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C�sar, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre I

Les Helv�tes

  Les Helv�tes : chap. II - XXIX

[1,2] (1) Org�torix �tait, chez les Helv�tes, le premier par sa naissance et par ses richesses. Sous le consulat de M. Messala et de M. Pison, cet homme, pouss� par l'ambition, conjura avec la noblesse et engagea les habitants � sortir du pays avec toutes leurs forces; (2) il leur dit que, l'emportant par le courage sur tous les peuples de la Gaule, ils la soumettraient ais�ment tout enti�re � leur empire. (3) Il eut d'autant moins de peine � les persuader, que les Helv�tes sont de toutes parts resserr�s par la nature des lieux; d'un c�t� par le Rhin, fleuve tr�s large et tr�s profond, qui s�pare leur territoire de la Germanie, d'un autre par le Jura, haute montagne qui s'�l�ve entre la S�quanie et l'Helv�tie; d'un troisi�me c�t�, par le lac L�man et le Rh�ne qui s�pare cette derni�re de notre Province. (4) Il r�sultait de cette position qu'ils ne pouvaient ni s'�tendre au loin, ni porter facilement la guerre chez leurs voisins; et c'�tait une cause de vive affliction pour des hommes belliqueux. (5) Leur population nombreuse, et la gloire qu'ils acqu�raient dans la guerre par leur courage, leur faisaient regarder comme �troites des limites qui avaient deux cent quarante milles de long sur cent quatre-vingts milles de large. [1,2] Apud Heluetios longe nobilissimus fuit et ditissimus Orgetorix. Is M- Messala, {et P-} M- Pisone consulibus regni cupiditate inductus coniurationem nobilitatis fecit et ciuitati persuasit ut de finibus suis cum omnibus copiis exirent: perfacile esse, cum uirtute omnibus praestarent, totius Galliae imperio potiri. Id hoc facilius iis persuasit, quod undique loci natura Heluetii continentur: una ex parte flumine Rheno latissimo atque altissimo, qui agrum Heluetium a Germanis diuidit; altera ex parte monte Iura altissimo, qui est inter Sequanos et Heluetios; tertia lacu Lemanno et flumine Rhodano, qui prouinciam nostram ab Heluetiis diuidit. His rebus fiebat ut et minus late uagarentur et minus facile finitimis bellum inferre possent; qua ex parte homines bellandi cupidi magno dolore adficiebantur. Pro multitudine autem hominum et pro gloria belli atque fortitudinis angustos se fines habere arbitrabantur, qui in longitudinem milia passuum CCXL, in latitudinem CLXXX patebant.
[1,3] (1) Pouss�s par ces motifs et entra�n�s par l'ascendant d'Org�torix, ils commencent � tout disposer pour le d�part, rassemblent un grand nombre de b�tes de somme et de chariots, ensemencent toutes leurs terres, afin de s'assurer des vivres dans leur marche et renouvellent avec leurs voisins les trait�s de paix et d'alliance. (2) Ils pens�rent que deux ans leur suffiraient pour ces pr�paratifs; et une loi fixa le d�part � la troisi�me ann�e. (3) Org�torix est choisi pour pr�sider � l'entreprise. Envoy� en qualit� de d�put� vers les cit�s voisines, (4) sur sa route, il engage le S�quanais Casticos, fils de Catamantalo�dis, et dont le p�re avait longtemps r�gn� en S�quanie et avait re�u du peuple romain le titre d'ami, � reprendre sur ses concitoyens l'autorit� supr�me, pr�c�demment exerc�e par son p�re. (5) Il inspire le m�me dessein � l'H�duen Dumnorix, fr�re de Diviciacos, qui tenait alors le premier rang dans la cit� et �tait tr�s aim� du peuple; il lui donne sa fille en mariage. (6) Il leur d�montre la facilit� du succ�s de leurs efforts; devant lui-m�me s'emparer du pouvoir chez les Helv�tes, (7) et ce peuple �tant le plus consid�rable de toute la Gaule, il les aidera de ses forces et de son arm�e pour leur assurer l'autorit� souveraine. (8) Persuad�s par ces discours, ils se lient sous la foi du serment.: ils esp�raient qu'une fois ma�tres du pouvoir, au moyen de cette ligue des trois peuples les plus puissants et les plus braves, ils soumettraient la Gaule enti�re. [1,3] His rebus adducti et auctoritate Orgetorigis permoti constituerunt ea quae ad proficiscendum pertinerent comparare, iumentorum et carrorum quam maximum numerum coemere, sementes quam maximas facere, ut in itinere copia frumenti suppeteret, cum proximis ciuitatibus pacem et amicitiam confirmare. Ad eas res conficiendas biennium sibi satis esse duxerunt; in tertium annum profectionem lege confirmant. Ad eas res conficiendas Orgetorix deligitur. Is sibi legationem ad ciuitates suscipit. In eo itinere persuadet Castico, Catamantaloedis filio, Sequano, cuius pater regnum in Sequanis multos annos obtinuerat et a senatu populi Romani amicus appellatus erat, ut regnum in ciuitate sua occuparet, quod pater ante habuerit; itemque Dumnorigi Haeduo, fratri Diuiciaci, qui eo tempore principatum in ciuitate obtinebat ac maxime plebi acceptus erat, ut idem conaretur persuadet eique filiam suam in matrimonium dat. Perfacile factu esse illis probat conata perficere, propterea quod ipse suae ciuitatis imperium obtenturus esset: non esse dubium quin totius Galliae plurimum Heluetii possent; se suis copiis suoque exercitu illis regna conciliaturum confirmat. Hac oratione adducti inter se fidem et ius iurandum dant et regno occupato per tres potentissimos ac firmissimos populos totius Galliae sese potiri posse sperant.
[1,4] (1) Ce projet fut d�nonc� aux Helv�tes; et, selon leurs coutumes, Org�torix fut mis dans les fers pour r�pondre � l'accusation. Le supplice du condamn� devait �tre celui du feu. (2) Au jour fix� pour le proc�s, Org�torix fit para�tre au tribunal tous ceux qui lui �taient attach�s, au nombre de dix mille hommes; il y r�unit aussi tous ses clients et ses d�biteurs dont la foule �tait grande: second� par eux, il put se soustraire au jugement. (3) Les citoyens, indign�s de cette conduite, voulaient maintenir leur droit par les armes, et les magistrats rassemblaient la population des campagnes, lorsque Org�torix mourut. (4) Il y a lieu de penser, selon l'opinion des Helv�tes, qu'il se donna lui-m�me la mort. [1,4] Ea res est Heluetiis per indicium enuntiata. Moribus suis Orgetoricem ex uinculis causam dicere coegerunt; damnatum poenam sequi oportebat, ut igni cremaretur. Die constituta causae dictionis Orgetorix ad iudicium omnem suam familiam, ad hominum milia decem, undique coegit, et omnes clientes obaeratosque suos, quorum magnum numerum habebat, eodem conduxit; per eos ne causam diceret se eripuit. Cum ciuitas ob eam rem incitata armis ius suum exequi conaretur multitudinemque hominum ex agris magistratus cogerent, Orgetorix mortuus est; neque abest suspicio, ut Heluetii arbitrantur, quin ipse sibi mortem consciuerit.
[1,5] (1) Cet �v�nement ne ralentit pas l'ardeur des Helv�tes pour l'ex�cution de leur projet d'invasion. (2) Lorsqu'ils se croient suffisamment pr�par�s, ils incendient toutes leurs villes au nombre de douze, leurs bourgs au nombre de quatre cents et toutes les habitations particuli�res; (3) ils br�lent tout le bl� qu'ils ne peuvent emporter, afin que, ne conservant aucun espoir de retour, ils s'offrent plus hardiment aux p�rils. Chacun re�oit l'ordre de se pourvoir de vivres pour trois mois. (4) Ils persuadent aux Rauraques, aux Tulinges et aux Latobices, leurs voisins, de livrer aux flammes leurs villes et leurs bourgs, et de partir avec eux. Ils associent � leur projet et s'adjoignent les Bo�ens qui s'�taient �tablis au-del� du Rhin, dans le Norique, apr�s avoir pris Nor�ia. [1,5] Post eius mortem nihilo minus Heluetii id quod constituerant facere conantur, ut e finibus suis exeant. Ubi iam se ad eam rem paratos esse arbitrati sunt, oppida sua omnia, numero ad duodecim, uicos ad quadringentos, reliqua priuata aedificia incendunt; frumentum omne, praeter quod secum portaturi erant, comburunt, ut domum reditionis spe sublata paratiores ad omnia pericula subeunda essent; trium mensum molita cibaria sibi quemque domo efferre iubent. Persuadent Rauracis et Tulingis et Latobrigis finitimis, uti eodem usi consilio oppidis suis uicisque exustis una cum iis proficiscantur, Boiosque, qui trans Rhenum incoluerant et in agrum Noricum transierant Noreiamque oppugnabant, receptos ad se socios sibi adsciscunt.
