarbes |
| Sépulture |
Cimetière Saint-Jean, Tarbes, France |
| Nom de naissance |
Jeane Albertine Louise Saliceti |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Formation |
Ecole des beaux-arts de Tarbes, Ecole des beaux-arts de Paris |
| Lieu de travail |
Tarbes, France |
| Mouvement | |
| Influencée par |
Pierre Bonnard, Vincent Van Gogh |
Jeane Albertine Louise Saliceti, née à Tarbes le et morte dans la même ville le , est une artiste peintre française.
Elle a brossé paysages et portraits, mais surtout des natures mortes.
Elle se rattache au mouvement du post-impressionnisme français du Sud-Ouest de la France, influencée par Pierre Bonnard et Vincent van Gogh.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeane Saliceti, née le à Tarbes, est issue d'une famille d'origine corse.
Son père, Paul Félix Dominique Saliceti, officier sous Napoléon III, est né à Bastia en 1873 et a été nommé en 1912 à la sixième compagnie du 33e régiment d'infanterie à Arras.
Sa mère, Marguerite Jouanolou, est issue de la bourgeoisie rurale de Tarbes. Elle est la fille du docteur Jouanolou, médecin à Juillan, entre Tarbes et Lourdes.
Cette ascendance bourgeoise donnera à Marguerite un solide capital financier, hérité de successions et de dotations familiales.
Le couple Saliceti a eu plusieurs enfants : Jeanne Louise Albertine (née en 1882), Joséphine Marie Léontine (née en 1885), Marie Madeleine (née en 1887), Adélaïde Toussainte, surnommée Santuccia (née en 1894), et le plus jeune, Jean Séverin. Depuis plusieurs générations, les enfants de la famille Saliceti naissent dans la maison familiale située au 17 Rue Massey à Tarbes. Ce lieu abrite aujourd'hui l'« Institution Jeanne d'Arc » : une école, un collège et un lycée privé.
Tradition familiale et début de carrière
[modifier | modifier le code]Dans la famille Saliceti, le prénom « Jeanne » est une tradition transmise par les aïeules maternelles. Jeane Saliceti choisit une variation orthographique. L'écrivain André Cieutat dira que c'est comme un nom de scène.
Jeane Saliceti manifeste tôt un goût pour le dessin. Vers 1900, elle et sa sœur Joséphine suivent les cours de l’école des beaux-arts de Tarbes. Elles s'installent ensuite à Paris.
Joséphine obtient un diplôme d’enseignement ; à son retour à Tarbes elle enseignera[1].
Jeane résiste à l'enseignement académique. Son premier maître, M. Leroux, la critique, affirmant qu'elle ne maîtrisera jamais cet art. Jeane trouve un mentor en la personne de Jules Adler, qui la guide et l'encourage. Elle vit le post-impressionnisme qui agite le monde artistique. Jeane Saliceti admire Pierre Bonnard, qu'elle connut et est fascinée par Vincent van Gogh.
Carrière et retour à Tarbes
[modifier | modifier le code]Elle revient à Tarbes, et n’en sortira plus. Sa vision de la peinture la pousse à exprimer les humbles spectacles quotidiens. Elle s’installe à l'angle des rues Massey et Jean-Larcher, fait de sa maison son univers et aménagea un atelier, qu'elle décore de fresques. Parfois, elle va dans la campagne environnante et en rapporte des bouquets.
Elle peint sans chercher le profit matériel ou la gloire. Ses relations avec le monde officiel se bornent à l'envoi d'une ou deux toiles, au Salon des indépendants. Ses œuvres passent inaperçues.
Elle manque parfois de toile ; au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle peint sur des affiches ou des papiers journaux. Pendant cette époque, elle allait avoir 60 ans, Pierre Forgeot[Note 1], lui achète son premier tableau[Note 2].
Jeane Saliceti devient connue, estimée, trouve l'aisance. Des expositions lui sont consacrées à Paris, les revues spécialisées parlent d'elle, des galeries d'art, comme les galeries Bignou ou Cardo-Matignon à Paris, vendent ses œuvres.
Fin de vie
[modifier | modifier le code]Vers la fin de sa vie, elle redevient pauvre. Jeane Saliceti continue à peindre par plaisir, sur toutes sortes de supports : cartons usagés qu'elle couvre de couleurs délayées[Note 3]. Des traces d'une première utilisation subsistent : calendriers, illustrés, portées musicales, etc. ; ces simples croquis témoignent de son talent.
Elle meurt à Tarbes le . Ses légataires se partagent une petite ferme dans une ville près de Lourdes (où elle allait souvent peindre, selon certains), ses tableaux, son appartement et le caveau de famille au cimetière Saint-Jean (cimetière nord) à Tarbes.
Le caveau et sa sépulture seront détruits par abandon de concession.