[1,6] (1) Il n'y avait absolument que deux chemins par lesquels ils pussent sortir de leur pays: l'un par la S�quanie, �troit et difficile, entre le Jura et le Rh�ne, o� pouvait � peine passer un chariot; il �tait domin� par une haute montagne, et une faible troupe suffisait pour en d�fendre l'entr�e; (2) l'autre, � travers notre Province, plus ais� et plus court, en ce que le Rh�ne, qui s�pare les terres des Helv�tes de celles des Allobroges, nouvellement soumis, est gu�able en plusieurs endroits, (3) et que la derni�re ville des Allobroges. Gen�ve, est la plus rapproch�e de l'Helv�tie, avec laquelle elle communique par un pont. Ils crurent qu'ils persuaderaient facilement aux Allobroges, qui ne paraissaient pas encore bien fermement attach�s au peuple romain, de leur permettre de traverser leur territoire, ou qu'ils les y contraindraient par la force. (4) Tout �tant pr�t pour le d�part, ils fixent le jour o� l'on doit se r�unir sur la rive du Rh�ne. Ce jour �tait le 5 avant les calendes d'avril, sous le consulat de L. Pison et de A. Gabinius. [1,6] Erant omnino itinera duo, quibus itineribus domo exire possent: unum per Sequanos, angustum et difficile, inter montem Iuram et flumen Rhodanum, uix qua singuli carri ducerentur, mons autem altissimus impendebat, ut facile perpauci prohibere possent; alterum per prouinciam nostram, multo facilius atque expeditius, propterea quod inter fines Heluetiorum et Allobrogum, qui nuper pacati erant, Rhodanus fluit isque non nullis locis uado transitur. Extremum oppidum Allobrogum est proximumque Heluetiorum finibus Genaua. Ex eo oppido pons ad Heluetios pertinet. Allobrogibus sese uel persuasuros, quod nondum bono animo in populum Romanum uiderentur, existimabant uel ui coacturos ut per suos fines eos ire paterentur. Omnibus rebus ad profectionem comparatis diem dicunt, qua die ad ripam Rhodani omnes conueniant. Is dies erat a- d- V- Kal- Apr- L- Pisone, A- Gabinio consulibus.
[1,7] (1) C�sar, apprenant qu'ils se disposent � passer par notre Province, part aussit�t de Rome, se rend � grandes journ�es dans la Gaule ult�rieure et arrive � Gen�ve. (2) Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats qu'elle peut fournir (il n'y avait qu'une l�gion dans la Gaule ult�rieure), et fait rompre le pont de Gen�ve. (3) Les Helv�tes, avertis de son arriv�e, d�putent vers lui les plus nobles de leur cit�, � la t�te desquels �taient Namm�ios et Veruclo�tios, pour dire qu'ils avaient l'intention de traverser la province, sans y commettre le moindre dommage, n'y ayant pour eux aucun autre chemin, qu'ils le priaient d'y donner son consentement. (4) C�sar, se rappelant que les Helv�tes avaient tu� le consul L. Cassius et repouss� son arm�e qu'ils avaient fait passer sous le joug, ne crut pas devoir leur accorder cette demande. (5) Il ne pensait pas que des hommes pleins d'inimiti� pussent, s'ils obtenaient la permission de traverser la province, s'abstenir de violences et de d�sordres. (6) Cependant, pour laisser aux troupes qu'il avait. command�es le temps de se r�unir, il r�pondit aux d�put�s qu'il y r�fl�chirait, et que, s'ils voulaient conna�tre sa r�solution, ils eussent � revenir aux ides d'avril. [1,7] Caesari cum id nuntiatum esset, eos per prouinciam nostram iter facere conari, maturat ab urbe proficisci et quam maximis potest itineribus in Galliam ulteriorem contendit et ad Genauam peruenit. Prouinciae toti quam maximum potest militum numerum imperat (erat omnino in Gallia ulteriore legio una), pontem, qui erat ad Genauam, iubet rescindi. Ubi de eius aduentu Heluetii certiores facti sunt, legatos ad eum mittunt nobilissimos ciuitatis, cuius legationis Nammeius et Verucloetius principem locum obtinebant, qui dicerent sibi esse in animo sine ullo maleficio iter per prouinciam facere, propterea quod aliud iter haberent nullum: rogare ut eius uoluntate id sibi facere liceat. Caesar, quod memoria tenebat L- Cassium consulem occisum exercitumque eius ab Heluetiis pulsum et sub iugum missum, concedendum non putabat; neque homines inimico animo, data facultate per prouinciam itineris faciundi, temperaturos ab iniuria et maleficio existimabat. Tamen, ut spatium intercedere posset dum milites quos imperauerat conuenirent, legatis respondit diem se ad deliberandum sumpturum: si quid uellent, ad Id- April- reuerterentur.
[1,8] (1) Dans cet intervalle, C�sar, avec la l�gion qu'il avait avec lui et les troupes qui arrivaient de la Province, �leva, depuis le lac L�man, que traverse le Rh�ne, jusqu'au mont Jura, qui s�pare la S�quanie de l'Helv�tie, un rempart de dix- neuf mille pas de longueur et de seize pieds de haut: un foss� y fut joint. (2) Ce travail achev�, il �tablit des postes, fortifie des positions, pour repousser plus facilement les Helv�tes, s'ils voulaient passer contre son gr�. (3) D�s que le jour qu'il avait assign� � leurs d�put�s fut arriv�, ceux-ci revinrent aupr�s de lui. Il leur d�clara que les usages et l'exemple du peuple romain lui d�fendaient d'accorder le passage � travers la Province, et que, s'ils tentaient de le forcer, il s'y opposerait. (4) Les Helv�tes, d��us dans cette esp�rance, essaient de passer le Rh�ne, les uns sur des barques jointes ensemble et sur des radeaux faits dans ce dessein, les autres � gu�, � l'endroit o� le fleuve a le moins de profondeur, quelquefois le jour, plus souvent la nuit. Arr�t�s par le rempart, par le nombre et par les armes de nos soldats, ils renoncent � cette tentative. [1,8] Interea ea legione quam secum habebat militibusque, qui ex prouincia conuenerant, a lacu Lemanno, qui in flumen Rhodanum influit, ad montem Iuram, qui fines Sequanorum ab Heluetiis diuidit, milia passuum XVIIII murum in altitudinem pedum sedecim fossamque perducit. Eo opere perfecto praesidia disponit, castella communit, quo facilius, si se inuito transire conentur, prohibere possit. Ubi ea dies quam constituerat cum legatis uenit et legati ad eum reuerterunt, negat se more et exemplo populi Romani posse iter ulli per prouinciam dare et, si uim facere conentur, prohibiturum ostendit. Heluetii ea spe deiecti nauibus iunctis ratibusque compluribus factis, alii uadis Rhodani, qua minima altitudo fluminis erat, non numquam interdiu, saepius noctu si perrumpere possent conati, operis munitione et militum concursu et telis repulsi, hoc conatu destiterunt.
[1,9] (1) Il leur restait un chemin par la S�quanie, mais si �troit qu'ils ne pouvaient le traverser malgr� les habitants. (2) N'esp�rant pas en obtenir la permission par eux-m�mes, ils envoient des d�put�s � l'H�duen Dumnorix, pour le prier de la demander aux S�quanes. (3) Dumnorix, puissant chez eux par son cr�dit et par ses largesses, �tait en outre l'ami des Helv�tes, � cause de son mariage avec la fille de leur concitoyen Org�torix. Excit� d'ailleurs par le d�sir de r�gner, il aimait les innovations, et voulait s'attacher par des services un grand nombre de cit�s. (4) Il consentit donc � ce qu'on lui demandait, et obtint des S�quanes que les Helv�tes traverseraient leur territoire: on se donna mutuellement des otages; les S�quanes s'engag�rent � ne point s'opposer au passage des Helv�tes, et ceux-ci � l'effectuer sans violences ni d�g�ts. [1,9] Relinquebatur una per Sequanos uia, qua Sequanis inuitis propter angustias ire non poterant. His cum sua sponte persuadere non possent, legatos ad Dumnorigem Haeduum mittunt, ut eo deprecatore a Sequanis impetrarent. Dumnorix gratia et largitione apud Sequanos plurimum poterat et Heluetiis erat amicus, quod ex ea ciuitate Orgetorigis filiam in matrimonium duxerat, et cupiditate regni adductus nouis rebus studebat et quam plurimas ciuitates suo beneficio habere obstrictas uolebat. Itaque rem suscipit et a Sequanis impetrat ut per fines suos Heluetios ire patiantur, obsidesque uti inter sese dent perficit: Sequani, ne itinere Heluetios prohibeant, Heluetii, ut sine maleficio et iniuria transeant.
[1,10] (1) On rapporte � C�sar que les Helv�tes ont le projet de traverser les terres des S�quanes et des H�duens, pour se diriger vers celles des Santons, peu distantes de Toulouse, ville situ�e dans la province romaine. (2) II comprit que, si cela arrivait, cette province serait expos�e � un grand p�ril, ayant pour voisins, dans un pays fertile et d�couvert, des hommes belliqueux, ennemis du peuple romain. (3) Il confie donc � son lieutenant T. Labi�nus la garde du retranchement qu'il avait �lev�. Pour lui, il va en Italie � grandes journ�es, y l�ve deux l�gions, en tire trois de leurs quartiers d'hiver, aux environs d'Aquil�e, et prend par les Alpes le plus court chemin de 1a Gaule ult�rieure, � la t�te de ces cinq l�gions. (4) L�, les Ceutrons, les Gra�oc�les et les Caturiges, qui s'�taient empar�s des hauteurs, veulent arr�ter la marche de son arm�e. (5) II les repousse dans plusieurs combats, et se rend, en sept journ�es, d'Oc�lum, derni�re place de la province cit�rieure, au territoire des Voconces, dans la province ult�rieure; de l� il conduit ses troupes dans le pays des Allobroges, puis chez les S�gusiaves. C'est le premier peuple hors de la province, au-del� du Rh�ne. [1,10] Caesari renuntiatur Heluetiis esse in animo per agrum Sequanorum et Haeduorum iter in Santonum fines facere, qui non longe a Tolosatium finibus absunt, quae ciuitas est in prouincia. Id si fieret, intellegebat magno cum periculo prouinciae futurum ut homines bellicosos, populi Romani inimicos, locis patentibus maximeque frumentariis finitimos haberet. Ob eas causas ei munitioni quam fecerat T. Labienum legatum praeficit; ipse in Italiam magnis itineribus contendit duasque ibi legiones conscribit et tres, quae circum Aquileiam hiemabant, ex hibernis educit et, qua proximum iter in ulteriorem Galliam per Alpes erat, cum his quinque legionibus ire contendit. Ibi Ceutrones et Graioceli et Caturiges locis superioribus occupatis itinere exercitum prohibere conantur. Compluribus his proeliis pulsis ab Ocelo, quod est oppidum citerioris prouinciae extremum, in fines Vocontiorum ulterioris prouinciae die septimo peruenit; inde in Allobrogum fines, ab Allobrogibus in Segusiauos exercitum ducit. Hi sunt extra prouinciam trans Rhodanum primi.
[1,11] (1) D�j� les Helv�tes avaient franchi les d�fil�s et le pays des S�quanes; et, arriv�s dans celui des H�duens, ils en ravageaient les terres. (2) Ceux-ci, trop faibles pour d�fendre contre eux leurs personnes et leurs biens, d�putent vers C�sar, pour lui demander du secours: (3) "Dans toutes les circonstances, ils avaient trop bien m�rit� du peuple romain pour qu'on laiss�t, presque � la vue de notre arm�e, d�vaster leurs champs, emmener leurs enfants en servitude, prendre leurs villes. (4) Dans le m�me temps, les Ambarres, amis et alli�s des H�duens, informent �galement C�sar que leur territoire est ravag� et qu'ils peuvent � peine garantir leurs villes de la fureur de leurs ennemis. (5) Enfin les Allobroges, qui avaient des bourgs et des terres au-del� du Rh�ne, viennent se r�fugier aupr�s de lui, et lui d�clarent qu'il ne leur reste rien que le sol de leurs champs. (6) C�sar, d�termin� par ce concours de plaintes, crut ne devoir pas attendre que tous les pays des alli�s fussent ruin�s, et les Helv�tes arriv�s jusque dans celui des Santons. [1,11] Heluetii iam per angustias et fines Sequanorum suas copias traduxerant et in Haeduorum fines peruenerant eorumque agros populabantur. Haedui, cum se suaque ab iis defendere non possent, legatos ad Caesarem mittunt rogatum auxilium: ita se omni tempore de populo Romano meritos esse ut paene in conspectu exercitus nostri agri uastari, liberi {eorum} in seruitutem abduci, oppida expugnari non debuerint. Eodem tempore quo Haedui Ambarri, necessarii et consanguinei Haeduorum, Caesarem certiorem faciunt sese depopulatis agris non facile ab oppidis uim hostium prohibere. Item Allobroges, qui trans Rhodanum uicos possessionesque habebant, fuga se ad Caesarem recipiunt et demonstrant sibi praeter agri solum nihil esse reliqui. Quibus rebus adductus Caesar non expectandum sibi statuit dum, omnibus, fortunis sociorum consumptis, in Santonos Heluetii peruenirent.
[1,12] (1) La Sa�ne est une rivi�re dont le cours, entre les terres des H�duens et celles des S�quanes et jusqu'au Rh�ne, est si paisible que l'oeil ne peut en distinguer la direction. Les Helv�tes la passaient sur des radeaux et des barques jointes ensemble. (2) C�sar, averti par ses �claireurs que les trois quarts de l'arm�e helv�te avaient d�j� travers� la Sa�ne, et que le reste �tait sur l'autre rive, part de son camp, � la troisi�me veille, avec trois l�gions, et atteint ceux qui n'avaient pas encore effectu� leur passage. (3) Il les surprend en d�sordre, les attaque � l'improviste et en tue un grand nombre. Les autres prennent la fuite, et vont se cacher dans les for�ts voisines. (4) Ils appartenaient au canton des Tigurins; car tout le territoire de l'Helv�tie est divis� en quatre cantons. (5) C'�taient ceux de ce canton qui, dans une excursion du temps de nos p�res, avaient tu� le consul L. Cassius et fait passer son arm�e sous le joug. (6) Ainsi, soit effet du hasard, soit par la volont� des dieux immortels, cette partie des citoyens de l'Helv�tie, qui avait fait �prouver une si grande perte au peuple romain, fut la premi�re � en porter la peine. (7) C�sar trouva aussi dans cette vengeance publique l'occasion d'une vengeance personnelle; car l'a�eul de son beau-p�re, L. Pison, lieutenant de Cassius, avait �t� tu� avec lui par les Tigurins, dans la m�me bataille. [1,12] Flumen est Arar, quod per fines Haeduorum et Sequanorum in Rhodanum influit, incredibili lenitate, ita ut oculis in utram partem fluat iudicari non possit. Id Heluetii ratibus ac lintribus iunctis transibant. Ubi per exploratores Caesar certior factus est tres iam partes copiarum Heluetios id flumen traduxisse, quartam uero partem citra flumen Ararim reliquam esse, de tertia uigilia cum legionibus tribus e castris profectus ad eam partem peruenit quae nondum flumen transierat. Eos impeditos et inopinantes adgressus magnam partem eorum concidit; reliqui sese fugae mandarunt atque in proximas siluas abdiderunt. Is pagus appellabatur Tigurinus; nam omnis ciuitas Heluetia in quattuor pagos diuisa est. Hic pagus unus, cum domo exisset, patrum nostrorum memoria L- Cassium consulem interfecerat et eius exercitum sub iugum miserat. Ita siue casu siue consilio deorum immortalium quae pars ciuitatis Heluetiae insignem calamitatem populo Romano intulerat, ea princeps poenam persoluit. Qua in re Caesar non solum publicas, sed etiam priuatas iniurias ultus est, quod eius soceri L- Pisonis auum, L- Pisonem legatum, Tigurini eodem proelio quo Cassium interfecerant.