Sa mémoire persiste à Tarbes : un hommage fut donné par la « Société des amis des arts » à Tarbes.
Style artistique
[modifier | modifier le code]Le style de Jeane se développe réellement à Tarbes où elle ne déménage pas depuis son retour. Effectivement, elle bougea de temps à autre pour peindre les montagnes espagnoles (comme avec la nécessité d’une carte d’identité française pendant l’entre-deux-guerres et durant la Seconde Guerre mondiale pour traverser la frontière espagnole et aller de villes en villes).
Elle s'affranchit de l’académisme qui s’épuisait peu à peu pour s’aligner avec les fervents du post-impressionnisme, où des grands peintres comme Vincent van Gogh (qui l’inspira vivement avec ses Tournesols) mais aussi Pierre Bonnard, qu’elle côtoya à Paris et en qui elle admira une grande admiration.
Elle a laissé une œuvre où les objets humbles « transfigurés sans être défigurés », magnifiés par sa propre vision, livrent au spectateur « les saveurs essentielles sous l'écorce des apparences »[réf. nécessaire]. Sa peinture se déroule autour de plusieurs thèmes, autour de la nature morte de bouquets presque fanés que certains fleuristes lui donnaient ou des compositions qu’elle posait sur la table de ce qu’elle possédait, des portraits d’enfants voisins, voir des autoportraits.
Réception critique
[modifier | modifier le code]« Raffinée, élégante, cultivée, servie par une habileté jamais démentie et une sensibilité toujours en éveil. La peinture de Jeane Saliceti tient compte de toutes les conquêtes de l'art contemporain. Toutes les techniques, elle les a assimilées et elle nous offre une synthèse qui, si elle est loin d'être originale, ne manque pas de charme, ses intérieurs évoquent Bonnard, ses paysages un Van Gogh adouci, ses fleurs et ses natures mortes un mélange de ces deux Maîtres. La peinture de Saliceti, faite pour plaire, plaira à coup sûr. Quels sont les artistes qui peuvent se vanter d'atteindre aussi certainement leur but ? »[2]
« La réputation, qui lui est faite, d'un excellent peintre de floralies n'est pas usurpée, mais on ne retient que l'une des facettes de son art. Sa palette s’élargit avec un égal bonheur aux paysages et aux portraits – particulièrement des visages d'enfants éclatants de vérité instantanée et significatifs de surprise, de curiosité, de timidité, d'innocence. »[3]
« Transfigurer sans, pour autant défigurer, telle a toujours été la loi. Ses thèmes : la corbeille de fruits, le bouquet dans le vase, le cadre doré qui se met tout à coup à resplendir dans la lumière. Elle aurait pu être tentée de célébrer les impressionnantes beautés de la montagne, mais elle a préféré les paysages paisibles, les ciels comme caressants, les arbres fins se détachant sur des horizons calmes. »[réf. nécessaire]
« Jeane Saliceti (1882-1959) est une artiste peintre Tarbaise à la peinture, poétique, sensible, instinctive, presque obsessionnelle. Elle ne sut suivre les cours académiques parisiens trop réglementés ce qui est une chance pour nous les admirateurs amateurs ou éclairés. Elle nous a légué une œuvre singulière, son œuvre reconnaissable entre tous autres peintres. A la fois pure et légère, aux couleurs parfois vives sans agression, parfois sombres, elle conférera toujours un angle de vue tel qu'elle percevait son monde et son intérieur plus que modeste voire pauvre. Sa palette d'huiles de couleurs sourdes notamment pour les fonds de ses œuvres, donne cet impression d'un manque de matière et d'une usure d'un atmosphère de pénombre.. on dit qu'elle peignait volets mi-clos. Par manque de moyen et toujours cette envie inextinguible de peindre, tous supports pouvait convenir (calendriers, gravures, carton, papiers d'emballage, vieux tableaux, etc). Du bleu de lessive d'alors est même utilisé (on en retrouve dans beaucoup de fonds), de même que les fleurs étaient issues souvent de la fin d'un marché ou données par les fleuristes d'antan. Aucun tableau n'est identique aux autres. Tout le charme et la mélancolie de cette besogneuse, transpire dans son œuvre. Cet artiste de talent reconnue en son temps n'avait pas échappée aux galeristes parisiens (Bignou et Matignon). Même à l'étranger, les amateurs du beau tableau avaient compris qu'avant toute chose pécuniaire que son art pouvait rivaliser avec les grands peintres contemporains. »[4]
La redécouverte : sa postérité dans l'histoire de l'art
[modifier | modifier le code]Depuis 2009, la redécouverte de l'artiste se fait peu à peu dans la région des Hautes-Pyrénées avec le musée Larrey. Du au , le musée Larrey à Beaudéan (65710) a exposé une trentaine d'œuvres de Jeane Saliceti en collaboration avec des sculptures de Carlos Miranda.