[1,13] (1) Apr�s ce combat, C�sar, afin de poursuivre le reste des Helv�tes, fait jeter un pont sur la Sa�ne et la traverse avec son arm�e. (2) Ceux-ci, effray�s de son arriv�e soudaine, et voyant qu'il lui avait suffi d'un seul jour pour ce passage qu'ils avaient eu beaucoup de peine � effectuer en vingt jours, lui envoient des d�put�s; � la t�te de cette d�putation �tait Divico, qui commandait les Helv�tes � la d�faite de Cassius. (3) Il dit � C�sar que, "si le peuple romain faisait la paix avec eux, ils se rendraient et s'�tabliraient dans les lieux que leur aurait assign�s sa volont�; (4) mais que, s'il persistait � leur faire la guerre, il e�t � se rappeler l'�chec pass� de l'arm�e romaine et l'antique valeur des Helv�tes; (5) que pour s'�tre jet� � l'improviste sur un seul canton, lorsque leurs compagnons, qui avaient pass� la rivi�re, ne pouvaient lui porter secours, il ne devait nullement attribuer cet avantage � son courage, ni concevoir du m�pris pour eux; (7) qu'ils avaient appris de leurs p�res et de leurs anc�tres � se fier � leur valeur plut�t qu'� la ruse et que d'avoir recours aux embuscades; qu'il pr�t donc garde que ce lieu o� ils se trouvaient, marqu� par le d�sastre des Romains et la destruction de leur arm�e, n'en tir�t son nom et n'en transmit le souvenir � la post�rit�." [1,13] Hoc proelio facto, reliquas copias Heluetiorum ut consequi posset, pontem in Arari faciendum curat atque ita exercitum traducit. Heluetii repentino eius aduentu commoti cum id quod ipsi diebus XX aegerrime confecerant, ut flumen transirent, illum uno die fecisse intellegerent, legatos ad eum mittunt; cuius legationis Diuico princeps fuit, qui bello Cassiano dux Heluetiorum fuerat. Is ita cum Caesare egit: si pacem populus Romanus cum Heluetiis faceret, in eam partem ituros atque ibi futuros Heluetios ubi eos Caesar constituisset atque esse uoluisset; sin bello persequi perseueraret, reminisceretur et ueteris incommodi populi Romani et pristinae uirtutis Heluetiorum. Quod improuiso unum pagum adortus esset, cum ii qui flumen transissent suis auxilium ferre non possent, ne ob eam rem aut suae magnopere uirtuti tribueret aut ipsos despiceret. Se ita a patribus maioribusque suis didicisse, ut magis uirtute contenderent quam dolo aut insidiis niterentur. Quare ne committeret ut is locus ubi constitissent ex calamitate populi Romani et internecione exercitus nomen caperet aut memoriam proderet.
[1,14] (1) � ce discours C�sar r�pondit "qu'il �tait loin d'avoir oubli� les choses que lui rappelaient les d�put�s helv�tes, et que son ressentiment en �tait d'autant plus vif que les Romains avaient moins m�rit� leur malheur; (2) que s'ils eussent pu se douter de quelque injure, il leur �tait facile de se tenir sur leurs gardes; mais qu'ils avaient �t� surpris parce que, n'ayant rien fait qui d�t leur inspirer des craintes, ils ne pouvaient en concevoir sans motif. (3) Quand m�me C�sar voudrait bien oublier cette ancienne injure, pourrait-il aussi effacer de son souvenir celles qui �taient r�centes; les efforts qu'ils avaient faits pour traverser malgr� lui la province romaine, et leurs ravages chez les H�duens, chez les Ambarres, chez les Allobroges? (4) L'insolente vanit� qu'ils tiraient de leur victoire, et leur �tonnement de voir leurs outrages si longtemps impunis, lui d�montraient (5) que les dieux immortels, afin de rendre, par un revers subit, un ch�timent plus terrible, accordent souvent � ceux-l� m�me qu'ils veulent punir des succ�s passagers et une plus longue impunit�. (6) Quoi qu'il en soit, s'ils lui livrent des otages comme garants de leurs promesses, et s'ils donnent aux H�duens, � leurs alli�s et aux Allobroges, satisfaction du tort qu'ils leur ont fait, il consent � conclure avec eux la paix." (7) Divico r�pondit "qu'ils tenaient de leurs p�res la coutume de recevoir des otages, et de n'en point donner; que le peuple romain devait le savoir." [1,14] His Caesar ita respondit: eo sibi minus dubitationis dari, quod eas res quas legati Heluetii commemorassent memoria teneret, atque eo grauius ferre quo minus merito populi Romani accidissent; qui si alicuius iniuriae sibi conscius fuisset, non fuisse difficile cauere; sed eo deceptum, quod neque commissum a se intellegeret quare timeret neque sine causa timendum putaret. Quod si ueteris contumeliae obliuisci uellet, num etiam recentium iniuriarum, quod eo inuito iter per prouinciam per uim temptassent, quod Haeduos, quod Ambarros, quod Allobrogas uexassent, memoriam deponere posse? Quod sua uictoria tam insolenter gloriarentur quodque tam diu se impune iniurias tulisse admirarentur, eodem pertinere. Consuesse enim deos immortales, quo grauius homines ex commutatione rerum doleant, quos pro scelere eorum ulcisci uelint, his secundiores interdum res et diuturniorem impunitatem concedere. Cum ea ita sint, tamen, si obsides ab iis sibi dentur, uti ea quae polliceantur facturos intellegat, et si Haeduis de iniuriis quas ipsis sociisque eorum intulerint, item si Allobrogibus satis faciunt, sese cum iis pacem esse facturum. Diuico respondit: ita Heluetios a maioribus suis institutos esse uti obsides accipere, non dare, consuerint; eius rem populum Romanum esse testem. Hoc responso dato discessit.
[1,15] (1) Apr�s cette r�ponse, il se retira. Le lendemain, ils l�vent leur camp; C�sar en fait autant, et envoie en avant toute sa cavalerie, au nombre de quatre mille hommes, qu'il avait lev�s dans la province enti�re, chez les H�duens et chez leurs alli�s. Elle devait observer la direction que prendraient les ennemis. (2) Cette cavalerie, ayant poursuivi leur arri�re-garde avec trop d'ardeur, en vint aux mains avec la cavalerie helv�te dans un lieu d�savantageux et �prouva quelque perte. (3) Les Helv�tes, fiers d'avoir dans cette rencontre repouss� avec cinq cents chevaux un si grand nombre de cavaliers, nous attendirent plus hardiment, et nous inqui�t�rent quelquefois avec leur arri�re-garde. (4) C�sar retenait l'ardeur de ses soldats, et se contentait pour le moment de s'opposer aux rapines, au pillage et aux d�vastations de l'ennemi. (5) On fit route ainsi durant quinze jours, sans que l'arri�re-garde des Helv�tes f�t s�par�e de notre avant-garde de plus de cinq ou six mille pas. [1,15] Postero die castra ex eo loco mouent. Idem facit Caesar equitatumque omnem, ad numerum quattuor milium, quem ex omni prouincia et Haeduis atque eorum sociis coactum habebat, praemittit, qui uideant quas in partes hostes iter faciant. Qui cupidius nouissimum agmen insecuti alieno loco cum equitatu Heluetiorum proelium committunt; et pauci de nostris cadunt. Quo proelio sublati Heluetii, quod quingentis equitibus tantam multitudinem equitum propulerant, audacius subsistere non numquam et nouissimo agmine proelio nostros lacessere coeperunt. Caesar suos a proelio continebat, ac satis habebat in praesentia hostem rapinis, pabulationibus populationibusque prohibere. Ita dies circiter XV iter fecerunt uti inter nouissimum hostium agmen et nostrum primum non amplius quinis aut senis milibus passuum interesset.
[1,16] (1) Cependant C�sar pressait chaque jour les H�duens de lui livrer le bl� qu'ils lui avaient promis; (2) car le climat froid de la Gaule, situ�e au nord, comme il a �t� dit pr�c�demment, faisait non seulement que la moisson n'�tait pas parvenue, dans les campagnes, � sa maturit�, mais que le fourrage m�me y �tait insuffisant; (3) quant au bl� qu'il avait fait charger sur la Sa�ne, il pouvait d'autant moins lui servir, que les Helv�tes s'�taient �loign�s de cette rivi�re, et il ne voulait pas les perdre de vue. (4) Les H�duens diff�raient de jour en jour, disant qu'on le rassemblait, qu'on le transportait, qu'il �tait arriv�. (5) Voyant que ces divers discours se prolongeaient trop, et touchant au jour o� il fallait faire aux soldats la distribution des vivres, C�sar convoqua les principaux H�duens, qui �taient en grand nombre dans le camp, entre autres Diviciacos et Liscos. Ce dernier occupait la magistrature supr�me que les H�duens appellent vergobret, fonctions annuelles et qui conf�rent le droit de vie et de mort. (6) C�sar se plaint vivement � eux de ce que, ne pouvant acheter des vivres ni en prendre dans les campagnes, il ne trouve, dans un besoin si pressant et presque en pr�sence de l'ennemi, aucun secours dans des alli�s; l'abandon o� ils le laissaient �tait d'autant plus coupable, que c'�tait en grande partie � leur pri�re qu'il avait entrepris la guerre. [1,16] Interim cotidie Caesar Haeduos frumentum, quod essent publice polliciti, flagitare. Nam propter frigora {quod Gallia sub septentrionibus, ut ante dictum est, posita est,} non modo frumenta in agris matura non erant, sed ne pabuli quidem satis magna copia suppetebat; eo autem frumento quod flumine Arari nauibus subuexerat propterea uti minus poterat quod iter ab Arari Heluetii auerterant, a quibus discedere nolebat. Diem ex die ducere Haedui: conferri, comportari, adesse dicere. Ubi se diutius duci intellexit et diem instare quo die frumentum militibus metiri oporteret, conuocatis eorum principibus, quorum magnam copiam in castris habebat, in his Diuiciaco et Lisco, qui summo magistratui praeerat, quem uergobretum appellant Haedui, qui creatur annuus et uitae necisque in suos habet potestatem, grauiter eos accusat, quod, cum neque emi neque ex agris sumi possit, tam necessario tempore, tam propinquis hostibus ab iis non subleuetur, praesertim cum magna ex parte eorum precibus adductus bellum susceperit; multo etiam grauius quod sit destitutus queritur.
[1,17] (1) Enfin Liscos, �mu par les paroles de C�sar, d�clare ce qu'il avait tu jusque-l�: "qu'il y avait quelques hommes dans le plus grand cr�dit aupr�s du peuple et dont l'influence priv�e l'emportait sur celle des magistrats; (2) qu'au moyen de discours s�ditieux et pervers, ils d�tournaient la multitude de fournir le bl� qu'on s'�tait engag� � livrer, (3) disant que s'ils ne pouvaient obtenir la supr�matie sur la Gaule, ils devaient du moins pr�f�rer la domination des Gaulois � celle des Romains; (4) qu'on devait �tre certain que ceux-ci, une fois vainqueurs des Helv�tes, d�pouilleraient de leur libert� les H�duens et les autres peuples de la Gaule; (5) que ces m�mes hommes informaient l'ennemi de nos projets et de tout ce qui se passait dans le camp; qu'il n'avait pas le pouvoir de les r�primer; (6) qu'il savait bien � quel p�ril l'exposait la d�claration que la n�cessit� l'avait contraint � faire � C�sar, et que telle avait �t� la cause du long silence qu'il avait gard�." [1,17] Tum demum Liscus oratione Caesaris adductus quod antea tacuerat proponit: esse non nullos, quorum auctoritas apud plebem plurimum ualeat, qui priuatim plus possint quam ipsi magistratus. Hos seditiosa atque improba oratione multitudinem deterrere, ne frumentum conferant quod debeant: praestare, si iam principatum Galliae obtinere non possint, Gallorum quam Romanorum imperia perferre, neque dubitare {debeant} quin, si Heluetios superauerint Romani, una cum reliqua Gallia Haeduis libertatem sint erepturi. Ab isdem nostra consilia quaeque in castris gerantur hostibus enuntiari; hos a se coerceri non posse. Quin etiam, quod necessariam rem coactus Caesari enuntiarit, intellegere sese quanto id cum periculo fecerit, et ob eam causam quam diu potuerit tacuisse.
[1,18] (1) C�sar sentit bien que ce discours d�signait Dumnorix, fr�re de Diviciacos; mais, ne voulant pas traiter cette affaire en pr�sence d'un grand nombre de t�moins, il rompt pr�cipitamment l'assembl�e, et ne retient que Liscos. (2) Demeur� seul avec lui, il le presse de reprendre ce qu'il avait dit dans le conseil. Liscos parle avec plus de libert� et de hardiesse. D'autres informations secr�tes prouvent la v�rit� des siennes. (3) "Dumnorix, homme plein d'audace, avait acquis par ses largesses une grande influence sur le peuple, et �tait avide de changement. II avait, depuis plusieurs ann�es, obtenu � bas prix la perception des p�ages et autres imp�ts des H�duens, parce que personne n'avait os� ench�rir sur lui. (4) Sa fortune, accrue encore de cette sorte, lui donnait les moyens de prodiguer ses lib�ralit�s. (5) On le voyait entour� d'une cavalerie nombreuse, entretenue � ses frais. (6) Son cr�dit n'�tait pas restreint � sa cit�, mais s'�tendait jusque chez les peuples voisins; c'est dans cette vue qu'il avait fait �pouser � sa m�re l'un des personnages les plus nobles et les plus puissants parmi les Bituriges, (7) que lui-m�me avait pris une femme chez les Helv�tes, et qu'il avait mari� dans d'autres cit�s sa soeur et ses parentes. (8) Son mariage le rendait le partisan et l'ami des Helv�tes; il ha�ssait en outre personnellement C�sar et les Romains, dont l'arriv�e avait affaibli son pouvoir et rendu � son fr�re Diviciacos son ancienne autorit� et ses honneurs. (9) Si les Romains �prouvaient quelque �chec, il esp�rait bien, � l'aide des Helv�tes, parvenir � la puissance souveraine; sous leur empire, il perdait un tr�ne et m�me son cr�dit actuel." (10) Les informations prises par C�sar lui apprirent aussi que dans le combat de cavalerie livr� peu de jours auparavant, l'exemple de la fuite avait �t� donn� par Dumnorix et par sa cavalerie, car c'�tait lui qui commandait celle que les H�duens avaient envoy�e au secours de C�sar: cette fuite avait effray� le reste. [1,18] Caesar hac oratione Lisci Dumnorigem, Diuiciaci fratrem, designari sentiebat, sed, quod pluribus praesentibus eas res iactari nolebat, celeriter concilium dimittit, Liscum retinet. Quaerit ex solo ea quae in conuentu dixerat. Dicit liberius atque audacius. Eadem secreto ab aliis quaerit; reperit esse uera: ipsum esse Dumnorigem, summa audacia, magna apud plebem propter liberalitatem gratia, cupidum rerum nouarum. Complures annos portoria reliquaque omnia Haeduorum uectigalia paruo pretio redempta habere, propterea quod illo licente contra liceri audeat nemo. His rebus et suam rem familiarem auxisse et facultates ad largiendum magnas comparasse; magnum numerum equitatus suo sumptu semper alere et circum se habere, neque solum domi, sed etiam apud finitimas ciuitates largiter posse, atque huius potentiae causa matrem in Biturigibus homini illic nobilissimo ac potentissimo conlocasse; ipsum ex Heluetiis uxorem habere, sororum ex matre et propinquas suas nuptum in alias ciuitates conlocasse. Fauere et cupere Heluetiis propter eam adfinitatem, odisse etiam suo nomine Caesarem et Romanos, quod eorum aduentu potentia eius deminuta et Diuiciacus frater in antiquum locum gratiae atque honoris sit restitutus. Si quid accidat Romanis, summam in spem per Heluetios regni obtinendi uenire; imperio populi Romani non modo de regno, sed etiam de ea quam habeat gratia desperare. Reperiebat etiam in quaerendo Caesar, quod proelium equestre aduersum paucis ante diebus esset factum, initium eius fugae factum a Dumnorige atque eius equitibus (nam equitatui, quem auxilio Caesari Haedui miserant, Dumnorix praeerat): eorum fuga reliquum esse equitatum perterritum.