La redécouverte s'est réellement affirmé en 2017 avec le musée Massey, avec son exposition du au qui fit exploser en popularité la peintre tarbaise dans les Hautes-Pyrénées orientales.
Enfin, la popularité a continuer d'être nourrie par un antiquaire et marchand de l'art: Eric Baudelet, Propriétaire de la galerie Eric Baudelet à Tarbes, il fait des recherches actives auprès des habitants de Tarbes qui connaissent ou auraient pu côtoyer l'artiste bigourdane, a collecté nombre de ses objets (la lessive qu'elle utilisait pour son bleu, la conque, sa palette) mais aussi des archives importantes à son sujet en vue de la création d'un ouvrage pour faire connaitre la vraie valeur de cette femme artiste au "haut potentiel" oubliée par les livres, la popularité, mais non oubliée dans les pensées tarbaises. C'est alors en exposant un grande collection privée mais aussi mise à la vente que Eric Baudelet a réellement mis au jour l'artiste tarbaise a regagné réellement une certaine reconnaissance dans le marché de l'art.
Expositions
[modifier | modifier le code]- New York
- Salon des indépendants 1938 et 1936[5]
- Salon de Pau, 1926[6]
- Musée Massey, du au 26 Juin 2017
- Galerie Eric Baudelet, Tarbes, Avril 2023
- Galerie Cardo-Matignon, Paris.
- Galerie Bignou, Paris, du 5 au .
- Galerie Guillet, Paris.
- Galerie Fleurs, Versailles, 1976.
- Galerie Zeller, Tarbes.
- Galerie l’Art en Stalles, Pouzac, du au .
- Musée Larrey, Bagnères-de-Bigorre, du au .
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Pierre Forgeot, président fondateur de la Société Hispano Suiza, avait dès 1940 entrepris d’installer à Tarbes, loin des zones de combat, une importante usine de moteurs d’avions. Au moment de la débâcle, c’est l’essentiel de l’entreprise qui pour ne pas tomber aux mains des Allemands prendra le chemin de Tarbes. Replié dans cette ville avec son entreprise, Pierre Forgeot, amateur d’art éclairé, découvrant un tableau de Jeane Salicetti sera saisi par l’habileté et la sensibilité de l’artiste.
- ↑ Pierre Forgeot était un ami de René Huyghe ; il alla montrer son tableau à René Huyghe : « Croyez-vous, lui demanda-t-il, que cette inconnue ait véritablement, des dons ? » René Huyghe répondit : « Non, elle n’en a pas : elle a le don. »[réf. nécessaire]
- ↑ Ces couleurs délayées définissent sa peinture, qui était plus une mixture de couleurs et de médiums que de la réelle peinture à l'huile.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Labat-Poussin, Obert Caroline, “Archives de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts Inventaire analytique (AJ/52/1-AJ/52/1415)”, Archives nationales, Pierrefite-sur-Seine, France, 1998
- ↑ Musée Massey, « Jeane Saliceti archive »
- ↑ Musée Massey, « Jeane Saliceti archives »
- ↑ Extrait du fascicule d'exposition de JEANE à la galerie Eric Baudelet du 4 avril au 25 avril 2023.
- ↑ La Petite Gironde, 21 avril 1938 Beaux-arts, Chronique des arts et de la curiosité, 7 février 1936.
- ↑ L’express du Midi, journal quotidien, 29/04/1926
Annexes
[modifier | modifier le code]Sources
[modifier | modifier le code]- Lucienne Michou, « Les origines familiales de J. Saliceti, 1822-1959 », Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées, 1986-87, p. 140-146.
- Maximilien Gauthier, « Saliceti », Gazette des Beaux-Arts, .
- Renaud de Rochebrune et Claude Hazera et Claude Hazera, Les patrons sous l'occupation, Mesnil-sur-l'Estrée, Odile Jacob, , 874 p. (ISBN 2-7381-0328-6), p. 341-352.
- Labat-Poussin, Obert Caroline, “Archives de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts Inventaire analytique (AJ/52/1-AJ/52/1415)”, Archives nationales, Pierrefite-sur-Seine, France, 1998
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Dictionnaire Bénézit ((en) extrait de notice en ligne).
- Lucienne Michou, « Les origines familiales de J. Saliceti, 1822-1959 », Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées, 1986-87, p. 140-146.
- Sylvio Brianti, Traces d’artistes. Dictionnaire de l’art moderne et contemporain dans les Hautes-Pyrénées, SUZAC, Avril 2021
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative aux beaux-arts :
- « Bagnères. L'œuvre de Saliceti exposée au musée Larrey » [archive], sur ladepeche.fr.
- Notice biographique par Robert Barbe, sur galerie-com.co