[1,19] (1) Outre ces rapports, les indices les plus certains venaient confirmer les soup�ons de C�sar: c'�tait Dumnorix qui avait fait passer les Helv�tes par le territoire des S�quanes, qui les avait engag�s � se donner mutuellement des otages; il avait tout fait non seulement sans l'ordre de C�sar et des H�duens, mais encore � leur insu; il �tait accus� par le magistrat de sa nation. C�sar croyait avoir assez de motifs, soit pour s�vir lui- m�me contre Dumnorix, soit pour exiger que ses concitoyens le punissent. (2) Une seule consid�ration arr�tait ses r�solutions, le grand attachement de Diviciacos, son fr�re, au peuple romain, son d�vouement sans bornes, sa fid�lit� � toute �preuve, sa justice, sa mod�ration; et il craignait de s'ali�ner son esprit par le supplice de son fr�re. (3) Aussi, avant de rien entreprendre, il fait appeler Diviciacos, et, renvoyant les interpr�tes habituels, c'est par l'organe de C. Val�rius Troucillus, le premier personnage de la province romaine, son ami et son confident le plus intime, qu'il s'entretient avec lui: (4) en m�me temps qu'il lui rappelle ce qui a �t� dit de Dumnorix en sa pr�sence dans l'assembl�e des Gaulois; il lui apprend ce dont chacun l'a inform� en particulier; (5) il l'engage et l'exhorte � ne point s'offenser si lui-m�me, apr�s l'avoir entendu, d�cide de son sort, ou s'il ordonne � ses concitoyens d'instruire son proc�s. [1,19] Quibus rebus cognitis, cum ad has suspiciones certissimae res accederent, quod per fines Sequanorum Heluetios traduxisset, quod obsides inter eos dandos curasset, quod ea omnia non modo iniussu suo et ciuitatis sed etiam inscientibus ipsis fecisset, quod a magistratu Haeduorum accusaretur, satis esse causae arbitrabatur quare in eum aut ipse animaduerteret aut ciuitatem animaduertere iuberet. His omnibus rebus unum repugnabat, quod Diuiciaci fratris summum in populum Romanum studium, summum in se uoluntatem, egregiam fidem, iustitiam, temperantiam cognouerat; nam ne eius supplicio Diuiciaci animum offenderet uerebatur. Itaque prius quam quicquam conaretur, Diuiciacum ad se uocari iubet et, cotidianis interpretibus remotis, per C. Valerium Troucillum, principem Galliae prouinciae, familiarem suum, cui summam omnium rerum fidem habebat, cum eo conloquitur; simul commonefacit quae ipso praesente in concilio {Gallorum} de Dumnorige sint dicta, et ostendit quae separatim quisque de eo apud se dixerit. Petit atque hortatur ut sine eius offensione animi uel ipse de eo causa cognita statuat uel ciuitatem statuere iubeat.
[1,20] (1) Diviciacos, tout en larmes, embrasse C�sar et le supplie de ne prendre contre son fr�re aucune r�solution s�v�re: (2) il convient de la v�rit� de ces accusations, et personne n'en est plus afflig� que lui; il avait lui-m�me, par son cr�dit parmi ses concitoyens et dans le reste de la Gaule, contribu� � l'�l�vation d'un fr�re qui n'en avait aucun � cause de sa jeunesse; (3) et celui-ci s'�tait depuis servi de son influence et de sa sup�riorit�, non seulement pour affaiblir son pouvoir, mais encore pour essayer de le perdre. Cependant l'amour fraternel et l'opinion publique le retiennent. (4) Si C�sar faisait tomber sur son fr�re quelque ch�timent rigoureux, tout le monde, connaissant l'amiti� qui les unit, l'en regarderait comme l'auteur, et cette persuasion �loignerait de lui les coeurs de tous les Gaulois. (5) Ses paroles �taient entrecoup�es de sanglots; C�sar lui prend la main, le rassure, le prie de mettre fin � ses demandes, et lui dit qu'il fait assez de cas de lui pour sacrifier � ses d�sirs et � ses pri�res les injures de la r�publique et son propre ressentiment. (6) Il fait venir Dumnorix en pr�sence de son fr�re, lui expose les griefs qu'il a contre lui, lui d�clare ses soup�ons personnels et les plaintes de ses concitoyens; il l'engage � �viter de se rendre suspect � l'avenir et lui dit qu'il veut bien oublier le pass� en consid�ration de son fr�re Diviciacos. Il le fait surveiller par des gardes, pour �tre instruit de ses actions et de ses discours. [1,20] Diuiciacus multis cum lacrimis Caesarem complexus obsecrare coepit ne quid grauius in fratrem statueret: scire se illa esse uera, nec quemquam ex eo plus quam se doloris capere, propterea quod, cum ipse gratia plurimum domi atque in reliqua Gallia, ille minimum propter adulescentiam posset, per se creuisset; quibus opibus ac neruis non solum ad minuendam gratiam, sed paene ad perniciem suam uteretur. Sese tamen et amore fraterno et existimatione uulgi commoueri. Quod si quid ei a Caesare grauius accidisset, cum ipse eum locum amicitiae apud eum teneret, neminem existimaturum non sua uoluntate factum; qua ex re futurum uti totius Galliae animi a se auerterentur. Haec cum pluribus uerbis flens a Caesare peteret, Caesar eius dextram prendit; consolatus rogat finem orandi faciat; tanti eius apud se gratiam esse ostendit uti et rei publicae iniuriam et suum dolorem eius uoluntati ac precibus condonet. Dumnorigem ad se uocat, fratrem adhibet; quae in eo reprehendat ostendit; quae ipse intellegat, quae ciuitas queratur proponit; monet ut in reliquum tempus omnes suspiciones uitet; praeterita se Diuiciaco fratri condonare dicit. Dumnorigi custodes ponit, ut quae agat, quibuscum loquatur scire possit.
[1,21] (1) Le m�me jour, C�sar apprenant par ses �claireurs que l'ennemi avait pos� son camp au pied d'une montagne, � huit mille pas du sien, envoya reconna�tre la nature de cette montagne et les circuits par lesquels on pouvait la gravir. On lui rapporta que l'acc�s en �tait facile. (2) � la troisi�me veille, il ordonne � T. Labi�nus, son lieutenant, de partir avec deux l�gions et les m�mes guides qui avaient reconnu la route, et d'occuper la hauteur, et il lui fait part de son dessein. (3) Pour lui, � la quatri�me veille, il marche aux ennemis par le m�me chemin qu'ils avaient pris, et envoie toute la cavalerie en avant. (4) P. Considius, qui passait pour tr�s exp�riment� dans l'art militaire, et avait servi dans l'arm�e de L. Sylla, et ensuite dans celle de M. Crassus, est d�tach� � la t�te des �claireurs. [1,21] Eodem die ab exploratoribus certior factus hostes sub monte consedisse milia passuum ab ipsius castris octo, qualis esset natura montis et qualis in circuitu ascensus qui cognoscerent misit. Renuntiatum est facilem esse. De tertia uigilia T. Labienum, legatum pro praetore, cum duabus legionibus et iis ducibus qui iter cognouerant summum iugum montis ascendere iubet; quid sui consilii sit ostendit. Ipse de quarta uigilia eodem itinere quo hostes ierant ad eos contendit equitatumque omnem ante se mittit. P. Considius, qui rei militaris peritissimus habebatur et in exercitu L. Sullae et postea in M. Crassi fuerat, cum exploratoribus praemittitur.
[1,22] (1) Au point du jour, T. Labi�nus occupait le sommet de la montagne, et C�sar n'�tait qu'� quinze cents pas du camp des ennemis, sans qu'ils eussent, ainsi qu'on le sut depuis par des prisonniers, connaissance de son arriv�e ni de celle de Labi�nus; (2) lorsque Considius accourt � toute bride; il annonce que la montagne dont Labi�nus avait ordre de s'emparer est au pouvoir de l'ennemi, qu'il a reconnu les armes et les enseignes gauloises. (3) C�sar se retire avec ses troupes sur la plus proche colline, et les range en bataille. Labi�nus, � qui il �tait prescrit de ne point engager le combat avant de voir l'arm�e de C�sar pr�s du camp ennemi, afin que l'attaque e�t lieu en m�me temps sur tous les points, restait sur la hauteur dont il �tait ma�tre, attendant nos troupes, et sans engager l'action. (4) Il �tait enfin tout � fait jour lorsque C�sar apprit par ses �claireurs que Labi�nus occupait la montagne, et que les Helv�tes avaient lev� leur camp; Considius, troubl� par la peur, avait d�clar� avoir vu ce qu'il n'avait pu voir. (5) Ce m�me jour, C�sar suivit les ennemis � quelque distance selon sa coutume, et campa � trois mille pas de leur arm�e. [1,22] Prima luce, cum summus mons a {Lucio} Labieno teneretur, ipse ab hostium castris non longius mille et quingentis passibus abesset neque, ut postea ex captiuis comperit, aut ipsius aduentus aut Labieni cognitus esset, Considius equo admisso ad eum accurrit, dicit montem, quem a Labieno occupari uoluerit, ab hostibus teneri: id se a Gallicis armis atque insignibus cognouisse. Caesar suas copias in proximum collem subducit, aciem instruit. Labienus, ut erat ei praeceptum a Caesare ne proelium committeret, nisi ipsius copiae prope hostium castra uisae essent, ut undique uno tempore in hostes impetus fieret, monte occupato nostros expectabat proelioque abstinebat. Multo denique die per exploratores Caesar cognouit et montem a suis teneri et Heluetios castra, mouisse et Considium timore perterritum quod non uidisset pro uiso sibi renuntiauisse. Eo die quo consuerat interuallo hostes sequitur et milia passuum tria ab eorum castris castra ponit.
[1,23] (1) Le lendemain, comme il ne restait plus que deux jours jusqu'� la distribution du bl� � l'arm�e, et que Bibracte, la plus grande sans contredit et la plus riche des villes des H�duens, n'�tait plus qu'� dix-huit mille pas, C�sar crut devoir s'occuper des vivres, s'�loigna des Helv�tes et se dirigea vers Bibracte. (2) Quelques transfuges de L. �milius, d�curion de la cavalerie gauloise, en donn�rent avis aux ennemis. (3) Les Helv�tes, ou attribuant � la peur la retraite des Romains, d'autant plus que la veille, quoique ma�tres des hauteurs, ils n'avaient pas engag� le combat; ou bien se flattant de pouvoir leur couper les vivres, chang�rent de projets, rebrouss�rent chemin, et se mirent � suivre et � harceler notre arri�re-garde. [1,23] Postridie eius diei, quod omnino biduum supererat, cum exercitui frumentum metiri oporteret, et quod a Bibracte, oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo, non amplius milibus passuum XVIII aberat, rei frumentariae prospiciendum existimauit; itaque iter ab Heluetiis auertit ac Bibracte ire contendit. Ea res per fugitiuos L- Aemilii, decurionis equitum Gallorum, hostibus nuntiatur. Heluetii, seu quod timore perterritos Romanos discedere a se existimarent, eo magis quod pridie superioribus locis occupatis proelium non commisissent, siue eo quod re frumentaria intercludi posse confiderent, commutato consilio atque itinere conuerso nostros a nouissimo agmine insequi ac lacessere coeperunt.
[1,24] (1) Voyant ce mouvement, C�sar conduit ses troupes sur une hauteur voisine, et d�tache sa cavalerie pour soutenir l'attaque de l'ennemi. (2) En m�me temps il range en bataille sur trois lignes, au milieu de la colline, quatre l�gions de vieilles troupes, et place au sommet les deux l�gions qu'il avait nouvellement lev�es dans la Gaule cit�rieure, ainsi que tous les auxiliaires; il fait aussi garnir de soldats toute la montagne, (3) rassembler les bagages en un seul endroit, que fortifient les troupes qui ont pris position sur la hauteur. (4) Les Helv�tes, qui suivaient avec tous leurs chariots, r�unirent leur bagage dans un m�me lieu; leur front serr� repousse notre cavalerie; ils se forment en phalange, et attaquent notre premi�re ligne. [1,24] Postquam id animum aduertit, copias suas Caesar in proximum collem subduxit equitatumque, qui sustineret hostium impetum, misit. Ipse interim in colle medio triplicem aciem instruxit legionum quattuor ueteranarum; in summo iugo duas legiones quas in Gallia citeriore proxime conscripserat et omnia auxilia conlocauit, ita ut supra se totum montem hominibus compleret; impedimenta sarcinasque in unum locum conferri et eum ab iis qui in superiore acie constiterant muniri iussit. Heluetii cum omnibus suis carris secuti impedimenta in unum locum contulerunt; ipsi confertissima acie, reiecto nostro equitatu, phalange facta sub primam nostram aciem successerunt.
[1,25] (1) C�sar renvoie tous les chevaux, � commencer par le sien, afin de rendre le p�ril �gal pour tous et la fuite impossible, exhorte ses troupes et marche au combat. (2) Nos soldats, lan�ant leurs traits d'en haut, rompent ais�ment la phalange des ennemis. L'ayant mise en d�sordre, ils fondent sur elle, le glaive � la main. (3) Les Gaulois �prouvaient une grande g�ne pour combattre, en ce que plusieurs de leurs boucliers se trouvaient, du m�me coup des javelots, perc�s et comme clou�s ensemble, et que le fer s'�tant recourb�, ils ne pouvaient ni l'arracher, ni se servir dans la m�l�e de leur bras gauche ainsi embarrass�. Un grand nombre d'entre eux, apr�s de longs efforts de bras, pr�f�rent jeter leurs boucliers et combattre d�couverts. (5) Enfin, accabl�s de blessures, ils commencent � l�cher pied et � faire leur retraite vers une montagne, � mille pas � peu pr�s. (6) Ils l'occupent bient�t, et les n�tres les suivent, lorsque les Bo�ens et les Tulinges qui, au nombre de quinze mille environ, fermaient la marche de l'ennemi, et en soutenaient l'arri�re-garde, nous attaquent sur notre flanc, que la marche avait laiss� � d�couvert, et nous enveloppent. � la vue de cette manoeuvre, les Helv�tes, qui s'�taient retir�s sur la montagne, se h�tent de revenir et de recommencer le combat. (7) Les Romains tournent leurs enseignes et s'avancent des deux c�t�s; ils opposent leur premi�re et leur seconde ligne � ceux qu'ils ont d�j� vaincus et repouss�s, et leur troisi�me aux nouveaux assaillants. [1,25] Caesar primum suo, deinde omnium ex conspectu remotis equis, ut aequato omnium periculo spem fugae tolleret, cohortatus suos proelium commisit. Milites loco superiore pilis missis facile hostium phalangem perfregerunt. Ea disiecta gladiis destrictis in eos impetum fecerunt. Gallis magno ad pugnam erat impedimento quod pluribus eorum scutis uno ictu pilorum transfixis et conligatis, cum ferrum se inflexisset, neque euellere neque sinistra impedita satis commode pugnare poterant, multi ut diu iactato bracchio praeoptarent scutum manu emittere et nudo corpore pugnare. Tandem uulneribus defessi et pedem referre et, quod mons suberit circiter mille passuum spatio, eo se recipere coeperunt. Capto monte et succedentibus nostris, Boi et Tulingi, qui hominum milibus circiter XV agmen hostium claudebant et nouissimis praesidio erant, ex itinere nostros ab latere aperto adgressi circumuenire, et id conspicati Heluetii, qui in montem sese receperant, rursus instare et proelium redintegrare coeperunt. Romani conuersa signa bipertito intulerunt: prima et secunda acies, ut uictis ac submotis resisteret, tertia, ut uenientes sustineret.
[1,26] (1) Aussi ce double combat fut-il long et opini�tre. Les ennemis, ne pouvant soutenir plus longtemps l'effort de nos armes, se retir�rent, comme ils avaient fait d'abord, les uns sur la montagne, les autres vers leurs bagages et leurs chariots. (2) Durant tout ce combat, qui se prolongea depuis la septi�me heure jusqu'au soir, personne ne put voir un ennemi tourner le dos. (3) Pr�s des bagages on combattit encore bien avant dans la nuit; car ils s'�taient fait un rempart de leurs chariots, et lan�aient d'en haut une gr�le de traits sur les assaillants, tandis que d'autres, entre ces chariots et les roues, nous blessaient de leurs javelots et de leurs fl�ches. (4) Ce ne fut qu'apr�s de longs efforts que nous nous rend�mes ma�tres des bagages et du camp. La fille d'Org�torix et un de ses fils y tomb�rent en notre pouvoir. (5) Apr�s cette bataille, il leur restait environ cent trente mille hommes; ils march�rent toute la nuit sans s'arr�ter. Continuant leur route sans faire halte nulle part, m�me pendant les nuits, ils arriv�rent le quatri�me jour sur les terres des Lingons. Les blessures des soldats et la s�pulture des morts nous ayant retenus trois jours, nous n'avions pu les poursuivre. (6) C�sar envoya aux Lingons des lettres et des courriers pour leur d�fendre d'accorder aux ennemis ni vivres ni autres secours, sous peine, s'ils le faisaient, d'�tre trait�s comme les Helv�tes. Lui-m�me, apr�s ces trois jours, se mit avec toutes ses troupes � leur poursuite. [1,26] Ita ancipiti proelio diu atque acriter pugnatum est. Diutius cum sustinere nostrorum impetus non possent, alteri se, ut coeperant, in montem receperunt, alteri ad impedimenta et carros suos se contulerunt. Nam hoc toto proelio, cum ab hora septima ad uesperum pugnatum sit, auersum hostem uidere nemo potuit. Ad multam noctem etiam ad impedimenta pugnatum est, propterea quod pro uallo carros obiecerunt et e loco superiore in nostros uenientes tela coiciebant et non nulli inter carros rotasque mataras ac tragulas subiciebant nostrosque uulnerabant. Diu cum esset pugnatum, impedimentis castrisque nostri potiti sunt. Ibi Orgetorigis filia atque unus e filiis captus est. Ex eo proelio circiter hominum milia CXXX superfuerunt eaque tota nocte continenter ierunt {nullam partem noctis itinere intermisso}; in fines Lingonum die quarto peruenerunt, cum et propter uulnera militum et propter sepulturam occisorum nostri {triduum morati} eos sequi non potuissent. Caesar ad Lingonas litteras nuntiosque misit, ne eos frumento neue alia re iuuarent: qui si iuuissent, se eodem loco quo Heluetios habiturum. Ipse triduo intermisso cum omnibus copiis eos sequi coepit.
[1,27] (1) Les Helv�tes, r�duits � la derni�re extr�mit�, lui envoy�rent des d�put�s pour traiter de leur soumission. (2) L'ayant rencontr� en marche, ils se jet�rent � ses pieds, lui parl�rent en suppliants, et implor�rent la paix en pleurant. Il ordonna aux Helv�tes de l'attendre dans le lieu m�me o� ils �taient alors; ils ob�irent. (3) C�sar, quand il y fut arriv�, leur demanda des otages, leurs armes, les esclaves qui s'�taient enfuis vers eux. (4) Pendant qu'on cherche et qu'on rassemble ce qu'il avait exig�, profitant de la nuit, six mille hommes environ du canton appel� Verbig�nus, soit dans la crainte qu'on ne les mette � mort apr�s leur avoir enlev� leurs armes, soit dans l'espoir que, parmi un si grand nombre de captifs, ils parviendront � cacher et � laisser enti�rement ignorer leur fuite, sortent � la premi�re veille du camp des Helv�tes, et se dirigent vers le Rhin et les fronti�res des Germains. [1,27] Heluetii omnium rerum inopia adducti legatos de deditione ad eum miserunt. Qui cum eum in itinere conuenissent seque ad pedes proiecissent suppliciterque locuti flentes pacem petissent, atque eos in eo loco quo tum essent suum aduentum expectare iussisset, paruerunt. Eo postquam Caesar peruenit, obsides, arma, seruos qui ad eos perfugissent, poposcit. Dum ea conquiruntur et conferuntur, {nocte intermissa} circiter hominum milia VI eius pagi qui Verbigenus appellatur, siue timore perterriti, ne armis traditis supplicio adficerentur, siue spe salutis inducti, quod in tanta multitudine dediticiorum suam fugam aut occultari aut omnino ignorari posse existimarent, prima nocte e castris Heluetiorum egressi ad Rhenum finesque Germanorum contenderunt.
[1,28] (1) D�s que C�sar en fut instruit, il ordonna aux peuples sur les terres desquels ils pouvaient passer de les poursuivre et de les ramener, s'ils voulaient rester innocents � ses yeux. (2) Ils furent livr�s et trait�s en ennemis. Tous les autres, apr�s avoir donn� otages, armes et transfuges, re�urent leur pardon. (3) Il ordonna aux Helv�tes, aux Tulinges, aux Latobices de retourner dans le pays d'o� ils �taient partis. Comme il ne leur restait plus de vivres et qu'ils ne devaient trouver chez eux aucune subsistance pour apaiser leur faim, il ordonna aux Allobroges de leur fournir du bl�; il enjoignit aux Helv�tes de reconstruire les villes et les bourgs qu'ils avaient incendi�s. (4) La principale raison qui lui fit exiger ces choses fut qu'il ne voulait pas que le pays d'o� les Helv�tes s'�taient �loign�s rest�t d�sert, dans la crainte qu'attir�s par la fertilit� du sol, les Germains d'outre-Rhin ne quittassent leur pays pour celui des premiers, et ne devinssent les voisins de notre province et des Allobroges. (5) � la demande des H�duens, les Bo�ens re�urent, � cause de leur grande r�putation de valeur, la permission de s'�tablir sur leur propre territoire; on leur donna des terres, et ils partag�rent plus tard les droits et la libert� des H�duens eux-m�mes. [1,28] Quod ubi Caesar resciit, quorum per fines ierant his uti conquirerent et reducerent, si sibi purgati esse uellent, imperauit; reductos in hostium numero habuit; reliquos omnes obsidibus, armis, perfugis traditis in deditionem accepit. Heluetios, Tulingos, Latobrigos in fines suos, unde erant profecti, reuerti iussit, et, quod omnibus frugibus amissis domi nihil erat quo famem tolerarent, Allobrogibus imperauit ut iis frumenti copiam facerent; ipsos oppida uicosque, quos incenderant, restituere iussit. Id ea maxime ratione fecit, quod noluit eum locum unde Heluetii discesserant uacare, ne propter bonitatem agrorum Germani, qui trans Rhenum incolunt, ex suis finibus in Heluetiorum fines transirent et finitimi Galliae prouinciae Allobrogibusque essent. Boios petentibus Haeduis, quod egregia uirtute erant cogniti, ut in finibus suis conlocarent, concessit; quibus illi agros dederunt quosque postea in parem iuris libertatisque condicionem atque ipsi erant receperunt.
[1,29] (1) On trouva dans le camp des Helv�tes des registres �crits en lettres grecques et qui furent apport�s � C�sar. Sur ces registres �taient nominativement inscrits ceux qui �taient sortis de leur pays, le nombre des hommes capables de porter les armes, et s�par�ment celui des enfants, des vieillards et des femmes. (2) On y comptait en tout 263,000 Helv�tes, 36,000 Tulinges, 14,000 Latobices, 23,000 Rauraques, 32,000 Bo�ens. II y avait parmi eux 92,000 combattants; le total s'�levait � 368,000 Gaulois. Le nombre de ceux qui rentr�rent dans leur pays fut, d'apr�s le recensement ordonn� par C�sar, de cent dix mille. [1,29] In castris Heluetiorum tabulae repertae sunt litteris Graecis confectae et ad Caesarem relatae, quibus in tabulis nominatim ratio confecta erat, qui numerus domo exisset eorum qui arma ferre possent, et item separatim, quot pueri, senes mulieresque. {Quarum omnium rerum} summa erat capitum Heluetiorum milium CCLXIII, Tulingorum milium XXXVI, Latobrigorum XIIII, Rauracorum XXIII, Boiorum XXXII; ex his qui arma ferre possent ad milia nonaginta duo. Summa omnium fuerunt ad milia CCCLXVIII. Eorum qui domum redierunt censu habito, ut Caesar imperauerat, repertus est numerus milium C et X.


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